L’éternel Sundance Kid s’en est allé : un adieu à Robert Redford, le visage de la contre-culture et de l’élégance

Le monde du cinéma est en deuil. Le 16 septembre dernier, une lumière s’est éteinte, laissant derrière elle un héritage d’une richesse inestimable. Robert Redford, l’icône aux yeux bleus, le symbole d’une Amérique à la fois rebelle et romantique, s’est éteint paisiblement à l’âge de 89 ans. Sa disparition marque la fin d’une ère, celle où le charisme et la finesse d’un acteur pouvaient à eux seuls captiver des millions de spectateurs et faire de simples histoires des mythes cinématographiques. Si l’on pense immédiatement à l’antihéros éponyme du film Butch Cassidy et le Sundance Kid, sa carrière, immense et variée, a couvert bien plus que les vastes étendues de l’Ouest américain. Elle a exploré les doutes et les peurs de l’Amérique contemporaine, a dénoncé les conspirations politiques et a sublimé des passions amoureuses déchirantes.

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Né Charles Robert Redford Jr. à Santa Monica en 1936, rien ne destinait ce jeune homme issu d’un milieu modeste à devenir une superstar mondiale. Après des études d’art, un voyage en Europe et un passage par Broadway, c’est finalement le grand écran qui lui offrira un destin. Son ascension est fulgurante. Dans les années 1960 et 1970, il devient la coqueluche d’Hollywood, une figure de la modernité qui rejette les conventions et incarne un nouveau type de héros. Il n’est ni un bodybuilder stoïque ni un gentleman en smoking ; il est l’homme de la rue, avec ses faiblesses, ses doutes, mais aussi une détermination inébranlable et un charme dévastateur.

Le rôle qui scellera son statut de légende est sans conteste celui du Sundance Kid dans le film de 1969, Butch Cassidy et le Sundance Kid. Aux côtés de son ami de toujours, Paul Newman, il forme un duo inséparable de bandits en cavale, unissant humour, action et une mélancolie latente. Leur camaraderie à l’écran, palpable et sincère, a fait de ce film un classique instantané. C’était l’incarnation de la liberté, de la fraternité face à l’adversité, le tout dans un décor somptueux. Mais au-delà de l’aventure, le film était aussi une métaphore de la fin d’un monde, celle des hors-la-loi romantiques, rattrapés par l’implacable progrès.

Sa carrière ne se résume pas à un seul rôle. Au contraire, il a su avec intelligence naviguer entre les genres, choisissant des projets qui portaient un message, qui reflétaient les préoccupations de son époque. En 1975, il nous plonge au cœur des complots politiques avec Les Trois Jours du Condor, un thriller haletant où il incarne un simple analyste de la CIA pourchassé par ses propres employeurs. Le film résonne avec une profonde suspicion envers les institutions, un thème particulièrement pertinent après le scandale du Watergate.

Un an plus tard, en 1976, il s’empare du rôle de Bob Woodward dans Les Hommes du président, aux côtés de Dustin Hoffman. Le film retrace l’enquête journalistique qui a fait tomber le président Nixon. En incarnant l’un des deux journalistes qui ont changé le cours de l’histoire, Redford a donné un visage humain et héroïque à l’investigation, réaffirmant l’importance de la presse libre. Ce rôle a non seulement prouvé ses talents d’acteur dramatique, mais a aussi démontré son engagement citoyen. Il croyait au pouvoir de l’art pour éduquer et informer.

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Mais Robert Redford n’était pas seulement le visage des films d’action et de politique. Son charme a aussi fait des merveilles dans des drames romantiques. En 1985, il nous a transportés en Afrique dans le film éponyme, Out of Africa, où il partage la vedette avec Meryl Streep. Son personnage, un chasseur solitaire et aventureux, symbolisait un idéal de liberté et de passion que l’on ne trouve que dans des contrées lointaines. Il a offert une performance empreinte d’élégance et de sobriété, confirmant sa capacité à incarner des personnages complexes et tourmentés.

Sa transition vers la réalisation a été tout aussi réussie. Il a prouvé qu’il avait une vision au-delà de son jeu d’acteur, une sensibilité qui lui a permis de créer des œuvres touchantes et profondes. En 1998, il dirige et joue dans L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, une histoire sur la guérison et la communication non verbale. Le film explore la relation entre l’homme et l’animal, la nature et le traumatisme, avec une délicatesse qui a touché des millions de cœurs. Il ne s’agissait pas seulement d’un film sur les chevaux, mais d’une métaphore sur la nécessité de se reconnecter avec soi-même et avec la nature.

Malgré une carrière d’une telle envergure, le public a souvent été surpris d’apprendre que Robert Redford n’a jamais remporté l’Oscar du meilleur acteur, même si l’Académie lui a décerné un Oscar d’honneur en 2002 pour l’ensemble de son œuvre. Ce fait n’enlève rien à son génie. Au contraire, cela souligne peut-être son refus de se conformer, sa volonté de rester un esprit libre, loin des paillettes d’Hollywood.

Mais l’héritage de Robert Redford va bien au-delà de ses films. Il a été le fondateur du Festival du film de Sundance en 1985, un événement qui est rapidement devenu le plus grand festival de cinéma indépendant des États-Unis. Il a donné une voix aux cinéastes émergents, aux histoires qui ne trouvaient pas leur place dans les grands studios. Il a soutenu l’art pour l’art, la création pour la création, et a aidé à lancer les carrières de réalisateurs majeurs d’aujourd’hui. Ce festival est le reflet de sa philosophie : le cinéma ne doit pas être qu’un divertissement, mais aussi une plateforme pour l’innovation, la diversité et la réflexion.

Robert Redford était un homme de paradoxes : une superstar qui préférait la solitude de son ranch de l’Utah, un acteur de blockbusters qui soutenait avec passion le cinéma indépendant, une figure de l’establishment qui incarnait l’esprit de la contre-culture. Sa disparition est une perte immense pour l’industrie du cinéma et pour le monde. Son nom restera à jamais synonyme de l’élégance, de la dignité et d’une passion inébranlable pour son art. Adieu, Monsieur Redford. Le Sundance Kid a chevauché vers l’horizon, mais sa légende, elle, ne mourra jamais.