Tombes des Chanteuses Francophones – Hommage aux artistes disparus

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Pour des millions de téléspectateurs, “Ma sorcière bien-aimée” était une bulle de bonheur, un enchantement hebdomadaire où le quotidien le plus banal pouvait basculer dans la fantaisie d’un simple frétillement de nez. Samantha, la douce sorcière, et Jean-Pierre (Darrin), son mari mortel et exaspéré, formaient un couple iconique, naviguant entre les dîners de publicitaires, les visites d’une belle-mère acariâtre et les sorts qui tournaient mal. La série, avec sa légèreté et son humour, semblait être une parenthèse magique, un refuge contre la dureté du monde. Pourtant, une fois les caméras éteintes, une ombre bien plus sinistre planait sur le casting. Une série de drames, de maladies foudroyantes et de destins brisés si nombreux qu’ils ont donné naissance à la légende d’une véritable “malédiction”, transformant le rêve hollywoodien en un cauchemar bien réel.

La figure centrale de cette tragédie est, bien sûr, l’inoubliable Elizabeth Montgomery. Belle, talentueuse et pétillante, elle était l’âme de la série. Mais derrière le sourire de Samantha se cachait une femme complexe et tourmentée. Sa vie amoureuse était un chaos, marquée par quatre mariages et une liaison tumultueuse avec le réalisateur de la série, William Asher, qu’elle a épousé et avec qui elle a eu trois enfants. Cette relation, née dans l’adultère, a provoqué la fin de leurs mariages respectifs et a créé des tensions palpables sur le plateau. Loin de l’image de l’épouse modèle, Montgomery était une femme de caractère, souvent en conflit avec les producteurs et aspirant à des rôles plus sérieux pour échapper à l’étiquette de “gentille sorcière”. La fin de sa vie fut brutalement tragique. En 1995, on lui diagnostique un cancer du côlon à un stade avancé. La maladie l’emporte en seulement huit semaines, à l’âge de 62 ans. Elle est partie trop vite, laissant l’image d’une étoile filante consumée par sa propre lumière.

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Le sort de ses deux maris à l’écran est peut-être encore plus poignant. Le premier Jean-Pierre, Dick York, a vécu un véritable calvaire. Lors d’un tournage en 1959, bien avant la série, il est victime d’une grave blessure au dos qui le laissera handicapé à vie. Sur le plateau de “Ma sorcière bien-aimée”, la douleur est son quotidien. Il devient dépendant aux analgésiques, son état se dégrade à vue d’œil. Les scénaristes tentent de l’accommoder en le faisant jouer assis ou allongé, mais la souffrance est trop forte. Un jour, en pleine scène, il s’effondre, victime d’une crise. C’est la fin. Il quitte la série en 1969, le corps et l’esprit brisés. S’ensuit une longue descente aux enfers : ruiné, il sombre dans la pauvreté, vivant de l’aide sociale avec sa femme et ses cinq enfants. Fumeur invétéré, il développe un emphysème et passe les dernières années de sa vie cloué au lit, relié à une bouteille d’oxygène. Il meurt en 1992, à 63 ans, après une vie de souffrance.

Pour le remplacer, la production choisit Dick Sargent. Il endosse le rôle de Jean-Pierre de 1969 à la fin de la série en 1972. Si sa prestation est souvent jugée moins convaincante, sa vie personnelle est un combat courageux. Homosexuel à une époque où Hollywood était impitoyable, il a dû cacher son orientation toute sa carrière. Ce n’est qu’en 1991, atteint d’un cancer de la prostate, qu’il fait un coming out public, devenant un fervent défenseur des droits des homosexuels. La coïncidence tragique est qu’il décède de ce cancer en 1994, à 64 ans, un an seulement avant Elizabeth Montgomery, sa partenaire à l’écran. La maladie a réuni dans la mort le deuxième Jean-Pierre et sa Samantha.

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La malédiction ne s’arrête pas là. Agnes Moorehead, la formidable interprète d’Endora, la mère snob et excentrique de Samantha, a également connu une fin tragique. L’actrice, respectée pour sa carrière au théâtre et au cinéma, décède en 1974 d’un cancer de l’utérus. Mais une théorie persistante et troublante entoure sa mort. Vingt ans plus tôt, elle avait participé au tournage du film “Le Conquérant” dans le désert de l’Utah, non loin d’un site d’essais nucléaires. Sur les 220 membres de l’équipe du film, 91 ont développé un cancer, et 46 en sont morts, dont les stars John Wayne et Susan Hayward. Beaucoup sont convaincus que la mort d’Agnes Moorehead est liée à cette exposition aux radiations, ajoutant une couche sinistre à la légende.

D’autres membres du casting ont été fauchés prématurément. Alice Pearce, qui jouait la voisine curieuse et hilarante, Charlotte Kravitz, apprend qu’elle est atteinte d’un cancer de l’ovaire en phase terminale juste avant le début de la série. Elle cache sa maladie à tout le monde et joue son rôle avec une énergie incroyable, remportant un Emmy Award à titre posthume après sa mort en 1966, au cours de la deuxième saison. Marion Lorne, l’inoubliable et gaffeuse Tante Clara, décède d’une crise cardiaque en 1968, peu de temps avant de recevoir elle aussi un Emmy posthume pour son rôle.

La magie de “Ma sorcière bien-aimée” opère toujours, mais connaître les coulisses de la série laisse un goût amer. Derrière les rires enregistrés et les effets spéciaux charmants se cachaient des douleurs bien réelles, des maladies incurables et des vies brisées par la gloire. La série est devenue un mémorial involontaire, un souvenir doux-amer d’acteurs talentueux qui, pour beaucoup, ont payé le prix fort pour nous faire rêver. La malédiction n’était peut-être pas magique, mais elle a bel et bien existé.