Le retour controversé du “Lokal” après la mort de Jean Pormanove : entre indignation et fascinationMort du streamer français « Jean Pormanove », une enquête ouverte - Le  Parisien

Près de deux mois après le drame qui a secoué le monde du streaming français, l’émission “Le Lokal” refait surface, cette fois sur une nouvelle plateforme. Une annonce qui n’a pas manqué de raviver les tensions et de diviser profondément les internautes. Retour sur une affaire où se mêlent choc, polémique et incompréhension.


Un drame en direct qui a bouleversé l’été

Le 18 août dernier, Raphaël Graven, plus connu sous son pseudonyme Jean Pormanove, est retrouvé mort dans les Alpes-Maritimes. Ce streameur de 46 ans participait alors à un live marathon de 298 heures sur la plateforme australienne Kick, qui s’était peu à peu transformé en véritable huis clos. Sa mort en direct a provoqué une onde de choc, bien au-delà de la communauté du streaming.

Trois jours plus tard, l’autopsie rend ses premières conclusions : le décès n’est pas lié à un traumatisme physique ni à l’intervention d’un tiers. Les enquêteurs s’orientent donc vers une piste médicale ou toxicologique. Mais au-delà de la science et des faits bruts, la brutalité de cette disparition alimente de nombreuses interrogations, notamment sur la responsabilité de l’entourage de Jean Pormanove et sur la nature des contenus proposés dans “Le Lokal”.


Un programme sulfureux suspendu… puis relancé

À l’origine, “Le Lokal” s’était construit une réputation sulfureuse. L’émission diffusait régulièrement des contenus provocateurs, mêlant humiliations, provocations et violences psychologiques. Malgré les critiques, elle avait trouvé son public, attirant des centaines de spectateurs fascinés par ce mélange trouble d’excès et de voyeurisme.

La mort de Jean Pormanove aurait pu signer l’arrêt définitif du programme. Naruto, de son vrai nom Owen Cenazandotti, co-créateur du projet, avait alors annoncé une suspension immédiate de l’émission. Pour beaucoup, il s’agissait d’une décision sage et respectueuse, une manière de marquer une pause nécessaire après un drame d’une telle ampleur.

Mais cette suspension n’aura duré que quelques semaines. À la surprise générale, “Le Lokal” a fait son retour, non plus sur Kick, qui a banni l’émission, mais sur Twitch, la plateforme américaine leader du streaming en direct. Une décision qui n’a pas manqué de choquer une partie du public.

Mort du streamer Jean Pormanove : le point sur l'affaire quatre jours après  son décès en direct


“OGK_Decoy” : un nouveau départ sur Twitch

C’est désormais sous le nom de chaîne “OGK_Decoy” que le programme reprend vie. Mais si le décor semble familier, les visages ont changé. Deux des figures emblématiques du projet, Narutovie (Owen Cenazandotti) et Safine, ont quitté l’aventure. Tous deux sont soupçonnés d’avoir participé activement aux douze jours de live qui ont précédé la mort de Jean Pormanove, alimentant les accusations de maltraitance et de harcèlement.

Leur départ laissait penser que l’émission allait disparaître. Pourtant, le flambeau a été repris par un proche : Gwen Cenazandotti, le frère d’Owen. Lors d’un live relayé par Le Parisien, il a expliqué à ses abonnés :

« C’est un pari risqué de reprendre le Lokal. On repart sur un bail de trois ans. Va falloir rebosser pour payer le loyer. »

Une déclaration qui illustre bien le double enjeu de cette relance : continuer à exister en tant que programme et, surtout, trouver les moyens financiers de le faire tourner.


Une cagnotte qui divise

Pour financer ce retour, Gwen Cenazandotti a lancé une cagnotte en ligne destinée à couvrir les charges de l’appartement qui sert de décor principal à “Le Lokal”. Montant fixé : 2 500 euros. L’objectif a été atteint – et même dépassé – en un temps record, preuve qu’une partie du public reste fidèle au projet, malgré le contexte tragique.

Mais cette initiative a aussitôt déclenché un torrent de critiques. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes dénoncent une démarche indécente et malsaine, estimant qu’il est inacceptable de relancer une émission entachée par la mort d’un de ses participants.

Les commentaires sont sans appel :

« Bande de crevures »

« Comment peut-on oser relancer ça si vite ? »

« C’est un manque total de respect »

À l’inverse, certains défendent le droit des créateurs à continuer leur travail et rappellent que les spectateurs sont libres de regarder ou non. Pour eux, l’émotion autour du décès de Jean Pormanove ne doit pas empêcher “Le Lokal” de se réinventer.


Entre fascination et indignation

Ce retour souligne une réalité complexe : “Le Lokal” est un programme qui divise profondément. Pour une partie du public, il s’agit d’un simple divertissement extrême, dans la lignée des télé-réalités les plus trash. Pour d’autres, c’est un projet toxique, reposant sur la souffrance des participants et flirtant en permanence avec les limites de l’acceptable.

La mort de Jean Pormanove agit comme un révélateur brutal de ces dérives. Elle pose aussi une question de fond : jusqu’où peut aller le streaming en direct ? Dans un univers où l’audience et la rentabilité priment, où les plateformes ferment parfois les yeux tant que les chiffres sont au rendez-vous, la frontière entre spectacle et danger réel devient floue.

Mort du streamer Jean Pormanove : deux mois après, l'abominable annonce -  Public


Un débat de société

L’affaire Pormanove dépasse le cadre du streaming. Elle interroge sur notre rapport collectif au divertissement et au voyeurisme. Sommes-nous devenus insensibles à la souffrance tant qu’elle est diffusée à travers un écran ? Jusqu’à quel point les créateurs de contenu doivent-ils être tenus responsables des conséquences de leurs émissions ?

Ces questions ne trouvent pas encore de réponse claire. Mais une chose est certaine : la réapparition du “Lokal” sur Twitch relance le débat avec une intensité nouvelle.


Et maintenant ?

Le “Lokal” version 2.0 a repris, mais son avenir reste incertain. Twitch, bien plus stricte que Kick en matière de modération, pourrait rapidement sévir si le programme dépasse les limites fixées par ses règles. D’un autre côté, l’indignation grandissante sur les réseaux sociaux pourrait accentuer la pression médiatique et contraindre les organisateurs à revoir leur copie.

Pour l’instant, Gwen Cenazandotti semble décidé à aller au bout de son projet. Mais une question plane : ce retour est-il une tentative sincère de relancer une émission controversée ou simplement une manière d’exploiter la notoriété morbide laissée par le décès de Jean Pormanove ?


Conclusion

La résurrection du “Lokal” est emblématique d’un phénomène plus large : la quête effrénée de visibilité dans l’univers du streaming. Elle illustre à quel point les frontières entre divertissement, provocation et danger peuvent s’effacer sous l’œil des caméras.

Pour certains, le programme incarne la liberté de créer sans limites. Pour d’autres, il est le symbole d’un voyeurisme malsain qu’il faudrait bannir. Entre indignation et fascination, une certitude demeure : le “Lokal” n’a pas fini de faire parler de lui.