L’eau sombre et calme du lac Green, dans le Wisconsin, a toujours été une source de joie et de sérénité pour les habitants. Un lieu de loisirs, de pêche, et de week-ends tranquilles en famille. Mais un jour d’août, cette eau a été le théâtre d’un drame qui a secoué une petite communauté, avant de devenir le centre d’une histoire ahurissante qui a fait le tour du monde. Il y a eu l’angoisse, le chagrin, les recherches, puis la stupéfaction, le sentiment de trahison, et une question qui est restée sur toutes les lèvres : comment un homme peut-il s’arracher sa propre vie pour fuir la sienne ? C’est l’histoire de Ryan Borgart, 45 ans, un père de famille en apparence sans histoire, dont le plan rocambolesque pour disparaître a finalement fait de lui un paria, un homme qui a tout perdu pour un rêve égoïste.

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L’histoire a commencé comme un simple fait divers tragique. Le 11 août 2024, Ryan Borgart, qui aimait passer du temps sur son kayak, a envoyé un message à sa femme, Emily, pour lui dire qu’il rentrait à la maison. L’attente a duré. Les heures ont passé. Et la nuit est tombée sans qu’il ne revienne. Au petit matin, rongée par l’inquiétude, Emily a alerté les autorités. Les équipes de recherche et de sauvetage ont été immédiatement dépêchées sur le lac, scrutant chaque mètre de l’eau à la recherche de signes de vie. La découverte n’a pas tardé à venir. On a retrouvé son kayak retourné, son téléphone portable et sa voiture garée sur le rivage. Tout pointait vers une seule conclusion, tragique et définitive : Ryan Borgart avait chaviré et s’était noyé. La petite ville du Wisconsin a alors revêtu le deuil. Des centaines de bénévoles se sont joints aux secours, cherchant désespérément un corps pour offrir une sépulture à cet homme que tout le monde semblait apprécier. Le chagrin d’Emily et de ses enfants a ému le pays entier.

Les pièces du puzzle qui ne collaient pas

Les recherches se sont poursuivies pendant sept longues semaines. Sans corps, sans certitude. C’est à ce moment-là que les enquêteurs, au lieu de se concentrer uniquement sur le lac, ont commencé à poser des questions sur la vie de Ryan. Et ce qu’ils ont découvert a fait basculer l’affaire dans l’incroyable. La vie de Ryan Borgart n’était pas aussi simple qu’elle y paraissait. Dans les semaines précédant sa “disparition”, il avait fait des choses troublantes. Il avait obtenu un nouveau passeport. Il avait transféré une somme importante d’argent sur un compte bancaire à l’étranger. Surtout, il avait souscrit une nouvelle police d’assurance-vie de 375 000 dollars. Comme si cela ne suffisait pas, il avait effacé l’intégralité du disque dur de son ordinateur et de son historique de navigation. Ces détails, trop nombreux et trop précis pour être le fruit du hasard, ont mis la puce à l’oreille des autorités.

Le puzzle s’est reconstitué pièce par pièce. Les enquêteurs ont découvert que Ryan était en contact régulier avec une femme vivant en Ouzbékistan, rencontrée sur internet. Un fil ténu qui a finalement permis de remonter jusqu’à lui. Le 8 novembre 2024, soit près de trois mois après son supposé décès, le shérif de la ville, Podol, a tenu une conférence de presse pour annoncer une vérité qui a choqué l’opinion publique : Ryan Borgart n’était pas mort. Sa disparition était une mise en scène, un canular macabre pour fuir une vie qu’il ne voulait plus.

Le plan rocambolesque et la fuite sans retour

Le plan de Ryan Borgart était digne d’un film d’espionnage. Il avait dissimulé un radeau gonflable dans son kayak. Après avoir chaviré, il a utilisé le radeau pour regagner le rivage en toute discrétion. Une fois à terre, il a abandonné ses documents d’identité, comme s’il s’était volatilisé. Il a enfourché une bicyclette électrique, qu’il avait cachée 110 kilomètres plus loin, et a pédalé jusqu’à Madison. De là, il a pris un bus pour Détroit, a traversé la frontière canadienne et s’est envolé pour l’Europe. Son voyage s’est achevé en Géorgie, où la femme qu’il avait rencontrée en ligne l’attendait. C’était la fin d’une cavale minutieusement préparée, le début d’une nouvelle vie qu’il imaginait pleine de promesses.

Mais la vérité a toujours un prix, et celui-ci s’est avéré être exorbitant. Le buzz médiatique autour de l’affaire a fait monter la pression. Ryan, loin d’être le fugitif parfait, a réalisé que son plan avait échoué. Sa nouvelle vie n’était pas l’eden rêvé. Après des négociations avec les autorités, il a décidé de se rendre. Le 10 décembre 2024, il est monté dans un avion pour les États-Unis, mettant fin à 89 jours de cavale. Il a été immédiatement placé en détention, accusé d’entrave à la justice pour avoir mobilisé les forces de l’ordre pour une fausse urgence.

Le prix de la liberté : la perte de tout

Le procès de Ryan Borgart s’est ouvert en avril 2025. Après avoir plaidé non coupable, il a finalement changé d’avis, optant pour un « no contest » qui a permis à son avocat de négocier un accord avec la justice. Ryan a accepté de rembourser les 30 000 dollars de frais de recherche engagés par l’État pour le retrouver. Une somme dérisoire en comparaison du coût moral de son acte. Le verdict est tombé le 26 août 2025 : le juge l’a condamné à 89 jours de prison, soit exactement le temps qu’il a passé en fuite, une peine qui s’est voulue symbolique et cinglante. Il a également été condamné à une amende de 30 000 dollars.

Mais le prix le plus élevé que Ryan Borgart a eu à payer n’a pas été monétaire, ni carcéral. C’était la perte de son ancienne vie, de son identité, de ses relations. Dès la mi-décembre 2024, sa femme, Emily, a demandé le divorce. Il a été prononcé au printemps 2025. Ryan a perdu l’amour de sa femme, la confiance de ses enfants et le respect de sa communauté. Les habitants du lac Green étaient outrés. Cinquante jours de recherches intenses pour un homme qui n’était pas mort, mais qui avait fui ses responsabilités, laissant sa famille dans un tourbillon d’émotions.

L’histoire de Ryan Borgart est un conte cruel sur l’égoïsme et la trahison. Il avait tout : une famille aimante, une vie paisible, une communauté qui le respectait. Il a tout gâché pour un rêve d’ailleurs, une romance illusoire sur Internet et une nouvelle identité. Il a mis en scène sa propre mort pour fuir une vie qu’il ne voulait plus. Mais ce faisant, il a perdu bien plus que ce qu’il cherchait à gagner. Il a perdu son âme, sa réputation, et la confiance de ceux qui l’aimaient le plus. La fin de son histoire n’est pas celle d’une évasion réussie, mais celle d’une tragédie personnelle. Ryan Borgart est rentré chez lui, mais il a tout perdu. Il a retrouvé la vie, mais il ne lui reste rien.