En 1956, dans le Paris bouillonnant de l’après-guerre, une rencontre improbable allait changer le cours d’une vie. Ce jour-là, dans le 6ᵉ arrondissement, rue de Rennes, une actrice déjà confirmée croise le chemin d’un jeune homme inconnu, encore sans repères, mais promis à un destin hors du commun. Elle a 31 ans, il en a 21. Elle s’appelle Brigitte Aubert, une comédienne au parcours déjà bien rempli, habituée des tournages et des scènes parisiennes. Lui, c’est Alain Delon, simple garçon en quête d’avenir, qui ignore encore qu’il deviendra l’une des plus grandes stars du cinéma français. Cette rencontre, racontée par Brigitte quelques jours après la disparition de l’acteur, résonne comme le point de départ d’une histoire d’amour fondatrice, la première d’Alain, mais aussi comme l’instant décisif où son destin s’ouvre.

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Tout commence par une altercation banale dans la rue. Brigitte se souvient parfaitement de la scène : « Quelques mètres devant moi, un jeune homme est abordé par un inconnu plus âgé qui l’invective violemment. J’ai senti que la dispute allait dégénérer. » Déjà, Alain montrait ce tempérament fier, ce refus de se soumettre, cette étincelle de révolte qui allait marquer ses rôles futurs. Mais à ce moment précis, c’est Brigitte qui intervient. Elle sépare les deux hommes, calme les esprits, et évite une bagarre qui aurait pu mal finir. L’inconnu s’en va, et elle se retrouve face à ce jeune homme au regard clair et troublant. Ils vont boire un café, et c’est là que tout commence.

Brigitte décrit un garçon charmant mais perdu, timide et désarmant, qui n’avait alors aucune expérience amoureuse. Contrairement à l’image de séducteur qui collera à sa peau toute sa vie, Alain était à cette époque un novice, avide de tendresse et de reconnaissance. « Il s’est toujours montré tendre et attentionné », confie Brigitte en se remémorant leurs premiers instants. Cette relation, bien qu’inégale en âge et en expérience, fut pour Alain un éveil à l’amour. Elle fut aussi, d’une certaine manière, sa première école : celle de l’intimité, de l’écoute, et du partage.

Le Paris de 1956 offrait un décor idéal à cette romance. Les cafés de Saint-Germain-des-Prés, les salles de cinéma bondées, les petites rues pavées où les artistes se croisaient : tout respirait l’effervescence culturelle. Brigitte, déjà introduite dans ce milieu, allait faire découvrir à Alain ce monde qui deviendrait bientôt le sien. À ses côtés, il découvre les cercles du cinéma, fréquente les acteurs, les réalisateurs, et commence à comprendre les codes d’un univers qui, jusque-là, lui était totalement étranger. Brigitte ne lui offre pas seulement son amour, elle lui tend une passerelle vers son avenir.

Mais leur histoire n’était pas qu’une initiation professionnelle. Elle était aussi profondément humaine. Alain, encore meurtri par une enfance difficile, trouvait auprès de Brigitte une forme de refuge. Elle représentait une figure rassurante, presque maternelle, sans jamais cesser d’être une amante. Brigitte, de son côté, voyait en ce jeune homme une fraîcheur, une énergie brute, et peut-être aussi l’éclat d’un diamant qu’elle était la première à deviner. « Je savais qu’il irait loin », dira-t-elle plus tard. Elle ne s’était pas trompée.

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Les souvenirs qu’elle garde de cette période sont empreints de tendresse. Elle raconte leurs promenades nocturnes le long de la Seine, leurs conversations infinies dans les cafés enfumés, et la manière dont Alain la regardait, avec une intensité rare. C’est dans ces instants simples que s’est forgée une complicité sincère, une relation fondatrice qui allait marquer à jamais le cœur de Delon. Car si l’acteur, plus tard, allait multiplier les conquêtes et les amours tumultueuses, cette première expérience restera gravée dans sa mémoire comme un moment d’innocence et de découverte.

Pour Brigitte, cette idylle fut brève mais intense. Elle savait sans doute qu’Alain avait besoin de voler de ses propres ailes, de s’émanciper pour tracer son chemin. Leur différence d’âge rendait leur relation fragile, condamnée à s’étioler face aux ambitions et aux désirs d’indépendance du jeune homme. Pourtant, elle ne regretta jamais cette histoire. Elle resta pour elle un souvenir précieux, un moment suspendu où elle avait eu le privilège d’être la première à éveiller le cœur de celui qui allait devenir une légende.

Lorsque la carrière de Delon décolle, propulsée par sa beauté et son talent, les chemins des deux amants se séparent. Brigitte poursuit sa vie d’actrice, tandis qu’Alain devient en quelques années le symbole d’un cinéma français séduisant, sombre et magnétique. Mais derrière l’icône, derrière les tapis rouges et les flashes, il y avait toujours ce jeune homme de 21 ans, reconnaissant envers celle qui avait cru en lui avant tous les autres. Brigitte en était consciente, et c’est peut-être ce qui explique la tendresse avec laquelle elle a parlé de lui jusqu’à la fin.

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Quelques jours après la disparition de Delon, ses mots résonnent avec une émotion particulière. Elle se souvient de ce café pris à la hâte après une dispute évitée, de ce regard intense qui allait enflammer des millions de spectateurs, et de cette première histoire d’amour qui, bien qu’oubliée du grand public, fut essentielle pour l’homme derrière la star. Elle conclut son récit avec simplicité : « J’ai eu la chance d’être la première. »

Et c’est peut-être là que réside toute la beauté de cette histoire : dans l’idée qu’avant d’être un mythe, Alain Delon fut un jeune homme fragile, amoureux, et reconnaissant.