Zaz, survivante lumineuse : un nouvel album entre blessures et renaissance

ZAZ : "Je suis une survivante"

Quinze ans après son premier succès et des millions d’albums vendus dans le monde, Zaz revient avec un sixième disque bouleversant, Saine et sauve, qui marque une étape essentielle dans son parcours artistique et personnel. Rencontre avec une artiste entière, généreuse et habitée, qui livre aujourd’hui ses blessures, ses paradoxes, mais surtout sa force de vie.


Un album viscéral et organique

Dès les premières notes, Saine et sauve frappe par sa richesse sonore et sa sincérité. Zaz explique avoir voulu « s’amuser », expérimenter, jouer avec les textures et les matières :

« Il y a de la chanson française, de la pop, de l’électro, des orchestrations incroyables, et même des arrangements où ma voix devient un instrument. »

L’artiste a collaboré avec une pléiade de musiciens et de compositeurs, parmi lesquels Raphaël, Noé Préchauff, Laurent Lamarca, Jean-Étienne Maillard ou encore le groupe bruxellois Puggy. Résultat : un disque éclectique, foisonnant, mais profondément cohérent, qui reflète son chemin intérieur.


« Je pardonne » : un hymne à la libération

La première chanson, Je pardonne, donne le ton. Dans ce texte d’une rare intensité, Zaz raconte son besoin de tourner la page :

« À un moment, tu décides que tu ne veux plus être victime de ton histoire. Tu choisis d’être responsable de ton bonheur. »

Le pardon, ici, n’efface pas les douleurs mais permet de les transformer. L’artiste confie que ce chemin n’est jamais linéaire, que la colère revient parfois. Mais elle assume désormais d’avancer, riche des épreuves traversées. Une chanson universelle, qui touche quiconque cherche à se réconcilier avec son passé.


« Au pays des merveilles » : une plongée dans l’adolescence

Dans Au pays des merveilles, Zaz revient sur ses années les plus sombres : l’adolescence explosive, les drogues, l’alcool, les excès. Une période qu’elle qualifie de « kamikaze ».

« C’était une prison, un enfer. Mais ces expériences m’ont aussi appris à rebondir, à m’adapter. Aujourd’hui, j’en sors plus riche. »

Cette chanson agit comme une reconnaissance des blessures, mais aussi comme un geste de guérison, pour elle comme pour ceux qui l’écoutent.

QUE DES LIENS de ZAZ reprise par jean-jacques SOUIN


« Mon sourire » : la joie comme arme

On reproche parfois à Zaz son optimisme, son côté « fleurs bleues ». Elle assume : Mon sourire célèbre sa manière de résister aux horreurs du monde par la lumière intérieure.

« Si je veux aider le monde, j’ai tout intérêt à aller bien. La paix dans le monde commence par la paix en soi. »

Un credo qu’elle applique à sa vie et qu’elle partage avec son public : la joie n’est pas une naïveté, c’est un acte de résistance.


« Mon Dieu » : une supplique contre la guerre

Impossible d’ignorer l’actualité : dans Mon Dieu, écrite avec Vianney et Tristan Salvati, Zaz prête la voix à la Terre qui implore Dieu « d’apprendre aux hommes à aimer ».

« Il y a tellement d’ego et de jeux de pouvoir. Que peut-on faire ? Chanter, prier, dégager de l’amour. L’intention qu’on met dans le monde a un impact. »

Sans verser dans la religion, elle propose une prière universelle, un souffle d’espérance.


Le titre phare : « Saine et sauve »

La chanson éponyme, qui donne son nom à l’album, est une véritable déclaration de résilience. Elle raconte qu’au plus profond de chacun existe un espace inviolé, une flamme qui ne s’éteint jamais.
Sur scène, dit-elle, ce titre prend toute son ampleur : « Il m’illumine, me donne de la force. Il raconte qu’on a tous en nous un endroit qu’aucune épreuve n’a jamais détruit. »

Un message qui résonne comme un mantra collectif.


« Flamme » : un hymne aux femmes

Autre moment fort du disque : Flamme, coécrit avec Laurent Lamarca et Chien Noir.
Zaz y rend hommage aux combats des femmes qui l’ont précédée et rappelle que la liberté se choisit avant tout à l’intérieur de soi. La musique est légère, dansante, mais le propos puissant. Une chanson qui pourrait devenir un hymne féministe.


Un disque de transmission

Avec Un enfant pour toujours, Zaz aborde un sujet méconnu : le « syndrome du gisant », lorsqu’un enfant naît après le décès d’un frère ou d’une sœur non pleuré. La chanson donne la parole à cet enfant qui réclame sa place.
Pour l’artiste, c’est une œuvre de guérison : « On peut s’adresser à un parent, à l’enfant en soi, à l’enfant qu’on a perdu… C’est une chanson qui libère. »

Enfin, Une passerelle vers la mer, qui clôt l’album, traite de la mémoire transgénérationnelle. Elle chante avec son auteur une ballade poignante sur l’héritage familial et la nécessité de se libérer des non-dits pour avancer.

À perte de rue - YouTube


Quinze ans de scène et une nouvelle maturité

Zaz a fêté ses 45 ans. Elle mesure le chemin parcouru depuis Je veux, son premier tube. Elle se souvient des foules immenses, des concerts à Québec ou ailleurs, et de la relation unique tissée avec le public.

« Avant, je donnais sans équilibre. Aujourd’hui, j’ai appris à accueillir l’amour. Je suis bouleversée par ces torrents d’émotion, et je les reçois pleinement. »

Une maturité nouvelle qui se reflète dans sa musique.


Une tournée mondiale et… la peinture

L’aventure continue avec une grande tournée internationale : Bratislava, Vienne, Prague, Bucarest, Varsovie, Vilnius, Londres, puis l’Amérique latine. Fidèle à son habitude, Zaz chantera aussi dans les langues locales.

Mais l’artiste explore une autre facette d’elle-même : la peinture. Elle expose pour la première fois à Paris, à la galerie Cécile Rivoli. Des toiles intimes, instinctives, peuplées de racines et de dragons.

« La musique est faite pour être partagée, la peinture est un face-à-face avec moi-même. C’est encore plus intime. »

Elle rêve même de créer un tarot ou un oracle à partir de ses œuvres.


Une artiste libre et reconnaissante

Au fil de l’entretien, une chose frappe : la gratitude immense de Zaz. Gratitude envers la vie, envers les rencontres, envers son public. Mais aussi envers elle-même, d’avoir osé se reconstruire.

À travers Saine et sauve, elle offre bien plus qu’un album : un témoignage vibrant de résilience, un appel à la lumière, un partage de vie.

« Je fais des chansons pour moi, mais aussi pour que les gens puissent se les approprier, reconnaître leurs émotions et les libérer. »

Zaz est une survivante, oui. Mais surtout une passeuse, qui transforme ses blessures en étincelles. Et qui, plus que jamais, rayonne.


Saine et sauve est disponible partout. La tournée mondiale de Zaz débutera en janvier 2026. Ses toiles sont visibles à la galerie Cécile Rivoli, Paris 4e.