La maison abandonnée de Patrick Juvet, où subsistent les mystères non résolus entourant sa mort, et la valeur nette de son patrimoine.

 

Super voyage. Ouais, j’ai enfin trouvé les femmes. Mesdames, messieurs, il a fait danser l’Europe entière sur des rythmes envoûtants, arborant des tenues scintillantes et une voix androgène qui défiait les normes. Patrick Juuvet fut l’une des icônes du disco des années 70, adulé pour son tube planétaire Où sont les femmes et son aura provoquante.

 Mais derrière les projecteurs, l’homme sombrait dans une solitude déchirante. Le 1er avril 2021, son corps est retrouvé sans vie dans un petit appartement de Barcelone. Aucune cérémonie publique, aucune couverture médiatique digne de son passé glorieux. La nouvelle de sa mort passe presque inaperçue comme si la mémoire collective l’avait effacé.

Comment un homme qui a vendu des millions de disques peut-il mourir dans l’indifférence ? Quelle blessure l’a poussé à s’exiler loin de son pays natal ? Et surtout, chers téléspectateurs, où sont ceux qui héritent d’un nom que plus personne ne prononce ? Patrick Juet né le 21 août 1950 à Montreux en Suisse dans une famille modeste.

Le dernier instant de Patrick Juvet – Le roi du disco abandonné par son  époque

 Très tôt, il développe un amour profond pour la musique et le piano qu’il étudie au conservatoire. Mais ce n’est pas dans la musique classique qu’il marquera l’histoire. Attiré par la scène et l’esthétique des années 70, il quitte la Suisse pour Paris, déterminé à conquérir le monde de la chanson. En 1971, il se fait remarquer en représentant la Suisse à l’Eurovision, puis enchaîne collaboration notamment avec Jean-Michel Jar.

 En 1977, il atteint la consécration avec Où sont les femmes ? Un hymne disco féministe et provocateur qui devient un succès massif à travers toute l’Europe. Sa beauté androgine, sa voix douce et ses tenues extravagantes séduisent autant qu’elle dérange. Patrick Juvé devient une figure iconique de l’époque disco au côté de star comme Claude François ou Amandaler.

Mais derrière les paillettes se cache un homme fragile. Dès la fin des années 70, sa popularité commence à décliner. Le disco, progressivement ringardisé entraîne Juvaet dans sa chute. Il tente alors de se réinventer avec des album plus intimistes comme rêves immoraux, mais le public ne suit plus. Dans les années 80, il s’efface peu à peu du paysage musical.

 À cette époque, il entame une longue descente aux enfers. Alcool, solitude, trouble psychique. Il admettra plus tard dans des interviews avoir connu des périodes de dépression profonde alternant entre tentative de retour sur scène et repli silencieux. Malgré quelques apparitions télévisées, notamment dans les années 2000, lors de soirées nostalgiques, Patrick Juet devient un fantôme de sa propre gloire.

Son parcours personnel est marqué par une quête d’identité souvent doulouveuse. Ouvertement bisexuelle à une époque où cela restait tabou, il est confronté à l’incompréhension, au jugement et parfois à l’hostilité du public. Dans les interviews, il évoque avec pudeur ses relations sentimentales sans jamais tomber dans la provocation.

Il vit entre Paris, la Suisse et Barcelone, cherchant une stabilité qu’il ne trouvera jamais vraiment. Les années passent, les disques s’empilent. Mais les ventes s’effondrent. Il ne bénéficient d’aucune véritable reconnaissance institutionnelle, ni victoire de la musique, ni légion d’honneur, comme certains de ses contemporains.

 Son nom est peu à peu relégué aux archives de la variété française. Et pourtant, certains artistes reconnaissent encore aujourd’hui son influence. De nombreux DJs ont remixé ces titres et où sont les femmes reste un classique dans les compilations disco. En 2013, un album hommage est évoqué mais jamais finalisé. Il tente bien de revenir avec une autobiographie, les Bleus au cœur où il confesse ses douleurs, ses échecs, ses illusions perdues.

