La notoriété soudaine peut bouleverser une vie, surtout lorsqu’on est un candidat ordinaire propulsé malgré lui sous les projecteurs d’une émission de télévision populaire comme L’amour est dans le pré. C’est ce qu’a vécu Jean-Louis, agriculteur au caractère franc, lorsqu’il s’est présenté à travers le fameux portrait diffusé lors du lancement de la saison. À peine quelques minutes d’antenne ont suffi pour transformer son quotidien. Durant ce quart d’heure de gloire, comme il aime à l’appeler avec un mélange d’ironie et de surprise, il a vu son téléphone s’illuminer sans cesse : pas moins de cent trente-neuf nouvelles demandes d’amis avaient afflué sur ses réseaux sociaux. Un chiffre qu’il n’aurait jamais imaginé atteindre, lui qui menait jusque-là une vie simple, rythmée par le travail des champs et la quiétude de sa campagne.

Très vite, cette avalanche de messages, d’appels et de sollicitations s’est transformée en un tourbillon parfois difficile à gérer. Jean-Louis confie que son téléphone continue encore aujourd’hui à vibrer régulièrement, souvent avec des numéros inconnus. Curieux, il regarde parfois qui tente de le joindre, mais il a choisi de ne pas répondre. La production de l’émission lui avait d’ailleurs recommandé de rester prudent : dialoguer directement avec des inconnues pouvait créer des malentendus, voire lui compliquer la vie. Et il reconnaît qu’ils avaient raison. Une fois qu’une conversation démarre, il est difficile de la maîtriser. Certaines prétendantes s’emballent rapidement, multiplient les messages et, lorsqu’elles n’obtiennent pas de réponse, finissent par exprimer colère ou frustration. « Tant pis pour toi, tu ne sais pas ce que tu perds », lui ont lancé plusieurs admiratrices déçues. Pour l’agriculteur, ce type de réaction n’est pas un problème : il estime que celles qui s’énervent ainsi « s’autoéliminent » d’elles-mêmes.

Photo : Emeric et Maëlle de "L'amour est dans le pré 2018" en couple -  Facebook, 26 novembre 2018 - Purepeople

Parmi toutes ces démarches parfois excessives, une histoire l’a particulièrement marqué. Une candidate, qui avait déjà pris soin d’écrire un mail officiel à la production pour tenter de se faire remarquer, a décidé d’aller plus loin. Déterminée à sortir du lot, elle a trouvé son adresse professionnelle et lui a envoyé un colis volumineux. À l’intérieur, Jean-Louis a découvert une multitude de cadeaux : des chocolats en forme de cœur, des petits objets pour agrémenter le bain, des photos d’elle soigneusement glissées entre des cartes parfumées. Bref, tout un ensemble destiné à séduire et à attirer l’attention. Si, au départ, il a trouvé l’initiative sympathique et plutôt flatteuse, il a vite compris que la démarche franchissait une limite.

Car l’histoire ne s’est pas arrêtée là. Quelques jours plus tard, alors qu’il travaillait tranquillement dans son champ, il a eu la surprise de voir cette même admiratrice débarquer. Elle avait profité de ses vacances pour venir dans la région et, volontairement, avait cherché à localiser l’endroit où il vivait. Cette intrusion inattendue l’a laissé perplexe : entre étonnement, gêne et une pointe d’inquiétude, il ne savait comment réagir. La discussion qui s’ensuivit lui permit néanmoins de découvrir davantage la personnalité de cette prétendante. Elle lui expliqua qu’elle n’était pas venue seule, mais accompagnée de toute sa famille : sa fille, sa mère et même sa grand-mère l’avaient suivie dans ce périple. Quatre générations réunies dans une même voiture, prêtes à faire la rencontre de l’homme qu’elles n’avaient vu qu’à la télévision.

Si la scène peut prêter à sourire, elle témoigne aussi de l’effet puissant qu’une émission comme L’amour est dans le pré peut avoir sur le public. L’image diffusée à l’écran ne reste pas simplement une fiction lointaine : elle suscite des espoirs, nourrit des rêves, déclenche des démarches concrètes. Jean-Louis, en recevant ce flot d’attentions parfois envahissantes, a pris conscience de la frontière fragile entre l’admiration et l’obsession. Il souligne d’ailleurs qu’il ne souhaite blesser personne, mais qu’il doit avant tout préserver sa tranquillité et son équilibre. Sa vie d’agriculteur n’a rien de glamour, mais elle exige rigueur, stabilité et une certaine sérénité.

Cette expérience lui a appris à se protéger. Aujourd’hui, il préfère filtrer, rester discret, et ne s’engager qu’avec celles qui respectent les règles établies par la production. À ses yeux, c’est une question de bon sens et de sécurité. Les réseaux sociaux, il les consulte désormais avec parcimonie. S’il reçoit encore des colis ou des lettres, il les lit avec curiosité mais garde toujours une distance prudente.

« L’Amour est dans le pré » : Emeric raconte l’effervescence autour de sa  candidature

Dans le fond, Jean-Louis reconnaît qu’il est touché par l’engouement que suscite sa participation à l’émission. Il n’aurait jamais imaginé que son portrait, tourné en quelques heures par une équipe de télévision, provoquerait autant de réactions. Mais il sait aussi qu’il ne veut pas se laisser submerger par cette vague. Son objectif reste inchangé : trouver une compagne sincère, avec qui partager son quotidien à la ferme, loin des excès et des comportements extravagants.

L’histoire de ce colis rempli de cadeaux et de cette visite surprise restera gravée dans sa mémoire comme un épisode aussi insolite qu’instructif. Elle illustre à quel point la frontière entre la télévision et la réalité peut parfois se brouiller. Et elle rappelle que derrière l’image souriante d’un agriculteur en quête d’amour se cache un homme qui cherche avant tout à rester maître de son destin, sans se laisser déborder par l’exubérance de certaines prétendantes.