Claude François, idole éternelle de la chanson française, continue de fasciner plus de quarante ans après sa disparition tragique, le 11 mars 1978. Mort à seulement 39 ans des suites d’une électrocution domestique, il a laissé derrière lui une œuvre musicale immense, des tubes intemporels et une légende forgée sur la scène, mais aussi un souvenir beaucoup plus contrasté dans la vie privée. Car si des millions de fans connaissaient l’artiste flamboyant, perfectionniste et magnétique, peu ont réellement approché l’homme, avec ses manies obsessionnelles, ses excès de caractère et ses exigences parfois invivables.

Claude François, les femmes de sa vie et ses enfants

De 1967 à 1972, Claude François partage la vie du mannequin Isabelle Forêt, mère de ses deux fils, Claude François Junior (né en 1968) et Marc François (né en 1969). Leur relation, née dans l’euphorie d’une rencontre à Lyon après un concert, fut rapidement placée sous le signe de la passion mais aussi de la tension permanente. Isabelle Forêt, dans un rare témoignage accordé à l’émission Saga en 2003, décrivit sans détour le quotidien éprouvant qu’elle avait dû endurer aux côtés du chanteur. Elle expliqua qu’au-delà de son rôle de mère, elle devait gérer les ouvriers qui travaillaient en permanence dans leur demeure – le célèbre moulin – tout en s’adaptant à l’extrême maniaquerie de Claude.

Cette maniaquerie touchait tous les aspects de la vie domestique. Rien ne devait être laissé au hasard : pas une goutte d’eau sur une vitre, pas une assiette ébréchée, pas un objet déplacé. L’ordre devait régner en permanence pour satisfaire aux exigences du chanteur. Plus surprenant encore, Isabelle Forêt révéla l’obsession singulière qu’il entretenait pour… son escalier. Chaque semaine, il fallait repeindre la montée d’escalier afin qu’elle reste d’un blanc immaculé. Et chaque vendredi soir, Isabelle se voyait contrainte de nettoyer à quatre pattes cette même montée, jusqu’à la perfection. Pour elle, cela relevait de l’absurde, mais pour Claude, c’était une exigence incontournable, presque vitale, reflet de son obsession du détail et de son rapport complexe à la perfection.

Isabelle Forêt : Biographie et actualités

Michèle Torr, autre figure de la chanson française, confirma cette image ambivalente dans l’émission Un dimanche à la campagne diffusée en mars 2023. Elle se souvenait de ses débuts à 17 ans, lorsqu’elle partit en tournée avec Claude François. Elle évoqua un artiste d’un grand professionnalisme, véritable « école » de rigueur et de discipline. Sur scène, il improvisait souvent, modifiait des textes pour s’adresser directement à ses musiciens, et imposait un rythme effréné. Elle reconnut son talent immense et son charisme indéniable, mais elle ne cacha pas non plus le tempérament difficile du chanteur, parfois insupportable pour ceux qui devaient le suivre au quotidien.

Car derrière la lumière des projecteurs se cachait un homme tourmenté, à la fois solaire et sombre, capable d’un charme irrésistible mais aussi d’exigences extrêmes. Ses proches décrivent un être qui cherchait en permanence à contrôler son environnement, comme pour mieux conjurer une insécurité intérieure. Perfectionniste obsessionnel, il voulait que tout corresponde à son image de star et à sa volonté. Mais cette quête d’un idéal inatteignable rendait la vie avec lui extrêmement difficile, en particulier pour les femmes qui partageaient son intimité.

La relation avec Isabelle Forêt, bien que marquée par la naissance de deux enfants qui deviendront les héritiers de son nom, fut donc loin d’être paisible. Elle oscillait entre amour, admiration et épuisement. Vivre aux côtés de Claude, c’était accepter un rythme hors norme, des exigences quasi militaires et une atmosphère parfois oppressante. Pour Isabelle, cela signifiait aussi renoncer à une certaine liberté, à la légèreté que l’on pourrait attendre d’un couple.

Claude François, dans ses contradictions, illustre une figure complexe : celle d’un homme prisonnier de son besoin de briller et de tout contrôler, mais aussi celle d’un artiste visionnaire qui a révolutionné la scène musicale française. Ses chorégraphies millimétrées, ses spectacles grandioses, ses chansons devenues des hymnes – de Alexandrie Alexandra à Comme d’habitude – témoignent de ce perfectionnisme qui, sur scène, se transformait en génie. Mais ce même perfectionnisme, dans la sphère privée, devenait une contrainte pesante pour son entourage.

Je suis devenue sa chose" : Quand la mère des enfants de Claude François,  Isabelle Forêt, parlait de leur relation

Aujourd’hui encore, ses proches oscillent entre admiration et souffrance lorsqu’ils évoquent sa mémoire. Michèle Torr souligna combien elle avait appris de lui en matière de rigueur artistique, mais Isabelle Forêt rappela combien cette rigueur se transformait en tyrannie domestique. Les deux témoignages se complètent et dessinent le portrait d’un homme à double visage : lumineux aux yeux du public, mais parfois invivable dans l’intimité.

La mort brutale de Claude François en mars 1978 a figé son image dans la légende. Il reste pour beaucoup l’éternel séducteur, l’idole au sourire éclatant, le chanteur populaire par excellence. Mais pour ceux qui l’ont aimé ou côtoyé, il demeure aussi le souvenir d’un être insaisissable, exigeant et fragile. Ses enfants, Claude Junior et Marc, ont grandi avec ce double héritage : celui d’un père mythique pour la France entière, et celui d’un homme complexe dont la présence était à la fois écrasante et fascinante.

En définitive, l’histoire entre Claude François et Isabelle Forêt révèle les deux faces d’un même destin. D’un côté, un artiste de génie, perfectionniste acharné, qui a marqué de son empreinte la chanson française. De l’autre, un homme difficile, aux manies parfois absurdes, dont la vie intime fut jalonnée de tensions et de sacrifices. Ce contraste alimente encore aujourd’hui la légende de Cloclo : une étoile brillante, mais au cœur tourmenté, qui n’a jamais laissé indifférent, ni sur scène, ni dans la vie.