 Ce livre, bien qu’é mouvant, pas si inaperçu, comme si tout ce que Juve racontait de lui ne pouvait plus vraiment toucher personne. À l’approche des années 2010, Patrick Juet vit de plus en plus reclu. Sa dernière interview date de la télévision suisse où il apparaît marqué par les années mais toujours ému à l’évocation de ses chansons.

 Il vit alors dans un modeste appartement à Barcelone, loin de la scène, loin de la France, loin des projecteurs. Personne ne semble savoir ce qu’il devient vraiment jusqu’à cette journée d’avril 2021 où la nouvelle de sa mort révèle soudain à tous qu’il était encore en vie. L’appartement était modeste situé dans un quartier calme de Barcelone à deux pas du parc de lautadella.

Ce avril 2021, les autorités catalaines sont alertées par un voisin inquiet de ne plus avoir vu le résident depuis plusieurs jours. En entrant, les secours découvrent le corps sans vie de Patrick Juet, seul allongé dans son lit. Aucun signe de lutte, aucune lettre, aucune mise en scène.

 Le décès est constaté sur place. La date exacte restant incertaine. Selon le médecin légiste, il aurait succomber à une insuffisance cardiaque probablement deux ou trois jours auparavant. Le corps ne portait aucune trace de violence ni de substance suspectes en grande quantité. La cause officielle sera confirmée quelques jours plus tard par son agent Yann Iou qui précise que Patrick était sous suivi médical pour des problèmes cardiaques connus.

 Mais l’annonce du décès soulève autant d’étonnement que de silence. Dans les premières heures, aucune chaîne française ne rela. Seule la presse suisse et quelques sites spécialisés mentionnent brièvement sa disparition. Ce n’est qu’au bout de 24 heures que les grands médias français publient des articles, souvent courts, parfois imprécis.

 Aucun hommage national, aucune émission spéciale, aucun reportage en profondeur. Pour beaucoup, la surprise vient moins de sa mort que du fait qu’il était encore en vie. Ce contraste cruel entre la star flamboyante des années 70 et le silence médiatique de 2021 donne à sa disparition un goût amer, presque coupable.

 Comment un artiste ayant vendu des millions de disques a-t-il pu finir dans l’anonymat le plus complet ? L’absence d’entourage proche intrigue également. Selon les sources locales, aucun membre de la famille n’était présent à Barcelone au moment du décès. Patrick Juet n’avait pas d’enfants connus ni de conjoint officiel. Ses dernières relations amicales ou amoureuses étaient distantes voire coupées.

 Même ses anciens collaborateurs semblaient avoir perdu contact. Jean-Michel Jar, avec qui il avait connu ses plus grands succès, mettra plusieurs jours à réagir publiquement, évoquant un artiste sincère et tourmenté. D’autres artistes de sa génération comme Dev ou Chila exprimeront leur tristesse. Mais sans entrer dans les détails, un ancien manager interrogé par le Parisien parlera d’un homme hyper sensible, profondément seul depuis des années, qui refusait l’aide par orgueil.

 Ce que l’on découvre alors, c’est une lente dégradation psychologique débutée bien avant sa mort. Dans ces dernières années, Patrick Juvé aurait sombré dans une forme de dépression silencieuse, mêlant alcool, isolement et mélancolie. Il ne chantait plus, ne se produisait plus, ne publiait plus rien. Certains témoignages parlent d’un homme qui avait perdu goût à la musique, à la scène, à la vie publique.

 Un ancien proche décrit un silence pesant dans ses appels téléphoniques. Des réponses évasives, des conversations courtes. Rien d’alarmant en apparence, mais tout indiquait qu’il se retirait peu à peu du monde. La gestion de son décès elle-même soulève des questions. Il n’y a pas eu de cérémonie publique en France ni de messe à Montreux.

