PPDA, l’ombre d’un homme : plongée dans la nouvelle vie recluse de l’ex-star du JTPPDA confiné chez lui : le journaliste ne se montre plus depuis plusieurs  mois - Public

Il fut, pendant plus de trente ans, l’un des visages les plus emblématiques de la télévision française. Patrick Poivre d’Arvor, plus connu sous ses initiales PPDA, a incarné le journal télévisé de TF1 avec une aura incontestée, recevant les plus grands de ce monde et marquant l’histoire médiatique d’une voix et d’un style immédiatement reconnaissables. Mais depuis bientôt deux ans, ce n’est plus son charisme ou ses interviews qui font parler de lui, mais une série d’accusations lourdes, des mises en examen et un silence médiatique assourdissant.

Aujourd’hui, ses voisins, ses rares connaissances et les habitants de Trégastel, petite commune des Côtes-d’Armor où il réside, dressent le portrait d’un homme qui s’est effacé, presque confiné volontairement, loin des projecteurs qu’il a pourtant longtemps attirés.


Une disparition progressive de la vie publique

Il y a quelques années encore, PPDA pouvait être aperçu dans les rues de Trégastel comme n’importe quel habitant. Discret, mais pas invisible, il profitait du cadre naturel de la côte bretonne, des commerces locaux et de ses habitudes au café. Désormais, selon les témoignages recueillis par PurePeople, il ne se montrerait quasiment plus.

Un employé du camping du coin, installé dans la région depuis plus d’une décennie, avoue ne jamais l’avoir croisé :

« Pour tout vous dire, je suis là depuis 11 ans, et à part dans les journaux, je ne l’ai jamais vu. Mais je sais très bien qu’il habite là et je pourrais même vous montrer sa maison. »

La patronne d’une chambre d’hôte, elle, se souvient de l’avoir aperçu une seule fois, en compagnie de son ex-compagne Claire Chazal, mère de leur fils François. Même au Super U, situé à quelques pas de sa maison, on affirme ne jamais l’avoir vu franchir la porte.

En revanche, certains habitants se rappellent l’avoir croisé au Triagoz, un bar installé sur la plage du Coz-Pors, où il aimait boire un café. Mais ces apparitions semblent appartenir au passé. « Ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vu dans le coin », confie un témoin.

Ainsi, dans une commune où tout le monde finit par se connaître, PPDA est devenu une figure fantôme, enfermé dans une discrétion qui nourrit rumeurs, curiosité et malaise.

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L’anatomie d’une chute

La chute de Patrick Poivre d’Arvor commence en février 2021. L’écrivaine Florence Porcel porte plainte pour viol, des faits qu’elle situe en 2004 et en 2009. Rapidement, une enquête préliminaire est ouverte. Dans la foulée, Mediapart publie des témoignages de femmes affirmant elles aussi avoir subi des comportements déplacés ou des violences sexuelles de la part de l’ex-présentateur.

En mai de la même année, deux nouvelles plaintes viennent s’ajouter, l’une pour viol, l’autre pour agression sexuelle. Mais en juin 2021, l’enquête initiale est classée sans suite, faute de preuves suffisantes et en raison de la prescription pour certains faits. Beaucoup pensent alors que l’affaire va s’éteindre.

Ce n’est pourtant que le début. En décembre 2021, un juge d’instruction est saisi et une information judiciaire est ouverte. L’année suivante, d’autres enquêtes préliminaires s’ajoutent, toujours sur la base de nouveaux témoignages. La plupart seront elles aussi classées, prescription oblige. Mais le 19 décembre 2023, coup de théâtre : PPDA est mis en examen pour le viol que Florence Porcel affirme avoir subi en 2009. Le second viol présumé, celui de 2004, reste prescrit.

En juillet 2024, cinq nouvelles informations judiciaires pour viols et viols aggravés sont ouvertes, concernant des plaintes qui avaient été initialement classées sans suite. Autrement dit, l’étau judiciaire se resserre encore.


Un silence comme seule stratégie

Face à l’accumulation des accusations et des procédures, PPDA a choisi la voie du silence. Lui qui fut l’un des maîtres de la parole publique n’accorde plus d’interviews, n’apparaît plus à la télévision et limite ses interactions sociales au strict minimum. Ses rares prises de parole sont passées par ses avocats, qui contestent fermement les accusations et dénoncent un « acharnement ».

Pour ses voisins, ce mutisme est palpable au quotidien. Ils ne le croisent plus, ne l’entendent plus, ne savent même pas s’il réside en permanence dans sa maison de Trégastel. « On ne le voit jamais, et pourtant on sait qu’il est là », confie une habitante.

Ce retrait contraste avec l’image d’un homme qui a longtemps été au centre de la vie médiatique française. L’ancien présentateur, qui avait aussi écrit de nombreux livres, animé des émissions littéraires et interviewé des chefs d’État, vit désormais comme un reclus, protégé par ses murs et sa réputation brisée.


La Bretagne, refuge et prison

Choisir la Bretagne n’a rien d’anodin. Depuis des années, Patrick Poivre d’Arvor y possède une maison et y trouvait autrefois refuge et inspiration. La mer, la nature et le calme des Côtes-d’Armor semblaient lui offrir une respiration loin du tumulte parisien. Mais depuis que son nom est associé à une succession d’affaires judiciaires, ce havre s’est transformé en prison dorée.

Loin de ses anciennes habitudes parisiennes et des cercles littéraires ou médiatiques, il reste enfermé dans une forme de solitude, entre suspicion des uns et respect forcé de la vie privée pour les autres. Le silence de PPDA ne fait que renforcer l’impression d’un homme à la fois présent et absent, connu de tous mais invisible au quotidien.


Une légende brisée

Derrière ce retrait se dessine aussi une tragédie plus large : la chute d’un monument du paysage audiovisuel français. Pendant trente ans, PPDA a incarné une certaine idée de l’information télévisée. Sa complicité à l’écran avec Claire Chazal, ses entretiens avec des écrivains ou des présidents, sa voix grave et son style posé faisaient partie du quotidien des Français.

Aujourd’hui, c’est une tout autre image qui domine : celle d’un homme accusé, affaibli, reclus, scruté malgré lui par une opinion publique partagée entre mémoire de ses années de gloire et sidération devant les accusations.

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Et maintenant ?

L’avenir de Patrick Poivre d’Arvor dépendra avant tout de l’issue judiciaire des affaires en cours. Sa mise en examen signifie que la justice estime les charges suffisamment sérieuses pour être examinées par un juge, mais elle ne constitue pas une condamnation.

En attendant, il vit confiné dans son silence, dans sa maison bretonne, loin des caméras et des studios. Un contraste saisissant avec l’homme qui, soir après soir, entrait dans les foyers de millions de Français.

Pour ses voisins, il reste une énigme : toujours là, mais introuvable. Pour ses anciens téléspectateurs, il est devenu l’incarnation d’une chute brutale, celle d’une figure médiatique passée de l’idole au paria.


PPDA, jadis symbole de la télévision triomphante, est aujourd’hui l’exemple vivant de la fragilité des icônes. Sa voix, autrefois omniprésente, s’est tue. Reste le mystère d’un homme qui, enfermé dans son propre silence, semble désormais appartenir davantage au passé qu’au présent.