C’est avec une profonde émotion que le monde de la chanson française apprend la disparition de Michel Jourdan, parolier hors pair qui a su, au fil des décennies, façonner l’âme de nombreux succès. Né à Nice en 1934, Michel Jourdan s’est éteint le 29 septembre 2025 à Couiza dans l’Aude, laissant derrière lui un patrimoine artistique aussi discret qu’immense

Derrière cette annonce qui replonge dans le recueillement, se dessine l’histoire d’un homme de l’ombre, passionné par les mots, féru de musique et convaincu que la chanson est une alliance sacrée entre le texte et la mélodie. Durant sa longue carrière, Michel Jourdan a collaboré avec des artistes de légende : Mike Brant, Marie Laforêt, Calogero, Frédéric François… Il fut l’auteur du texte de « Si seulement je pouvais lui manquer » que Calogero mit en musique après avoir déclaré : « J’ai croisé ton chemin et j’ai mis ton texte magnifique en musique ».

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Parmi ses contributions les plus marquantes figurent des chansons qui ont traversé les âges : « Il a neigé sur Yesterday » pour Marie Laforêt en est un exemple emblématique, mêlant référence aux Beatles et mélancolie française. Il a aussi prêté sa plume à des titres devenus cultes tels que « Mon cœur te dit je t’aime » ou encore des adaptations pour Mike Brant ou Charles Aznavour.

Sa disparition est annoncée comme la fin d’une ère pour la variété française. En coulisses, il fut reconnu par ses pairs comme un artisan discret, mais indispensable, à la construction du patrimoine musical francophone. On retrouve dans les hommages qui lui sont rendus cette note unanime : une affliction sincère, une reconnaissance tardive, et l’admiration envers quelqu’un qui préférait que ses mots soient chantés plutôt que qu’il-même soit sous les feux de la rampe.

Pour Mike Brant, pour qui il écrivit des textes mémorables, la perte est double : celle d’un parolier d’exception, celle d’un compagnon de route. La famille de Mike Brant s’est exprimée publiquement, saluant non seulement le talent de Michel Jourdan, mais aussi son humanité. Dorothée, pour laquelle il composa plusieurs titres, lui a rendu hommage en déclarant : « Grâce à toi j’aurai toujours 7 ans et demi ».

Car Michel Jourdan, bien que souvent discret, avait ce don rare de toucher les cœurs. Il ne cherchait pas la gloire personnelle, mais l’émotion collective. Il aimait que l’on fredonne ses paroles dans la rue sans que l’on sache nécessairement qui les avait écrites. Comme il le confiait lui-même, il préférait l’anonymat à l’exposition — parce que la plus belle récompense, pour lui, résidait dans le regard complice d’un inconnu qui reconnaît un vers, le murmure d’une mélodie dans un café, ou le silence rempli émoi après un refrain.

Mais au-delà de l’émotion, cette disparition invite à reconnaître combien un parolier façonne l’identité d’une chanson. Le compositeur ou l’interprète met la musique, la voix, l’arrangement — mais sans les mots, sans la poésie, une chanson ne peut toucher. Michel Jourdan savait insuffler cette poésie avec humilité, finesse et musicalité. Aux côtés de grands noms comme Charles Aznavour, Dalida, Brigitte Bardot ou Julio Iglesias, il a offert des textes pour tous les styles, de la romance profonde aux adaptations sensibles.

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À ses 91 ans, il avait accumulé un répertoire impressionnant — selon certaines sources, il aurait écrit plus de 3 000 à 4 000 chansons. Chaque titre porte la marque d’un artisan : pas de fioritures, mais une vérité, une justesse, un mot juste posant l’essentiel sur la mélodie. Aujourd’hui, avec son départ, c’est toute cette élégance discrète qui se retire.

Mais comment rendre hommage à quelqu’un dont l’œuvre vit encore dans les siècles ? En réécoutant ses chansons, en redonnant vie à ses paroles oubliées, en encourageant les nouveaux paroliers à prendre le relai. L’héritage de Michel Jourdan ne sera pas seulement dans les mots qu’il a laissés, mais aussi dans l’inspiration qu’il continue d’offrir. Car chaque fois qu’une de ses chansons sera reprise ou chantée, il sera encore là, invisible mais présent.

À travers cette disparition, nous sommes invités à mesurer la valeur du mot, du silence, de la musique, mais aussi de ceux qui œuvrent dans l’ombre. Le monde perd un créateur, mais la chanson gagne une légende immortelle. Michel Jourdan s’en est allé, mais ses paroles restent pour toujours.