 Le corps a été rapatrié en Suisse discrètement à la demande de sa famille et incinéré sans fanfare. Aucun hommage télévisé ne lui a été rendu. Aucun coffret collector, aucun documentaire. Ce vide qui contraste brutalement avec les hommages rendus à d’autres artistes de sa génération alimente les interrogations. Patrick Juve a-t-il été oublié de tous ou a-t-il volontairement choisi l’effacement ? L’une des rares vidéos d’adieu est un simple montage amateur publié sur YouTube par un fan avec I Love America, son autre grand succès.

La maison abandonnée de Patrick Juvet, là où il est mort, et sa valeur nette  - YouTube

En 2022, un an après sa mort, une émission suisse reviendra brièvement sur sa vie, évoquant un nombre brisé par le temps, délaissé par un milieu qui ne pardonne pas l’échec. On y apprend qu’il n’a jamais cessé d’écrire, qu’il avait même laissé des maquettinachevées sans contrat, sans producteur, des chansons perdu comme suspendu à l’image de sa trajectoire.

Le mystère ne réside pas dans les causes médicales de sa mort, mais dans cette lente dégradation psychologique affective, sociale. Une éclipse qui n’a jamais été annoncée mais que tout le monde semblait avoir accepté. Ainsi, Patrick Juet ne s’est pas éteint dans un scandale ni dans un fracas. Il est parti comme il a vécu les vingt dernières années dans le silence.

 Au moment de sa mort, Patrick Juet ne possédait ni villas luxueuse ni propriété visibles dans les registres français. Son lieu de résidence principale était un modeste appartement de location à Barcelone dans un immeuble discret. Il n’était plus propriétaire depuis de nombreuses années. En Suisse, aucun bien immobilier n’était enregistré à son nom.

 Cette situation interpelle surtout pour un artiste qui à son apogé avait cumulé des millions de francs suisses grâce à ses ventes de disques, ses tournées internationales et ses collaborations prestigieuses. Selon le temps et d’anciens collaborateurs interrogés après son décès, la fortune de Patrick Juvet s’était progressivement érodée.

 Les années 1980 et 1990 ont été marqués par des placements risqués, des dépenses importantes et l’absence de stratégies financières durables. Il n’a jamais bénéficié d’un encadrement patrimonial solide et sa sensibilité artistique le rendait peu attentif aux aspects contractuels. Plusieurs sources mentionne qu’il avait cédé certains droits d’auteur précocement, notamment en lien avec des maisons de disque international comme Barkley oui.

 À cela s’ajoutent des conflits contractuels non résolus, laissant une partie de ses revenus bloqués ou redistribués à des tiers. La SASSASEM en France indique que ses droits perçus dans les années 2010 étaient faibles de l’ordre de quelques milliers d’euros par an. Malgré la persistance de ces titres dans les compilations, en Suisse, la société Suiza n’a communiqué aucun chiffre précis, mais a confirmer qu’il n’était plus un auteur actif.

 Un flou entoure également ses droits de diffusion à l’international. Certains de ces morceaux sont exploités dans des playlists de radio ou plateformes comme Spotify, mais les revenus semblent partagés entre les ayants droits historiques et les distributeurs. Il n’est pas certain que Juve ait conservé la pleine titularité de ses œuvres majeures à la fin de sa vie.

Côté successoral, aucun testament public n’a été déposé en France ou en Suisse. Sa famille très discrète n’a jamais communiqué sur une éventuelle répartition des biens. On sait seulement qu’il avait un frère, Jean-Michel Juvet, basé en Suisse. Mais aucun élément n’indique qu’il ait revendiqué la gestion du patrimoine artistique ou financier.

 Il n’avait pas d’enfant ni de conjoints connus au moment du décès. Aucun notaire n’a publiquement pris la parole pour évoquer la succession. En Espagne, les démarches postmortem ont été gérées par l’ambassade de Suisse à Madrid sans publicité. L’absence de succession clairement défini a eu des conséquences directes. Les projets d’hommage musicaux, d’exposition ou de réédition sont restés bloqués.

 En 2023, un projet de coffret intégral Patrick Juvé est annoncé par un petit label indépendant mais suspendu en raison de litige de droit avec Universal. Certaines maquettes retrouvées dans ces archives n’ont pu être exploitées. Faute d’accord entre les ayants droits. Ce flux patrimonial révèle une réalité cruelle.

