Le père de Pascal Praud décédé « de Faim et de Soif » : Un témoignage bouleversant

Pascal Praud brise le silence sur la perte de son père de 90 ans - Vidéo  Dailymotion

C’est une confession qui déchire le voile policé du débat public, une parole brute qui frappe par sa terrible sincérité. Loin des plateaux de télévision où il officie avec verve, c’est un fils endeuillé, un homme confronté à l’abîme, qui a pris la parole. Les mots de Pascal Praud résonnent encore, lourds et insoutenables : « Mon père est mort de faim et de soif ». Cette phrase, prononcée avec une émotion palpable, n’est pas une simple formule choc. Elle est le résumé tragique des derniers jours de son père, Roger Praud, décédé à 90 ans, et le point d’orgue d’un témoignage poignant sur la complexité, la douleur et les dilemmes éthiques qui entourent la fin de vie dans notre société moderne.

L’histoire que raconte Pascal Praud est celle d’une lente déchéance, une descente aux enfers que des milliers de familles vivent dans le silence des EHPAD et des services de soins palliatifs. Tout a basculé un an plus tôt, lorsqu’un accident vasculaire cérébral a volé à Roger Praud une partie de sa conscience et de son autonomie. Cet homme, autrefois pilier de la famille, s’est retrouvé prisonnier d’un corps qui ne lui obéissait plus, d’un esprit qui s’égarait. La dernière année de sa vie s’est écoulée entre les murs d’une chambre médicalisée, un univers aseptisé où les jours se ressemblent et où l’espoir s’amenuise au rythme des bulletins de santé. Pour ses proches, chaque visite était un mélange d’amour inconditionnel et de douleur sourde, le constat impuissant de la disparition progressive de l’être aimé.

Le véritable drame, celui qui hante les nuits et déchire le cœur, a commencé quatorze jours avant la fin. Quatorze jours de silence, de coma, où Roger Praud n’était plus qu’une présence fragile, un souffle suspendu entre la vie et la mort. La communication était rompue, le lien charnel presque entièrement dissous. Face à ce corps souffrant, inerte, la médecine a posé la question fatidique, celle que personne ne veut jamais entendre : que faire ? C’est alors que la famille Praud a dû prendre une première décision, d’une violence inouïe : celle de la sédation. Endormir son propre père, le plonger dans un sommeil artificiel pour apaiser une agonie qui ne disait plus son nom. Un acte présenté comme un soulagement, mais vécu comme un premier adieu, une façon de renoncer à l’espoir d’un dernier mot, d’un dernier regard.

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Pascal Praud raconte ce choix avec une pudeur qui peine à masquer la profondeur de la blessure. Il décrit le poids de la responsabilité, la culpabilité qui rôde, le sentiment vertigineux d’être devenu l’arbitre du destin de son propre géniteur. C’est dans ce tunnel de ténèbres qu’une lumière fugace, presque miraculeuse, est apparue. Un instant suspendu, gravé à jamais dans la mémoire familiale. Alors que sa fille Morgane, la petite-fille de Roger, déposait un dernier baiser sur le front de son grand-père, l’impensable se produisit. Les yeux de l’homme endormi s’ouvrirent brièvement. Un battement de cils, une étincelle de vie dans le néant. Était-ce un réflexe, une hallucination collective née du chagrin, ou un véritable signe, un adieu silencieux ? Personne ne le saura jamais, mais pour la famille, ce fut un cadeau inestimable, « un rare moment de lumière » qui justifiait tout l’amour et toute l’attente.

Mais cette lueur d’espoir n’a fait que rendre la suite plus sombre encore. Le 13 octobre, le corps médical a posé l’ultime question. La sédation apaisait la douleur, mais la vie, même végétative, se poursuivait. Il fallait prendre une nouvelle décision, la plus terrible de toutes. C’est là que le témoignage de Pascal Praud bascule dans une dimension quasi insoutenable. La famille a décidé, en accord avec l’équipe soignante, de cesser l’alimentation et l’hydratation.

C’est ici que les mots du journaliste prennent tout leur poids. « Mort de faim et de soif ». Il choisit délibérément de ne pas utiliser le jargon médical, les euphémismes comme « arrêt des traitements » ou « accompagnement passif ». Il nomme la réalité crue, brutale, presque barbare de l’acte. Il ne s’agit pas d’un jugement envers le personnel soignant ni même d’un regret, mais du constat terrible de ce que signifie, concrètement, laisser quelqu’un partir dans ces conditions. C’est le récit d’un fils qui a regardé son père mourir non pas de sa maladie, mais d’une décision humaine. Une décision prise par amour, pour abréger des souffrances jugées inutiles, mais qui laisse des cicatrices indélébiles.

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En partageant cette histoire intime, Pascal Praud a brisé un tabou. Il a donné des mots à l’angoisse silencieuse de milliers de personnes confrontées aux mêmes choix. Son témoignage n’est pas un plaidoyer pour ou contre l’euthanasie, mais un cri du cœur sur l’inhumanité potentielle des processus de fin de vie. Il met en lumière le décalage entre la volonté de bien faire, l’arsenal médical et juridique, et la réalité émotionnelle et viscérale vécue par les familles. Il nous force à regarder en face cette vérité dérangeante : dans nos sociétés qui célèbrent la vie et repoussent la mort, nous ne savons plus mourir.

Le courage de Pascal Praud est d’avoir transformé sa douleur personnelle en un sujet de réflexion collective. Il nous rappelle que derrière les débats politiques et les lois sur la fin de vie, il y a des histoires humaines, des amours filiales, des dilemmes moraux qui ne trouveront jamais de réponse simple. Son récit est une ode à son père, un hommage à un homme parti dans des circonstances tragiques, mais c’est aussi un miroir tendu à notre propre humanité, nous interrogeant sur la dignité, la compassion et le courage qu’il faut pour accompagner un être cher jusqu’au bout du chemin.