Le monde du cinéma français a récemment perdu l’une de ses figures les plus complexes et sensibles. Jacques Charrier s’est éteint à l’âge de 88 ans, laissant derrière lui une carrière riche, une vie personnelle tumultueuse et une œuvre artistique méconnue. Pour beaucoup, son nom reste indissociable de celui de Brigitte Bardot, l’icône absolue avec qui il a partagé un amour passionnel et destructeur.

Brigitte Bardot : Son premier mari et père de son fils, Jacques Charrier,  est mort à 88 ans

Pourtant, réduire Jacques Charrier à son statut d’ex-mari de “BB” serait une profonde injustice. Il fut un acteur au talent prometteur, un artiste accompli et, surtout, un homme qui a fait des choix radicaux, privilégiant souvent son intégrité et sa famille à la gloire facile que le destin semblait lui promettre.

Né à Metz en 1936, fils d’un colonel de la résistance, rien ne prédestinait le jeune Jacques à une carrière sous les feux de la rampe. Sa première passion, celle qui le guidera toute sa vie, est la céramique. Il entre à l’école des Beaux-Arts pour se former à cet art ancestral, rêvant de créer de ses mains, loin de l’agitation du monde. Mais son physique de jeune premier, son charisme naturel et son regard mélancolique ne passent pas inaperçus.

 

Le cinéma, cet ogre affamé de nouveaux visages, vient le cueillir presque par hasard. En 1958, à seulement 22 ans, il est propulsé au sommet. Marcel Carné, le monstre sacré du réalisme poétique, lui offre le rôle principal dans “Les Tricheurs”. Le film est un immense succès, un portrait saisissant de la jeunesse désenchantée de l’après-guerre, et Charrier devient instantanément l’idole de toute une génération. Sa carrière est lancée, les portes de la célébrité s’ouvrent en grand.

Un vent de modernité soufflait durant l'été 1959 : Brigitte Bardot se  mariait avec Jacques Charrier - La Montagne

C’est cette même année que sa vie bascule de manière irréversible. Sur le tournage de “Babette s’en va-t-en guerre”, son regard croise celui de Brigitte Bardot. À cette époque, BB n’est pas seulement une actrice, elle est un phénomène mondial, un symbole de liberté et de sensualité qui affole les foules et déchaîne les passions.

 

Entre le jeune homme sensible et la star incandescente, le coup de foudre est immédiat, total, explosif. Leur romance est une tornade qui emporte tout sur son passage. Les médias s’emparent de leur histoire, chaque baiser est photographié, chaque dispute fait les gros titres. Quelques mois plus tard, ils se marient, une union célébrée sous l’œil de centaines de journalistes. La pression est immense, leur vie privée n’existe plus.

En 1960, leur fils, Nicolas-Jacques, voit le jour. C’est l’unique enfant de Brigitte Bardot. Mais ce qui aurait dû être un moment de bonheur devient le début de la fin. Le couple mythique ne résiste pas à la frénésie médiatique, aux pressions extérieures et à leurs propres démons. Le divorce, prononcé trois ans plus tard, est aussi violent et médiatisé que leur amour l’avait été.

 

L’affaire prend une tournure encore plus dramatique lorsque, fait rarissime pour l’époque, Jacques Charrier obtient la garde exclusive de leur fils. C’est une blessure que Brigitte Bardot n’oubliera jamais et qu’elle lui reprochera amèrement. Pour protéger son fils de l’agitation qui entoure sa mère, Charrier l’élève loin des projecteurs, assumant un rôle de père protecteur et dévoué qui définira une grande partie de sa vie.

 

Pendant ces années de tumulte, sa carrière d’acteur continue, mais elle ne retrouvera jamais l’éclat de ses débuts. Il tourne avec de grands réalisateurs comme Claude Chabrol, Agnès Varda ou Jean-Luc Godard, mais l’ombre des “Tricheurs” et, surtout, l’ombre de Bardot, planent constamment sur lui. Il est à jamais “l’ex-mari de”, une étiquette qui occulte son talent.

 

C’est durant cette période qu’il prend une décision qui, avec le recul, apparaît comme un tournant majeur et peut-être un immense sacrifice. René Clément lui propose le rôle principal dans son film “Plein Soleil”. Mais le tournage est prévu au moment où Brigitte Bardot est sur le point d’accoucher. Par amour, par sens du devoir, il refuse.

Le rôle échoit alors à un jeune acteur encore peu connu du nom d’Alain Delon. Le film est un triomphe planétaire et lance la carrière internationale de Delon. Que serait devenue la carrière de Charrier s’il avait accepté ? Nul ne le saura jamais, mais ce choix illustre parfaitement les priorités d’un homme qui a toujours fait passer l’amour et la famille avant l’ambition.

Fatigué de la superficialité du monde du cinéma et de cette image publique qui lui colle à la peau, Jacques Charrier prend une décision radicale à la fin des années 1970. Il tourne le dos aux plateaux de tournage pour revenir à ses premières amours : la peinture et la céramique. Il s’installe à Paris, puis en Bretagne, et se consacre entièrement à son art.

 

Loin de l’agitation médiatique, il trouve enfin la paix et une forme d’expression plus personnelle et authentique. Ses œuvres, empreintes d’une grande sensibilité, sont exposées dans le monde entier, de Paris à Genève en passant par San Francisco. C’est sa plus belle revanche : prouver qu’il existe en tant qu’artiste, par lui-même, pour son talent propre. Il se remarie à trois reprises, fonde d’autres familles, mais reste cet homme discret, cherchant la reconnaissance de son travail plutôt que la lumière des projecteurs.

Sa relation avec son fils Nicolas, bien que complexe, fut le fil rouge de sa vie. Il a toujours cherché à le protéger, conscient du poids de son héritage familial. Dans ses mémoires, “Ma réponse à Brigitte Bardot”, il livrera sa vérité sur leur histoire, non pas pour alimenter la polémique, mais pour rétablir un équilibre et laisser une trace de son propre vécu. Jacques Charrier a passé sa vie à lutter pour ne pas être défini par les autres. Il était bien plus que le mari d’une icône.

 

Il était un acteur sensible, un peintre passionné, et un père qui a fait le choix de la dignité dans l’adversité. En transformant les épreuves de sa vie en énergie créatrice, il a prouvé que la vraie gloire n’est pas toujours celle qui brille le plus fort, mais celle qui permet de rester fidèle à soi-même. Son héritage est celui d’un homme qui a accepté sa place dans l’histoire avec une élégance rare, sans jamais renoncer à être, simplement, Jacques.