 Même dans la mort, Patrick Juvé reste prisonnier d’un système musical qui l’a broyé. Quant à la valeur estimée de son patrimoine net au moment du décès, elle serait, selon plusieurs journalistes spécialisés inférieur à 150000 €. Un chiffre non officiel mais cohérent avec son mode de vie. Aucun bien luxueux, aucun contrat publicitaire, aucun revenu d’exploitation cinématographique ou télévisuelle.

 Seul subsistent des enregistrements éparpillés, des souvenirs musicaux et une œuvre qui paradoxalement continue de vivre sans qu’on sache à qui elle appartient vraiment. Le décès de Patrick Juet soulève une question plus large, plus douloureuse encore que celle de son patrimoine. Comment un artiste célébré peut-il disparaître dans un tel silence comme si sa gloire n’avait jamais existé ? Chers téléspectateurs, ce cas n’est pas isolé.

 Il illustre la cruauté d’un système où la célébrité ne protège ni du temps ni de l’oubli. Pendant des années, Patrick Juet a été adulé, photographié, imité. Puis sans que personne ne s’en rende vraiment compte, il a été relégué au rang de souvenirs datés. L’époque a changé, les codes aussi et la disco est devenue un objet de nostalgie, parfois de moquerie.

La France qui l’avait propulsé sur le devant de la scène ne lui a pas tendu la main quand il s’est effacé. La solitude dans laquelle il a fini ses jours n’est pas qu’un fait personnel. C’est un symptôme, celui d’une industrie du divertissement qui aime ses vedettes jeunes, brillantes, rentables, mais les oublie dès qu’elle ne rapporte plus.

Patrick Juet ne correspondait plus à l’image attendue. Trop discret, trop marqué par le passé, trop fragile. Même les médias, pourtant friant d’archives et de retour en arrière, n’ont pas cherché à le remettre en lumière. Pas de documentaires, pas de projet de réhabilitation, pas même une invitation sur un plateau de télévision grand public dans ces dernières années.

 Le public, lui aussi porte une part de responsabilité. Celui qui avait chanté à Tutête “Où sont les femmes” semblait avoir été rangé dans les tiroirs de la nostalgie sans réel intérêt pour l’homme derrière la chanson. Quand il a disparu, beaucoup ont été étonnés qu’il soit encore vivant.

 Ce genre de réaction bien réelle témoigne de la manière dont la mémoire collective traite ses anciennes idoles avec indifférence, voire inconscience. La souffrance de Patrick Juet n’était pas seulement artistique, elle était existentielle. Il était devenu un homme que plus personne ne regardait et pourtant sa voix raisonne encore dans les clubs, les playistes, les souvenir.

 Le drame, c’est que cette voix est cessée de chanter sans que personne ne tende l’oreille à son silence. Il avait chanté “Où sont les femmes ?” Mais à la fin de sa vie, une autre question planait : “Où étaient les siens ?” Mesdames, messieurs, Patrick Juet est mort dans un anonymat presque total dans un pays qui n’était pas le sien, sans famille à ses côtés, sans caméras, sans fleurs, sans hommage national.

Pourtant, il avait marqué toute une génération. Il avait fait vibrer les pistes de danse, osé des tenues et des mots que peu d’hommes chantaient à l’époque. Mais le destin a été cruel. En s’éteignant, il a semblé disparaître aussi de la mémoire collective. Aujourd’hui, ces chansons raisonnent encore dans certaines compilations, dans les souvenirs diffus de ceux qui l’ont aimé, mais peu savent ce qu’il est devenu, ce qu’il a traversé, ce qu’il a laissé.

 Aucun monument, aucun héritier officiel, aucun musée, juste une voix, un refrain et une douleur sourde. Il est de ces artistes que l’on ne pleure pas assez car on ne réalise leur importance qu’une fois le silence installé. Et vous, chers téléspectateurs, quand vous entendez encore Patrick Juvé à la radio, est-ce que vous vous souvenez de l’homme ou seulement de la musique ?