Philippe Etchebest face à l’impossible : Steve ferme définitivement son restaurant après Cauchemar en cuisine

Le bail vient d'être cédé" : 7 mois après Cauchemar en cuisine, Steve met  la clé sous la porte malgré ses comptes dans le vert

Depuis plus de dix ans, Philippe Etchebest parcourt les routes de France pour venir en aide aux restaurateurs en difficulté dans Cauchemar en cuisine, l’émission emblématique de M6. Avec son franc-parler, sa rigueur et son expérience, le chef étoilé a permis à certains établissements de renaître, tandis que d’autres n’ont malheureusement pas résisté, malgré son passage. Car si Etchebest est reconnu pour son efficacité et son énergie, il ne fait pas de miracles. L’histoire récente de Steve, patron du restaurant La Grenouille à Saint-Vrain (Essonne), en est une nouvelle illustration.

L’émission : une mission parfois impossible

Depuis le lancement de Cauchemar en cuisine en 2011, le chef a eu l’occasion de tendre la main à des dizaines de restaurateurs au bord de la faillite. Mais le constat est sans appel : sur les plus de 80 établissements visités, seuls 32 sont encore ouverts. Les autres, comme la crêperie Le Père Alex ou La Maison de l’écurie tenue par Joanne, ont dû fermer, malgré la visibilité et le coup de pouce offerts par l’émission.

La formule est pourtant rodée : diagnostic sévère, réorganisation de la cuisine et de la salle, remise en question des dirigeants, refonte de la carte et conseils avisés en gestion. Mais dans un secteur aussi exigeant que la restauration, où l’équilibre financier reste fragile, ces changements ne suffisent pas toujours.

L’arrivée d’Etchebest à Saint-Vrain

C’est le 4 février 2025 que les caméras se sont installées dans le restaurant La Grenouille, tenu par Steve, à Saint-Vrain. L’établissement avait une belle histoire derrière lui : plus d’un siècle d’existence et une réputation locale bien ancrée. Pourtant, derrière la façade, la réalité était bien plus sombre.

Philippe Etchebest, habitué aux mauvaises surprises, a cette fois été particulièrement choqué par l’état de la cuisine. Hygiène douteuse, désorganisation et manque de professionnalisme ont poussé le chef à prendre une décision rare : enfiler lui-même le tablier pour assurer le service. « C’est rare quand je me mets en cuisine. Mais là, je suis dans un cas extrême », avait-il confié face caméra, soulignant la gravité de la situation.

Un redressement encourageant… mais fragile

Quelques mois plus tard, le 11 juillet 2025, M6 diffusait un numéro spécial Que sont-ils devenus ?. L’occasion de retrouver Steve et de constater les progrès réalisés. Philippe Etchebest s’était montré plutôt optimiste : « Je suis content et soulagé. Car malgré quelques lacunes encore pour le nettoyage, Steve a bien évolué et progressé. »

De son côté, Nicolas Jordan, l’expert en stratégie d’entreprise de l’émission, confirmait cette embellie : le chiffre d’affaires avait bondi de 60 %, soit environ 4000 euros supplémentaires par mois. « Ce qui est génial avec ces 4000 euros, c’est que c’est de la trésorerie, de l’argent qui rentre. Steve arrivait à payer son loyer, à se payer. C’est le premier niveau vers la stabilité », expliquait-il alors.

Pour Steve, c’était une véritable bouffée d’air frais. Après des années de lutte solitaire, il entrevoyait enfin une issue positive. Mais cette éclaircie n’aura été que de courte durée.

La fermeture définitive de La Grenouille

Le 2 septembre 2025, soit seulement sept mois après la première diffusion de l’épisode consacré à son restaurant, Steve annonçait une nouvelle qui a attristé sa clientèle et les fidèles de l’émission. Dans un message publié sur la page Facebook officielle de La Grenouille, il déclarait la fermeture définitive de son établissement.

