Depuis la disparition d’Éric Charden en 2012, Stone — Annie Gautrat — semble porter avec elle un poids nouveau, une conscience exacerbée de sa propre mortalité. Les confidences qu’elle a livrées dans plusieurs entrevues dessinent le portrait d’une femme qui, après avoir traversé les feux de la scène et les joies d’une carrière partagée, se retrouve désormais face à des questionnements très concrets sur la fin de vie. Elle avoue, sans détour ni détourment, être persuadée qu’il ne lui reste que quelques mois à vivre ; plus encore, elle se montre déterminée à choisir les conditions de son départ plutôt que de subir des solutions qui lui paraîtraient indignes. Ces paroles, crues et franches, traduisent un mélange de peur, de lucidité et d’exigence de dignité, et résonnent comme l’ultime acte d’une femme qui a toujours souhaité garder la maîtrise de son image et de ses choix.

Je veux mourir en Suisse, partir rejoindre Charden" : à 75 ans, les tristes  confessions de Stone - YouTube

Stone raconte avoir accompagné sa propre mère en maison de retraite et décrit cette expérience comme une “horreur totale”, un constat douloureux qui a fortement orienté sa décision : « Je ne pense surtout pas à la maison de retraite, je n’irai pas en maison de retraite », répète-t-elle, pleine de certitude. Ce refus est moins une posture de star qu’une réaction profondément humaine à ce qu’elle a vu — des proches dégradés par l’ennui, la perte d’autonomie et parfois par l’indifférence d’un système débordé. Le témoignage n’est pas gratuit : il met en lumière un malaise sociétal, celui d’institutions qui peinent parfois à offrir chaleur et accompagnement personnalisés à des personnes âgées, et il reflète la volonté d’une génération d’artistes qui n’acceptent plus d’être relégués au silence.

La question du financement pèse lourd. Stone admet avec un mélange d’amertume et de pragmatisme qu’elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour envisager une prise en charge luxueuse : « Je n’ai que 1 000 euros par mois de retraite », confie-t-elle. Cette révélation est doublement frappante : d’une part, elle abat le mythe du privilège financier des vedettes d’antan — beaucoup ont gagné de l’argent jeune, mais n’ont pas toujours pu ou su cotiser comme il aurait fallu ; d’autre part, elle expose la difficulté matérielle d’accéder à des structures de qualité. Elle reconnaît, sereine mais lucide, qu’à l’époque « on s’en foutait, on ne cotisait pas », rappelant que la précarité à l’âge avancé n’épargne pas ceux qui ont connu la gloire.

Face à cette conjoncture, Stone a pris une décision radicale et très personnelle : elle ne veut pas finir ses jours enfermée dans une maison de retraite, dépendante d’un système dont elle a pu mesurer les limites. Elle affirme vouloir « finir sa vie en Suisse, dans la dignité ». Cette déclaration convoque une réalité contemporaine : la Suisse, avec sa législation plus libérale en matière d’aide au départ assisté, est devenue pour certains une destination de choix pour ceux qui cherchent à maîtriser leur ultime étape de vie. Stone n’en fait pas un appel universel ; c’est sa préférence, motivée par une quête de sérénité et de contrôle sur ses derniers instants. Dans ses mots transparaît le refus de l’abandon et le désir de clôturer son histoire selon ses propres termes.

Mais au-delà du choix individuel, c’est tout un débat éthique et politique qui se fait entendre. La parole de Stone interroge sur le droit à une mort choisie, sur la place de la solidarité collective et sur la nécessité d’améliorer les conditions d’accompagnement des personnes âgées. Quand une figure publique comme elle expose sa peur et sa détermination, elle oblige la société à regarder en face les insuffisances du système : retraites insuffisantes, structures parfois inadaptées, manque d’écoute. Son témoignage peut apparaître comme un cri d’alarme : si même celles et ceux qui ont marqué la culture se trouvent contraints de penser à fuir pour trouver la dignité, quelle place reste-t-il pour les plus fragiles ?

Où vit Stone de Stone et Charden ? - Cotemaison.fr

Sur un plan plus intime, la réflexion de Stone parle aussi d’un lien personnel à la liberté. Toute sa vie artistique a été marquée par une quête d’authenticité : dans ses chansons, sur scène, elle a toujours cherché à exister sans artifice. Refuser la dépendance institutionnelle et choisir sa fin de vie s’inscrit pour elle comme la continuité de ce projet d’existence. C’est une manière, posthume presque, d’affirmer qu’elle restera maître de son destin jusqu’au bout. Cette posture, qui peut choquer ou émouvoir selon les sensibilités, est un témoignage de lucidité et de courage.

Enfin, la franchise de Stone sur ses craintes et ses choix a une fonction consolatrice pour beaucoup. Elle ouvre une conversation souvent tue : celle de la vieillesse, de l’assurance de ressources, et du droit de choisir. En parlant de son propre parcours — des années de succès, des erreurs de jeunesse en matière d’épargne, de l’accompagnement de sa mère — elle met des mots sur des réalités que nombre de citoyens partagent. Sa voix, encore aujourd’hui, peut servir de levier pour sensibiliser, pour pousser à des réformes, pour encourager davantage d’empathie envers ceux qui accompagnent les aînés.

Qu’on adhère ou non à sa décision de finir ses jours en Suisse, il reste que la parole de Stone nous confronte à une question fondamentale : comment voulons-nous accompagner la fin de vie, individuellement et collectivement ? Son témoignage, à la fois poignant et déterminé, témoigne d’un refus de l’abandon et d’un désir irréductible de dignité. Et c’est sans doute dans cette exigence, fidèle à l’esprit d’une artiste qui a toujours voulu choisir sa place sous la lumière, que réside la force de son message.