Robert Redford, figure emblématique du cinéma américain, s’est éteint à 89 ans dans sa propriété de l’Utah, là même où il avait bâti son sanctuaire artistique : le festival Sundance, devenu au fil des années le berceau du cinéma indépendant mondial. Sa disparition marque la fin d’une époque, tant son nom reste associé à une Amérique idéalisée, progressiste, écologiste et profondément humaine. Plus qu’un acteur, il fut un réalisateur visionnaire, un producteur engagé et un citoyen qui a porté haut ses convictions à travers l’art et la vie.

Un lion s'en est allé”: Hollywood rend hommage à Robert Redford | 7sur7.be

Né à Santa Monica en 1936, Redford grandit dans une Amérique en pleine mutation. Jeune homme, il se destine d’abord à la peinture, suivant des cours aux Beaux-Arts de Paris dans les années 1950. Mais cette période française, bohème et incertaine, l’amène au bord du gouffre. Sans argent, miné par le doute, il pense tout abandonner. Ce fut un ami qui l’encouragea et lui offrit une chance d’exposer ses dessins en Italie, lui permettant de rentrer aux États-Unis. De cette expérience douloureuse naît une conviction : la vie doit être vécue avec intensité, et chaque échec peut devenir une renaissance.

Lorsqu’il se tourne vers le théâtre puis la télévision, Redford n’imagine pas encore devenir une star de cinéma. Il pense peindre les décors, mais son charisme éclatant et sa beauté solaire en décident autrement. Dès les années 1960, il s’impose comme un visage magnétique, notamment grâce à son rôle dans « Propriété interdite » aux côtés de Natalie Wood. Mais c’est en 1969 que sa carrière explose véritablement avec « Butch Cassidy et le Kid », où il forme un duo mythique avec Paul Newman. Le public découvre alors un acteur à la fois élégant, drôle, charismatique, mais jamais superficiel. Redford, loin de se contenter d’un rôle de séducteur, cherche déjà à complexifier ses personnages et à éviter les étiquettes.

Au cours des années 1970, il devient une star incontournable de Hollywood. On le retrouve dans des films politiques marquants tels que « Les Hommes du président », où il incarne le journaliste Bob Woodward, révélant le scandale du Watergate seulement deux ans après la chute de Nixon. Il tourne également « Les Trois Jours du Condor », un thriller dénonçant les manipulations de la CIA. Redford choisit toujours ses rôles avec soin, préférant un cinéma qui interroge la société plutôt que des blockbusters faciles. À une époque où Hollywood se laisse séduire par le pur divertissement, lui défend un cinéma citoyen.

Mais Redford ne se limite pas à son statut d’acteur. Très tôt, il s’engage en tant que réalisateur. Son film « Des gens comme les autres » (1980) lui vaut l’Oscar du meilleur réalisateur. Plus tard, il offre au public des fresques poétiques et écologiques comme « Et au milieu coule une rivière » (1992) ou « L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » (1998). Ces films reflètent son amour pour la nature, sa passion pour l’Ouest américain et sa conscience écologique avant l’heure. Il y montre aussi son goût pour la transmission, la mémoire et l’héritage culturel.

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Au-delà du cinéma, Redford est reconnu comme un pionnier de l’écologie. Bien avant que ce combat devienne une tendance, il s’engage pour la protection de l’environnement, construisant même une maison solaire dans les années 1970 et défendant publiquement les énergies renouvelables. Il milite également pour les droits civiques, soutenant les minorités et les causes progressistes, dans la lignée de Marlon Brando et Jane Fonda.

Son empreinte la plus durable reste sans doute le festival de Sundance, fondé en 1981. Ce festival, mais aussi l’institut qui l’accompagne, offrent une plateforme à des cinéastes émergents. Quentin Tarantino, Steven Soderbergh, les frères Coen, Jim Jarmusch et tant d’autres ont vu leur carrière décoller grâce à lui. À une époque dominée par les films d’action musclés et les blockbusters, Redford ouvre une alternative : un cinéma d’auteur exigeant, intelligent et audacieux.

Redford, c’était aussi une beauté insolente, une allure magnétique qui aurait pu l’enfermer dans des rôles de playboy. Mais il a toujours lutté contre cette image, cherchant à montrer un « vrai fond hippie », comme l’ont souligné certains critiques. Moins extraverti que d’autres, il cultivait une forme de sobriété qui contrastait avec les excès de Hollywood. À l’écran, il incarnait une Amérique séduisante, mais à travers ses engagements, il représentait une Amérique critique, lucide et combattante.

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Sa carrière fut ponctuée de choix radicaux. Il n’hésitait pas à s’éloigner des plateaux de tournage pour vivre pleinement, apprendre à élever des chevaux, construire une maison, voyager avec sa famille. Contrairement à beaucoup d’acteurs de son époque, il a su préserver sa liberté. Ses films, peu nombreux au regard de sa longévité – une soixantaine en 60 ans – sont marqués par une exigence de qualité et une cohérence artistique rare.

En France, il a toujours bénéficié d’une admiration particulière. Le pays lui a remis la Légion d’honneur en 2010, saluant ses cinquante ans de carrière et son attachement à la culture européenne. Jane Fonda, son alter ego féminin avec qui il a tourné à plusieurs reprises, a résumé ce qu’il représentait : « Il incarnait une Amérique pour laquelle nous devons continuer à nous battre, à l’opposé de celle de Donald Trump. »

Aujourd’hui, alors que l’on évoque son œuvre et son héritage, on se rend compte que Robert Redford fut bien plus qu’un acteur ou qu’un réalisateur : il fut un artiste citoyen, une conscience, un homme qui a su conjuguer beauté, intelligence et engagement. Son visage, son charisme et son regard resteront à jamais gravés dans l’histoire du cinéma, mais ce sont surtout ses idées et son courage qui continueront à inspirer des générations d’artistes et de spectateurs.

Robert Redford s’en est allé, mais il laisse derrière lui un cinéma humaniste, une Amérique de lumière, et l’héritage vivant de Sundance. Une étoile s’est éteinte, mais son éclat continue de guider les rêveurs, les cinéastes et tous ceux qui croient encore que l’art peut changer le monde.