« Une page se tourne, une autre est à écrire… Aujourd’hui, je tire ma révérence. Après des années de passion, de sueur, de rires, de défis et de souvenirs partagés, le restaurant que j’ai porté à bout de bras ferme ses portes… mais pas son histoire », écrivait-il avec émotion.

Il précisait que la liquidation judiciaire avait été actée au tribunal de commerce d’Évry et que le bail venait d’être cédé. « C’est donc avec le cœur serré, mais l’esprit apaisé que je vous annonce que ce lieu emblématique est désormais prêt à accueillir une nouvelle âme, une nouvelle vision. »

Un lieu chargé d’histoire et de symboles

Dans son message d’adieu, Steve rappelait combien son établissement représentait plus qu’un simple restaurant pour la région. « C’est un lieu qui a vu passer les grands moments de notre région, un incontournable depuis plus d’un siècle, connu et reconnu bien au-delà de notre département. »

Il soulignait également le rôle de la communication et de la médiatisation dans son parcours : « Grâce à une communication soutenue ces dernières années, et à deux passages remarqués sur M6, il bénéficie d’une visibilité exceptionnelle et d’une notoriété rare. Et surtout, sans concurrence directe. »

Pourtant, cette reconnaissance n’a pas suffi à sauver l’affaire. Derrière la façade et les projecteurs, Steve se battait seul, épuisé par des années de gestion sans relâche.Le bail vient d'être cédé" : 7 mois après Cauchemar en cuisine, Steve met  la clé sous la porte malgré ses comptes dans le vert : Le diaporama -  Purepeople

L’épuisement d’un homme seul

Au-delà des chiffres et de la médiatisation, l’explication est avant tout humaine. « Mais derrière les murs, il y a eu un homme. Moi. Seul à tout gérer, à tout porter. Et si je n’ai pas pu aller plus loin, c’est parce que parfois, l’énergie s’épuise. »

Ces mots traduisent la difficulté, souvent invisible, de la restauration indépendante : longues journées, responsabilités multiples, pression financière constante. Même avec un regain de clientèle et une meilleure trésorerie, le poids de la gestion et la solitude ont fini par avoir raison de la détermination de Steve.

La fierté malgré tout

Malgré l’amertume de la fermeture, Steve a tenu à conclure son message sur une note de gratitude et de fierté. « Je reste fier. Fier d’avoir tenu, d’avoir transmis, d’avoir fait vivre ce lieu avec amour et authenticité. »

Il n’a pas manqué de remercier tous ceux qui l’ont soutenu, clients, proches ou anonymes séduits par son passage télévisé. Son restaurant disparaît, mais son histoire reste, marquée par l’effort, la passion et le courage d’un homme qui aura tout donné pour maintenir vivant un lieu chargé de mémoire.

Quand la télé ne suffit pas

L’exemple de Steve illustre une réalité souvent méconnue : l’impact d’une émission comme Cauchemar en cuisine est réel mais ne peut garantir la survie à long terme d’un établissement. Le regain de notoriété, la hausse temporaire de la fréquentation ou encore l’amélioration de la gestion ne suffisent pas toujours à compenser les faiblesses structurelles ou l’usure personnelle du dirigeant.

Philippe Etchebest, malgré sa volonté et son expertise, le reconnaît lui-même : il n’est pas magicien. Son rôle est de donner des outils, pas de porter le restaurant sur ses épaules à la place du gérant.Le bail vient d'être cédé" : 7 mois après Cauchemar en cuisine, Steve met  la clé sous la porte malgré ses comptes dans le vert : Le diaporama -  Purepeople

Un dernier mot

Avec la fermeture de La Grenouille, c’est une page qui se tourne pour Saint-Vrain et pour l’histoire de l’émission. Mais c’est aussi un témoignage précieux sur les réalités de la restauration et sur les limites de l’exposition médiatique.

L’histoire de Steve, comme celle de nombreux restaurateurs avant lui, rappelle que derrière chaque assiette servie se cache souvent un combat acharné, une passion, mais aussi des sacrifices. Si son restaurant n’est plus, l’authenticité et la sincérité de son parcours laisseront une trace, bien au-delà des murs de son établissement.