En disparaissant des écrans à l’été 2016, Gérols avait surpris plus d’un téléspectateur. Journaliste reconnu, animateur apprécié pour son ton singulier et son regard vif sur l’actualité, il semblait pourtant encore au sommet de sa carrière. Mais derrière cette décision radicale se cachait un choix intime, presque une nécessité : celle de se retirer du tourbillon médiatique afin de se consacrer pleinement à sa vie personnelle. À l’époque, il avait confié à quelques proches qu’il voulait « dire stop » à la télévision, non pas par lassitude du métier, mais par amour pour sa femme, la metteuse en scène et comédienne Muriel Mayette. Leur relation, solide et lumineuse, était devenue son centre de gravité. Il estimait que le temps qu’il ne donnerait pas aux plateaux télévisés, il pourrait enfin l’offrir à son couple, à la complicité retrouvée, à un quotidien apaisé loin des projecteurs.

Durant ces années de retrait, loin de sombrer dans l’oubli, Gérols a multiplié les expériences, toujours avec la même curiosité. Passionné de théâtre, il s’est investi dans la création, soutenant des projets, accompagnant Muriel dans certaines mises en scène, et fréquentant les planches davantage comme spectateur passionné que comme chroniqueur. Il a aussi renoué avec une passion ancienne : l’écriture. Des chroniques publiées de manière ponctuelle dans des revues spécialisées, des carnets de voyages à vélo, et même un manuscrit resté dans ses tiroirs témoignent de cette envie de mettre en mots ce qu’il observait du monde, sans filtre télévisuel, sans urgence de direct, dans la lenteur d’un travail d’auteur. Le vélo, justement, est devenu une part essentielle de son équilibre. Parcourant les routes de France et d’ailleurs, il s’est offert des parenthèses de liberté, des échappées solitaires où le paysage, la fatigue et le vent lui donnaient l’impression de rajeunir, d’échapper au temps.

Pourtant, ce temps qui passe, il en a aujourd’hui conscience plus que jamais. La photo de certains de ses anciens collègues disparus a agi comme un électrochoc. Au premier rang, la figure de Patrice Lafond, décédé à l’été 2024, a ravivé de nombreux souvenirs. Ils avaient partagé des soirées de débats, des fous rires en coulisses, et même des désaccords houleux qui, avec le recul, ne faisaient que renforcer leur respect mutuel. La perte de Daniel Balian, emporté par la maladie en mai dernier, a été tout aussi douloureuse. Avec lui, Gérols entretenait un rapport plus discret, presque fraternel, marqué par une profonde estime intellectuelle. Ces disparitions, rapprochées et brutales, ont rappelé au journaliste que la vie est fragile, que l’amitié se cultive tant qu’il est temps, et que se taire trop longtemps peut parfois sembler une forme d’abandon.

C’est peut-être ce sentiment d’urgence, mêlé à une envie sincère de transmission, qui l’a conduit à accepter une nouvelle aventure médiatique. Après huit ans de silence, Gérols s’apprête à signer son grand retour sur le petit écran. À partir du 24 octobre prochain, il animera un tout nouveau programme sur la chaîne LCP. Le projet, auquel il tient particulièrement, ne ressemblera en rien aux formats spectaculaires qui saturent les écrans aujourd’hui. Fidèle à sa vision, il souhaite créer un espace de parole où l’on prend le temps d’écouter, de débattre, de confronter les idées sans chercher l’effet de buzz immédiat. Plus qu’un simple retour télévisuel, il s’agit pour lui d’un prolongement naturel de ses années de réflexion. Il ne veut plus « occuper l’antenne », mais contribuer à un échange démocratique, respectueux et exigeant.

Autour de lui, ses proches observent ce retour avec bienveillance. Muriel Mayette, qui connaît ses doutes et ses enthousiasmes, l’encourage sans réserve. Elle sait qu’il revient non par nostalgie, mais parce qu’il a quelque chose à dire, une voix à apporter dans un paysage médiatique parfois abîmé par la vitesse et la superficialité. Ses anciens collègues, ceux qui sont encore là, voient dans ce retour une chance de renouer avec une certaine exigence journalistique, celle qui refuse le simplisme et privilégie la profondeur.

À soixante ans passés, Gérols n’a rien perdu de sa vivacité. Certes, il n’ignore pas que le public a changé, que les usages médiatiques ne sont plus les mêmes, et que le rapport à l’information s’est fragmenté à l’ère des réseaux sociaux. Mais c’est précisément pour cela qu’il croit nécessaire de réinventer un espace télévisuel qui ne cède pas à la dictature de l’instant. « On n’a jamais eu autant besoin de lenteur », confiait-il récemment lors d’une conversation privée. Sa conviction est que la télévision publique, et en particulier une chaîne comme LCP, peut encore jouer ce rôle : donner du sens, éclairer, rassembler.

Dans le fond, l’histoire de Gérols est celle d’un homme qui a su s’arrêter pour mieux repartir. Son retrait volontaire, loin d’être une fuite, fut une parenthèse féconde. En quittant la télévision pour l’amour, pour la vie intime, il a choisi d’honorer ce qui compte vraiment. Aujourd’hui, il revient, fort de cette expérience, avec l’humilité de celui qui sait que le temps est compté. Entre théâtre, écriture et vélo, il a redécouvert ce qui nourrit un regard, ce qui rend une parole légitime. Et c’est ce regard, enrichi par huit années de silence, qu’il s’apprête à partager à nouveau. Pour ses fidèles téléspectateurs, pour ses collègues disparus qu’il n’oubliera pas, et surtout pour lui-même, afin de continuer à avancer, sans jamais cesser d’apprendre.