Dans les contes de fées, la bonté finit toujours par triompher de la méchanceté. L’histoire de Camsy est de celles-là. Une version moderne et africaine de Cendrillon, où la cruauté d’une belle-mère et l’indifférence d’un père n’ont pu empêcher un destin extraordinaire de s’accomplir. C’est l’histoire d’une jeune femme que l’on surnommait “la malchanceuse”, mais dont la pureté de cœur a su séduire un prince bien plus intéressé par la richesse intérieure que par les parures et les faux-semblants.

La vie de Camsy a basculé le jour où sa mère est décédée. Son père, Chifokuru, un homme autrefois aimant, s’est remarié avec une femme nommée Verro. Rongé par le chagrin, il est devenu un homme silencieux, effacé, laissant le champ libre à sa nouvelle épouse pour régner en tyran sur la maisonnée. Verro, accompagnée de sa propre fille, Ma, a fait de la vie de Camsy un véritable enfer. La jeune orpheline est devenue la servante de la maison, une bête de somme chargée des tâches les plus ingrates. Dès l’aube, elle devait parcourir des kilomètres pour aller chercher de l’eau, travailler aux champs sous un soleil de plomb, et s’occuper de tout l’entretien de la maison. Pendant ce temps, Ma était traitée comme une princesse, choyée, parée de beaux vêtements et exemptée de toute corvée.

Verro ne manquait jamais une occasion d’humilier Camsy, la traitant de “malchanceuse”, l’accusant d’être un poids mort et de porter le mauvais œil. Chaque repas était une épreuve, où elle ne recevait que les restes, après que les autres se soient servis généreusement. Son père, témoin silencieux de cette cruauté, ne disait rien, muré dans une passivité qui était peut-être la plus grande des trahisons.

Le destin, cependant, avait d’autres plans pour Camsy. La nouvelle du retour du Prince Stéphanie, après de longues années d’études en Amérique, a mis tout le village en émoi. Le roi, son père, avait décidé qu’il était temps pour lui de se marier et d’assurer sa descendance. Pour choisir la future princesse, un grand concours de danse fut organisé. Toutes les jeunes filles du royaume étaient conviées à montrer leurs talents. Pour Verro, c’était une occasion inespérée. Elle était persuadée que sa fille Ma, avec sa beauté et les cours de danse qu’elle lui avait payés, remporterait le cœur du prince. Elle a donc mis tout en œuvre pour préparer sa fille, lui achetant les plus beaux tissus et les bijoux les plus précieux.

Quant à Camsy, il était hors de question qu’elle participe. “Tu es malchanceuse”, lui a asséné sa belle-mère. “Tu dois te sacrifier pour ta sœur. Tu resteras ici et tu t’occuperas de la maison.” Le cœur de Camsy était brisé, mais elle n’a pas protesté, habituée à ravaler sa peine.

Un jour, alors qu’elle revenait de la rivière, écrasée par le poids de ses seaux d’eau, elle aperçut une vieille femme frêle et misérable, assise au bord du chemin. Tout le monde l’ignorait, mais Camsy, malgré sa propre fatigue et sa tristesse, s’est arrêtée. Elle a offert à la vieille femme un peu de son eau et lui a parlé avec douceur. Touchée par cette bonté inattendue, la vieille femme lui a fait un cadeau extraordinaire : un pagne d’une qualité rare et un collier de perles de corail. “N’abandonne pas tes rêves, mon enfant. Va à ce concours”, lui a-t-elle murmuré. Malheureusement, Verro a découvert les précieux cadeaux, les a volés et les a cachés, anéantissant une fois de plus les espoirs de sa belle-fille.

Le jour du concours, Camsy fut de nouveau consignée à la maison avec une liste de corvées interminable. Alors qu’elle lavait le linge à la rivière, le cœur lourd, un homme simplement vêtu s’est approché d’elle. Il était gentil, son regard était doux. Il lui a demandé de l’eau, et Camsy, fidèle à sa nature généreuse, lui en a offert. Ils ont commencé à discuter. Elle lui a raconté, sans savoir qui il était, pourquoi elle n’était pas au concours, comment on la traitait de “malchanceuse”. L’homme, touché par son histoire et sa résilience, a fait quelque chose d’inattendu : il l’a aidée à accomplir ses tâches. Ils ont ri ensemble, partagé le maigre repas de Camsy. Pendant quelques heures, elle a oublié sa misère. Ce qu’elle ignorait, c’est que cet homme simple n’était autre que le Prince Stéphanie, déguisé pour échapper au faste du palais et trouver une femme au cœur pur.

Pendant ce temps, au palais, l’ambiance était tendue. Le prince était introuvable, et le roi, furieux, a dû annuler le concours. Le lendemain, des messagers royaux sont arrivés chez Chifokuru avec une dot somptueuse. Verro, triomphante, a cru que le prince avait choisi Ma malgré son absence. Elle s’est vantée dans tout le village, préparant sa fille pour le mariage le plus prestigieux de l’année.

Le jour de la cérémonie, pour être sûre que Camsy ne gâche pas la fête, Verro l’a envoyée chercher du bois dans la forêt, un prétexte absurde car la réserve était pleine. Le prince est arrivé, magnifique dans ses habits royaux. Il s’est approché de la mariée voilée. Mais lorsqu’il a soulevé le voile et découvert le visage de Ma, il a secoué la tête. “Ce n’est pas elle”, a-t-il déclaré devant la foule stupéfaite. “La femme que j’ai choisie est celle qui m’a donné de l’eau à la rivière, celle qui a partagé son repas avec moi alors qu’elle n’avait presque rien. Je veux épouser Camsy.”

Le scandale était total. Verro et Ma étaient pétrifiées de honte. Des gardes ont été envoyés dans la forêt pour retrouver Camsy. Ils l’ont ramenée, sale, en haillons, ne comprenant pas ce qui se passait. Devant tout le village, le prince Stéphanie a déclaré son amour pour elle. Camsy, la “malchanceuse”, la servante, est devenue princesse.

Emmenée au palais, elle a été lavée, parée des plus beaux atours. Mais même au sommet de sa nouvelle gloire, elle n’a pas oublié d’où elle venait. Elle a pardonné à sa famille leur cruauté, leur offrant une nouvelle maison et une rente pour subvenir à leurs besoins. Elle a cherché la vieille femme qui l’avait bénie, mais celle-ci avait mystérieusement disparu. Camsy a compris que la gentillesse était la plus grande des magies. Elle a régné aux côtés de son prince avec sagesse et compassion, prouvant au monde entier que la vraie noblesse n’est pas une question de sang, mais de cœur.