Le prix d’un sanctuaire : Comment Anny Duperey a sacrifié sa fortune pour préserver l’héritage de Bernard Giraudeau

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L’histoire d’Anny Duperey et de Bernard Giraudeau est un roman d’amour, de passion artistique et de résilience, dont l’épilogue s’écrit aujourd’hui dans la terre de la Creuse. Au-delà des plateaux de cinéma et des planches de théâtre, leur union a donné naissance à un domaine unique, un jardin de quatre hectares d’une beauté envoûtante. Ce lieu n’est pas une simple résidence secondaire ; il est la mémoire vivante de leur amour, le berceau de leurs enfants Sara et Gaël, et le théâtre d’un sacrifice financier monumental de la part d’Anny Duperey.

L’actrice, que le public suit avec tendresse, a récemment révélé l’ampleur des efforts déployés pour maintenir ce paradis, confiant au Figaro que « presque tous ses revenus y étaient passés ». Face à ce coût écrasant, Anny Duperey a pris une décision à la fois pragmatique et profondément affective : céder la propriété à ses enfants. Cette transmission, qui fait de Sara Giraudeau l’héritière de ce pan d’histoire, marque la fin d’une ère de passion dévorante et le début d’une gestion plus raisonnée pour préserver cet héritage irremplaçable.

Un foyer né d’un premier cachet : Le rêve de Giraudeau

L’histoire de cette propriété commence dans les premières années de gloire de Bernard Giraudeau. C’est avec son tout premier cachet de cinéma qu’il acquiert cette maison à Châtelus-Malvaleix, un petit village niché dans la Creuse. Ce geste fondateur incarne l’esprit pionnier de l’acteur, un homme curieux, bâtisseur et voyageur dans l’âme.

Ensemble, Anny Duperey et Bernard Giraudeau ont passé dix-huit années à construire un univers à part. Lui était le visionnaire, celui qui défrichait, qui s’engageait dans les travaux pièce après pièce, utilisant ses propres mains pour façonner la demeure. Elle, la citadine d’origine rouennaise qui n’avait aucune affinité particulière avec le monde végétal, s’est peu à peu laissée apprivoiser par la terre. À force de mettre les mains dans la nature, la passion est née chez l’actrice, qui s’est chargée, elle, de la culture et du soin quotidien.

Leur couple, officialisé au Festival de Cannes en 1981, a longtemps partagé son temps entre le tumulte de Paris et le calme de ce refuge champêtre. Mais quand le couple s’est séparé, puis après le départ trop tôt de Bernard Giraudeau, c’est seule qu’Anny Duperey a pris sur elle la responsabilité de préserver, saison après saison, ce coin de paradis. Un acte d’amour et de fidélité à la mémoire d’une histoire fondatrice.

Le « métier de luxe » : Le coût d’une passion dévorante

L’actrice a transformé son attachement à cette terre en ce qu’elle appelle, avec un mélange d’humour et de fierté, son « métier de luxe » : le jardinage. Mais cette passion est loin d’être un simple loisir. Entretenir un domaine de quatre hectares, avec des massifs de vivaces, des rosiers innombrables et des arbres majestueux, représente un défi logistique et financier colossal.

La confession d’Anny Duperey, selon laquelle presque la totalité de ses revenus était engloutie dans l’entretien, met en lumière le poids écrasant de cette responsabilité. Elle a littéralement sacrifié sa fortune pour maintenir la beauté et l’âme du lieu. Elle est restée fidèle au travail quotidien, celui qui n’attirait pas Bernard, qui aimait surtout l’énergie de la création et des débuts.

Face à cette réalité économique insoutenable, Anny Duperey a pris des décisions pragmatiques. Elle a choisi de réduire la taille des massifs de vivaces et de transformer certaines parcelles en simple pelouse. Ces ajustements, aussi nécessaires soient-ils, montrent l’effort de rationalisation pour que le domaine puisse survivre sans consumer toute la vie financière de l’actrice.

Le legs essentiel : Transmettre pour préserver

La décision de céder la propriété à ses enfants, Sara et Gaël, est l’aboutissement de cette réflexion pragmatique et affective. En transmettant le domaine, Anny Duperey n’abandonne rien ; elle s’allège du poids d’une gestion totale tout en s’assurant que ce trésor reste dans le giron familial.

Le domaine de la Creuse devient ainsi une mémoire vivante et un legs essentiel pour ses enfants. Chaque élément du jardin raconte leur histoire :

Les deux séquoias géants, plantés il y a trente ans, culminent aujourd’hui à plus de cinquante mètres, symboles de la croissance de la famille.
Le saule pleureur, au bord d’un chemin, déploie sa silhouette comme un gardien bienveillant des souvenirs.
Les rosiers s’épanouissant sur les façades, témoins des dix-huit années d’amour partagé.

La maison est pour Anny Duperey une « prise de terre », un socle, un pont vers son passé qui l’a aidée à se reconstruire après le traumatisme de l’enfance. En transmettant, elle assure la continuité de ce refuge vital. Elle continuera d’y vivre, de savourer sa beauté, mais elle se libère de l’angoisse de devoir, seule, en assumer le coût exorbitant.

La force au-delà des épreuves : Une « actrice-jardinière » résiliente

L’attachement d’Anny Duperey à la nature et à son foyer n’est qu’un reflet de sa force intérieure. Celle qui s’assume avec tendresse comme « actrice-jardinière » est aussi une femme qui a dû composer avec de rudes épreuves.

Depuis plus de douze ans, elle mène un combat personnel et collectif contre une maladie de la thyroïde et les effets secondaires du traitement au Levothyrox. Devenue porte-voix des malades, ses mots résonnent de colère et de dignité, interpelant directement les autorités sanitaires. Ce combat, mené avec la même ténacité que celle qu’elle met à cultiver son jardin, prouve que derrière la comédienne se cache une femme engagée, qui continue de se tenir droite malgré les douleurs et la fatigue.

À 75 ans, Anny Duperey poursuit son chemin, cultivant son jardin comme on cultive un trésor, entretenant ses liens familiaux avec Gaël et Sara, et poursuivant son œuvre littéraire (Le poil et la plume témoigne de son amour pour les animaux). Le domaine de la Creuse n’est pas seulement l’héritage de Bernard Giraudeau ; il est le symbole de la résilience d’Anny Duperey, la preuve qu’elle a su transformer la terre en force, et l’amour passé en un legs essentiel pour l’avenir de sa famille.