Giselle Bündchen, la simplicité derrière l’icône mondiale de la mode

Comment imaginer que l’un des mannequins les plus célèbres et les mieux rémunérés au monde ait pu être autrefois une adolescente complexée, grande et maigre, la cible de moqueries de ses camarades ? Et pourtant, c’est bien l’histoire de Giselle Bündchen. À 35 ans, la top modèle brésilienne fêtait déjà ses vingt ans de carrière, marquée par une discipline de vie irréprochable et un refus assumé des excès souvent associés au monde de la mode. Pas de nuits blanches, pas de frasques médiatisées : Giselle préfère la méditation, le sport, les jus verts et surtout la vie de famille. Ces choix, loin de l’image « rock’n’roll » d’autres icônes comme Kate Moss, sont devenus ses véritables secrets de beauté et de longévité.

Née à Horizontina, un petit village du sud du Brésil d’environ dix mille habitants, Giselle a grandi dans un environnement simple mais empreint de liberté et de sécurité. « Dans un village, dit-elle, tout le monde se connaît. On croise le grand-père, le père, l’oncle, partout. C’est comme une grande famille. » Pourtant, cette enfance heureuse n’a pas empêché la jeune fille de souffrir de sa taille exceptionnelle. Dès 14 ans, elle atteignait 1,80 mètre. Dans un âge où les adolescents cherchent à se fondre dans le groupe, Giselle détonnait. Les garçons, souvent plus petits qu’elle, hésitaient à l’inviter à danser. Aux soirées, elle restait assise, observant les autres s’amuser, rongée par le sentiment de ne pas être à sa place.

Le top quitte officiellement les podiums - Gisele Bündchen

C’est à cet âge pourtant que le destin bascule. Repérée lors d’un concours organisé par l’agence Elite, elle est invitée à se lancer dans le mannequinat. Pour la première fois, sa taille et sa minceur ne sont plus perçues comme des défauts mais comme des atouts. Acceptant ce nouveau chemin, Giselle quitte sa famille, ses cinq sœurs et ses parents pour rejoindre São Paulo. Son père lui confie 50 dollars, et elle entreprend seule un voyage de 28 heures en bus. Mais dès son arrivée, la réalité de la grande ville la frappe : son portefeuille est volé, elle se retrouve sans argent ni papiers. La jeune fille de 14 ans pleure, consciente qu’elle vient d’entrer dans un monde totalement inconnu, bien loin de son village natal.

La découverte de la mode européenne ne se fait pas sans maladresse. Arrivée à Paris, Giselle ignore tout des codes et des grands noms. Elle se rend aux castings en jogging, chaussée de Birkenstock, parfois même avec des chaussettes. Ses traits jugés « trop marqués » ne correspondent pas non plus aux canons de beauté du moment. Les directeurs de casting lui reprochent un nez trop long, une mâchoire trop forte, des yeux trop petits. Elle enchaîne quarante rendez-vous sans succès. « Ciao, au revoir », lui dit-on sans même regarder son book. L’époque est alors aux silhouettes androgynes et émaciées, bien loin des formes de Giselle.

Le tournant survient grâce au créateur Alexander McQueen. Lors d’un défilé, elle découvre avec effroi que sa tenue consiste en une simple jupe laissant son corps quasiment nu. Terrifiée, elle pleure, craignant la réaction de ses parents. Une maquilleuse compatissante décide alors de peindre son corps de blanc, comme pour lui redonner un semblant de pudeur. Malgré la peur, Giselle défile, et sa carrière décolle. Contrairement aux mannequins très minces de l’époque, elle affiche une silhouette plus voluptueuse, avec de la poitrine et des formes. L’édition américaine de Vogue titre bientôt : « Le retour des mannequins sexy ». Du jour au lendemain, celle que personne ne voulait s’arrache.

Le succès financier suit. On estime que Giselle aurait amassé près de 386 millions de dollars au cours de ses vingt ans de carrière. Mais elle n’oublie jamais ses origines modestes. Dès ses débuts, elle envoie de l’argent à sa famille restée au Brésil, fière de pouvoir l’aider grâce à son travail. Contrairement à d’autres tops stars qui enchaînent fêtes et excès, Giselle s’impose une hygiène de vie stricte. Effrayée par la drogue, qu’elle a vu détruire certaines collègues, elle choisit le yoga, la méditation, une alimentation saine et équilibrée. Pour elle, « le corps est un temple ». Elle se lève chaque matin à 5 h pour méditer dans le calme, avant que ses enfants ne se réveillent. « Quand je prends ce temps pour moi, tout change autour de moi. Les enfants sont plus calmes, l’ambiance plus paisible. »

Gisele Bündchen : "Je n'oublie pas que je viens d'un milieu très modeste"

Cette discipline est sa réponse à la pression permanente qui pèse sur les mannequins. La beauté physique, dit-elle, finira par disparaître. « La seule beauté éternelle, c’est la beauté intérieure. Elle se prolonge même après la mort, car si vous aimez, si vous donnez, vous laissez un souvenir éternel. » Lucide, elle sait cependant que le monde juge les femmes plus durement que les hommes sur leur apparence. « Pourquoi les hommes échappent-ils à cette pression ? » s’interroge-t-elle. Pour l’instant, à 35 ans, elle considère que son visage est « encore OK ». Mais elle ne ferme pas complètement la porte à la chirurgie esthétique : « Il ne faut jamais dire jamais. »

Au-delà de l’icône mondiale qu’elle est devenue, Giselle Bündchen continue de se définir par sa simplicité, sa discipline et ses valeurs. Derrière les couvertures de magazines, les contrats publicitaires et les podiums, subsiste toujours l’adolescente d’Horizontina, la grande échal qui rêvait simplement d’être acceptée. Son histoire n’est pas seulement celle d’un mannequin devenu star ; c’est aussi celle d’une femme qui a appris à transformer ses faiblesses en forces, ses blessures en moteurs, et sa différence en singularité.