Le témoignage d’Alexandra Rosenfeld, ancienne Miss France 2006 devenue professeure de yoga et entrepreneuse à Biarritz, a marqué un tournant majeur dans l’affaire qui secoue le grand chef cuisinier Jean Hambert. Depuis plusieurs mois, ce dernier est au cœur d’une tempête médiatique et judiciaire après la parution d’une enquête du magazine Elle en avril dernier, révélant les accusations de quatre de ses anciennes compagnes, qui dénoncent des violences conjugales.

Alexandra Rosenfeld spills the beans on her toxic relationship with Jean  Imbert! - YouTube

Tout a commencé lorsque ces femmes, qui ne se connaissaient pas entre elles, ont décrit des faits troublants et similaires : jalousie maladive, insultes, humiliations, coups, emprise psychologique et violences physiques répétées. Parmi elles, l’une se faisait appeler Éléonore. En août, le public a appris que derrière ce pseudonyme se cachait en réalité Alexandra Rosenfeld. Sur Instagram, elle a choisi de témoigner à visage découvert, racontant l’ampleur de l’emprise qu’elle dit avoir subie, la violence verbale et psychologique, mais aussi le fameux coup de tête qui lui aurait fracturé le nez. Dans son message, elle décrivait un engrenage lent et insidieux : les silences calculés, les rabaissements constants, les remarques humiliantes qui l’avaient poussée à douter de sa propre valeur.

Sa prise de parole a déclenché une vague de soutien massive : plus de 265 000 « likes » et des dizaines de milliers de messages de solidarité. Quelques jours plus tard, une autre voix s’est élevée, celle de l’actrice Lila Salé, qui a porté plainte pour violences et séquestration. Elle raconte avoir été frappée et retenue plusieurs heures dans une chambre d’hôtel par le chef après qu’il eut découvert un simple message amical sur son téléphone. L’actrice avait déjà déposé plainte en 2013 pour dégradations, mais l’affaire avait été classée sans suite.

Si une partie des faits dénoncés par Alexandra et d’autres femmes sont prescrits, une enquête préliminaire a néanmoins été ouverte fin août, laissant entrevoir la possibilité que des témoignages plus récents viennent nourrir le dossier. En parallèle, Jean Hambert, âgé de 44 ans, reste présumé innocent. Très connu du grand public depuis son passage dans Top Chef et à la tête d’une vingtaine d’établissements à travers le monde, il a choisi de se défendre sur Instagram et par le biais de ses avocats. Dans une story sobre en noir et blanc, il affirmait faire confiance à la justice, annonçait son retrait temporaire de ses restaurants, et dénonçait des récits « biaisés et tronqués ». Ses conseils juridiques rappellent que les faits évoqués sont prescrits et assurent que la défense dispose de nombreux éléments matériels à décharge, dont des messages et correspondances.

Pour Alexandra Rosenfeld, cependant, ce choix de témoigner n’a rien d’une recherche de lumière médiatique. Elle insiste sur le fait qu’elle avait déjà « toute la lumière dont elle avait besoin » dans sa vie à Biarritz auprès de ses filles. Parler aujourd’hui, dit-elle, c’est à la fois une façon de se libérer et une manière de donner du courage à d’autres victimes. Elle reconnaît avoir longtemps hésité : publier ce message signifiait s’exposer à des critiques, à des attaques, et raviver des souvenirs douloureux. Mais face à la puissance médiatique et à la notoriété de Jean Hambert, elle a estimé qu’il fallait ajouter sa voix à celles des autres.

Elle décrit l’emprise comme un mécanisme difficile à expliquer : des insultes quotidiennes, des rabaissements constants qui la faisaient se sentir coupable de tout. Si elle s’habillait simplement, elle était traitée de « cassos » ; si elle se faisait belle, elle était insultée. Chaque tentative de rupture se soldait par des pleurs, des menaces ou des intrusions dans sa vie privée : Jean Hambert, affirme-t-elle, pouvait l’attendre dans le hall de son immeuble, se cacher dans son parking, ou même se présenter devant l’école de sa fille. C’est seulement après de multiples tentatives qu’elle a pu se séparer de lui définitivement, et encore, uniquement lorsqu’il l’a décidé.

Affaire Imbert : le témoignage poignant d’Alexandre Rosenfeld

La fracture du nez constitue l’un des épisodes les plus marquants de son récit. Le chef reconnaît cet incident mais le présente comme un accident survenu lors d’une bagarre. Alexandra réfute catégoriquement cette version : selon elle, le geste a eu lieu sur un lieu professionnel, sans altercation préalable, et devant témoins. Plus largement, elle affirme que les violences psychologiques ont laissé des cicatrices encore plus profondes que les coups, car elles ne se voient pas et laissent souvent la victime seule face au doute ou à l’incrédulité de l’entourage.

Depuis sa prise de parole, Alexandra a reçu de nombreux témoignages de femmes, certaines évoquant des faits non prescrits. Elle espère que cela permettra à la justice d’avancer et milite pour une meilleure protection des victimes, notamment un allongement des délais de prescription. Pour elle, il est crucial de comprendre qu’une femme qui parle ne cherche pas la vengeance ni l’attention, mais la guérison et la reconnaissance de ce qu’elle a subi. Elle confie ne pas rechercher de représailles : « Le mal, ce n’est pas moi qui l’ai fait. »

Aujourd’hui encore, elle dit vivre dans la peur face à l’influence et au réseau du chef, mais se sent portée par la solidarité reçue. Son objectif est clair : libérer la parole et briser le silence autour des violences conjugales, qu’elles soient physiques ou psychologiques. En témoignant, elle espère non seulement obtenir réparation pour les victimes, mais aussi encourager d’autres femmes à sortir de l’emprise et à parler.

Ce combat, Alexandra Rosenfeld le mène désormais publiquement, consciente des risques, mais persuadée qu’il s’agit d’une cause juste et nécessaire. Derrière l’image glamour de Miss France ou de la yogi épanouie se révèle une femme marquée par la violence, mais déterminée à transformer sa douleur en force pour elle-même et pour toutes celles qui n’osent pas encore témoigner.