Depuis quelque temps, un doute insidieux me ronge. Ce n’est pas une de ces pensées fugitives que l’on chasse d’un revers de la main. Non, celle-ci s’infiltre, s’installe, s’enracine. Tout a commencé le jour où j’ai tenté de parler à ma mère d’un souvenir d’enfance. Je ne cherchais pas grand-chose, juste une confirmation, une parole rassurante. Mais sa réaction m’a glacé le sang.

Elle m’a regardé, d’abord avec de l’étonnement, puis avec une colère sourde que je n’ai pas comprise. Elle a refusé de me répondre. Pire encore, elle a détourné les yeux, comme si la simple idée que je puisse poser cette question lui était insupportable. J’ai senti alors que quelque chose ne tournait pas rond. Ce n’était pas une de ces disputes ordinaires entre mère et fils. C’était autre chose, un mur brutal qui venait de se dresser entre nous.

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J’ai toujours eu cette sensation étrange : celle de ne pas tout à fait appartenir à ma famille. Bien sûr, on me disait souvent que je ressemblais à mon père, surtout au niveau du regard. Mais mon père est mort quand j’étais petit. Et quant à ma mère… J’ai souvent tenté de retrouver chez elle des traits communs aux miens, des signes qui m’auraient permis de me rassurer, de me dire : « Oui, je viens d’elle. » Mais à chaque fois, je trouvais des différences. Mon œil gauche, par exemple, n’a pas le même éclat que le sien. Mon œil droit tire vers le gris, le sien est presque noir. Des détails, peut-être. Mais dans mon esprit, ces détails ont pris de plus en plus de place.

Puis il y a eu les mathématiques.

Je sais, cela peut paraître étrange. Mais c’est en réalisant que j’avais un don naturel pour les chiffres que tout a basculé. Ma famille n’a jamais eu d’attrait particulier pour les sciences. Ma mère détestait les maths, elle me l’a souvent dit. Elle disait que cela lui donnait mal à la tête. Moi, au contraire, j’ai toujours trouvé ça apaisant. Les chiffres, eux, ne mentent pas. Ils suivent des règles précises, claires, vérifiables. Contrairement aux êtres humains.

Je me suis alors mis à faire des recherches. J’ai fouillé dans les papiers de famille, dans les vieilles photos. J’ai trouvé une photo de moi bébé, dans les bras d’une femme. Mais la photo était floue. Était-ce vraiment ma mère ? Impossible à dire. Et puis, dans une boîte oubliée dans le grenier, j’ai trouvé un carnet. Quelques pages seulement. Des notes écrites à la va-vite. Et au milieu, une phrase, entourée au stylo rouge : « Ne jamais lui dire la vérité. »

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J’ai refermé le carnet, le cœur battant. Qu’est-ce que cela voulait dire ? À qui cette phrase faisait-elle référence ? Et pourquoi tant de silence ?

C’est à ce moment-là que l’idée d’un test ADN s’est imposée à moi. Non pas comme une envie, mais comme une nécessité. J’avais besoin de savoir. Était-elle vraiment ma mère ? Ou bien toute ma vie s’était-elle construite sur un mensonge ?

Je ne lui ai rien dit. Je savais que si je lui posais la question frontalement, elle me rejetterait encore. J’ai discrètement prélevé un échantillon de sa brosse à cheveux. J’ai envoyé la demande à un laboratoire privé. Le délai d’attente m’a paru interminable. Chaque jour, je scrutais ma boîte mail, redoutant autant la réponse que je l’espérais.

Pendant ces longues semaines, j’ai tenté de rassembler mes souvenirs. Des gestes, des absences, des mots qu’elle n’a jamais dits. Je me suis souvenu d’une nuit, j’avais peut-être cinq ou six ans. J’étais tombé malade et j’avais pleuré, seul dans mon lit. Elle n’était pas venue. C’était ma grand-mère qui m’avait soigné. Sur le moment, je n’y avais pas prêté attention. Aujourd’hui, cela prend une autre couleur.

Enfin, le mail est arrivé.

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Je me suis assis devant mon ordinateur, les mains moites. J’ai cliqué. Les mots sont apparus en lettres froides : « Probabilité de maternité : inférieure à 0,01 %. » J’ai relu plusieurs fois. J’ai zoomé. J’ai comparé avec les explications. Mais le sens était clair. Cette femme, celle que j’appelais « maman » depuis toujours, ne l’était pas.

Tout s’est effondré.

Qui suis-je, alors ? D’où viens-je ? Et surtout, pourquoi ce silence ? Pourquoi ce mensonge ?

Je n’ai pas encore trouvé la force de lui montrer les résultats. Je l’observe, je l’écoute, je me demande ce qu’elle pense quand elle me regarde. Est-ce de la tendresse ? De la pitié ? Ou simplement de la peur que je découvre enfin la vérité ?

Je suis là, assis dans cette chambre d’enfant devenue celle d’un homme perdu. Et je ne sais plus si je dois l’aimer ou la haïr.