Un rire éteint trop tôt : l’hommage bouleversant de Jamel Debbouze à Bun Hay Mean au Festival Juste pour Rire
Le mois de juillet 2025 restera gravé dans les mémoires comme un moment de fête teinté de chagrin pour le monde de l’humour francophone. Alors que Montréal vibrait au rythme du Festival Juste pour Rire, un des plus prestigieux événements humoristiques du monde francophone, une ombre planait sur la scène. L’un des talents les plus brillants de sa génération, Bun Hay Mean, n’était pas au rendez-vous. Celui que beaucoup surnommaient affectueusement le « Chinois Marrant » a quitté ce monde de manière tragique le 10 juillet dernier, à l’âge de 43 ans.
La nouvelle de sa disparition brutale a provoqué une onde de choc parmi ses proches, ses collègues et son public. Il devait s’envoler le lendemain pour Montréal afin d’y présenter son tout nouveau spectacle, Kill Bun, un one-man-show introspectif dans lequel il revenait sur ses blessures et ses difficultés personnelles avec la sincérité mordante et le second degré qui le caractérisaient. Mais le destin en a décidé autrement.
Une tragédie bouleversante
Les circonstances de sa mort ont bouleversé l’opinion publique. Selon les informations communiquées par ses proches, Bun Hay Mean serait accidentellement tombé du 8e étage d’un immeuble situé dans le 17e arrondissement de Paris. Il aurait tenté de récupérer son téléphone portable tombé dans une gouttière. Rien ne laissait présager un tel drame : sa valise était prête, son départ pour Montréal était prévu au petit matin, et aucune trace de lutte ou de consommation d’alcool n’a été relevée sur place. Tout porte à croire qu’il s’agissait d’un accident domestique aux conséquences terribles, un simple geste anodin devenu tragique.
Pour ceux qui l’ont connu, la douleur est immense. Le monde de l’humour, où il occupait une place singulière par son regard à la fois acide et tendre sur la société, perd une voix forte, libre et profondément humaine.
Une place vide au Festival Juste pour Rire
Sur les planches du Festival Juste pour Rire, l’absence de Bun Hay Mean s’est fait cruellement ressentir. Il devait y retrouver ses camarades du Jamel Comedy Club, cette troupe emblématique lancée par Jamel Debbouze pour révéler les talents issus de la diversité. Ensemble, ils devaient faire rire un public québécois qui l’adorait. Mais cette année, une chaise est restée vide.
C’est dans ce contexte lourd d’émotion que Jamel Debbouze a pris la parole au micro de Paris Match ce 21 juillet, pour partager son deuil et rendre hommage à celui qu’il considérait comme un frère. Le fondateur du Jamel Comedy Club, visiblement ému, n’a pas caché son choc face à la disparition brutale de l’humoriste. « J’ai été plus que touché, j’étais choqué. Je m’attendais tellement pas à ça. Il aurait dû être là », a-t-il confié, la gorge nouée.
Un hommage vibrant d’émotion
Lors de cette interview, Debbouze s’est souvenu avec émotion du parcours de Bun Hay Mean, qu’il avait découvert en 2014. L’humoriste l’avait immédiatement repéré pour son talent, son originalité et sa capacité à manier l’humour avec profondeur. Après son passage remarqué au Marrakech du Rire, Bun Hay Mean avait littéralement soulevé le public du Palais BAADI, un moment marquant pour Jamel : « Tu as fait lever le Palais BAADI tout entier… Ému, les yeux pleins de larmes, tu as réussi à finir ton passage avec une fulgurance dont je me souviendrai toute ma vie. »
Ce souvenir poignant, Jamel l’a partagé avec ses abonnés sur Instagram peu après l’annonce du décès. Dans ce message, il écrivait : « Tu me manques déjà. Comme beaucoup, je perds un vrai frère. De tout mon cœur, je pense à ta famille et à tous ceux qui t’aiment. Repose en paix mon frère. »
L’hommage ne s’est pas arrêté à quelques mots. Lors de la représentation du Jamel Comedy Club à Montréal, toute la troupe a tenu à dédier le spectacle à Bun Hay Mean. « Le soir où on a joué, il était avec nous. Il était vraiment présent. On lui a dédié ce spectacle, c’était la moindre des choses. On a passé un moment extraordinaire à faire rire mais il manquait quelque chose. C’était lui. »
Une voix unique dans le paysage humoristique
Bun Hay Mean n’était pas un humoriste comme les autres. Né d’une famille d’origine chinoise au Cambodge, il avait su imposer un style mêlant auto-dérision, satire sociale et observations tranchantes sur les clichés culturels. Sa manière de jouer avec les préjugés et de les déconstruire sur scène, tout en déclenchant des éclats de rire, a marqué toute une génération.
Avec Kill Bun, son nouveau spectacle, il avait choisi de se livrer davantage. Il y explorait ses failles, ses douleurs et ses combats personnels, dans un exercice d’une rare sincérité. Ce spectacle, qu’il devait jouer pour la première fois au Canada, devait marquer une nouvelle étape dans sa carrière. Une étape qu’il n’aura malheureusement jamais franchie.
Le vide laissé derrière lui
La disparition de Bun Hay Mean laisse un vide immense dans le cœur de ceux qui l’ont côtoyé. Ses fans, nombreux, lui rendent hommage sur les réseaux sociaux, partageant leurs souvenirs, leurs vidéos préférées, leurs moments de rire. Pour eux, Bun Hay Mean n’était pas seulement un humoriste : il était un compagnon de route, un artiste vrai, profondément humain.
À l’heure où le rire est plus que jamais nécessaire pour panser les blessures du monde, la perte de l’un de ses plus brillants artisans est une tragédie. Mais au Festival Juste pour Rire, et bien au-delà, son esprit continue de vivre à travers les histoires, les blagues et les souvenirs qu’il laisse derrière lui.
Car si Bun Hay Mean n’est plus là physiquement, il demeure dans chaque rire qu’il a provoqué, dans chaque conscience qu’il a éveillée, et dans le cœur de ses amis comme Jamel Debbouze, qui continueront à porter son héritage sur scène.
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