Chloé Ansel : À Calais, cette petite fille de 9 ans a vécu l’enfer.
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Calais, le cri d’un ange : la tragédie de la petite Chloé
Le 15 avril, à Calais, le soleil baignait les immeubles d’une douce lumière printanière. Dans ce quartier populaire, les enfants riaient, couraient, profitaient de la chaleur. Parmi eux, une fillette au sourire lumineux, Chloé, neuf ans à peine, venait de fêter son anniversaire. Elle portait encore cette joie innocente propre à l’enfance, cette insouciance fragile que rien ne semblait pouvoir troubler. Pourtant, en quelques minutes à peine, son destin allait basculer dans l’horreur.
Un après-midi banal devenu cauchemar
Ce mercredi-là, Isabelle, sa maman, accompagne Chloé au square au pied de leur immeuble. Comme tant d’autres fois, elle la laisse jouer avec ses copines pour quelques instants, le temps de remonter changer son petit frère. Une routine anodine, presque machinale. Mais à son retour, la scène qu’elle découvre fait chavirer sa vie à jamais.
À peine sortie de l’immeuble, un cri fend l’air. Un témoin, Aurélien, père d’un autre enfant, aperçoit un homme s’enfuir en courant, une fillette dans les bras. « Il courait à toute vitesse, raconte-t-il. Chloé criait, elle était paniquée. » Le ravisseur s’éloigne vers un coin isolé, près des poubelles, avant de disparaître. Isabelle hurle le nom de sa fille, court, trébuche, appelle à l’aide. Trop tard. En quelques minutes, Chloé a été arrachée à sa mère.
La panique s’installe dans le quartier. Des parents sortent de chez eux, d’autres appellent la police. La description circule : une voiture rouge, une Seat Toledo immatriculée à l’étranger. Les forces de l’ordre se déploient aussitôt.
La traque du monstre
Parmi les premiers prévenus, Philippe Mignonnet, adjoint au maire chargé de la sécurité, connaît les moindres recoins de Calais. Il décide d’inspecter un sentier à la lisière des habitations, près de ce qu’on appelait autrefois « la jungle », un ancien campement de migrants aujourd’hui démantelé. Là, au détour d’un chemin, il aperçoit la voiture rouge signalée. Son cœur se serre.
« Je m’arrête à sa hauteur, raconte-t-il. Personne à l’intérieur. J’appelle immédiatement la police. Quelques minutes plus tard, on descend dans le bois. » Ce qu’ils découvrent fige l’air autour d’eux. À trente mètres du véhicule, gît le corps de Chloé. L’enfant a été violée et étranglée.
La nouvelle se répand comme une onde de choc. Une ville entière retient son souffle. Dans l’appartement familial, le silence pèse. Les visages sont figés, les larmes ne cessent de couler. Isabelle et David, ses parents, reçoivent leurs proches, hébétés. « Elle venait de fêter ses 9 ans, murmure un oncle. Tout le monde l’adorait. »
L’arrestation du suspect
À peine un quart d’heure après la macabre découverte, un homme est repéré non loin du lieu du crime. Dans sa poche, les policiers trouvent les clés de la voiture rouge. Il s’appelle Zbigniew Huminski, 38 ans, polonais, sans domicile fixe. Son visage est marqué par l’alcool et la fatigue. Son taux d’alcoolémie dépasse un gramme par litre de sang. Il ne nie pas. Quelques heures plus tard, au poste, il avoue.
Selon ses déclarations, tout aurait commencé lorsqu’une fillette l’aurait éclaboussé avec un pistolet à eau. Il aurait alors perdu le contrôle. « Il lui a mis une main sur la gorge, l’autre sur le torse », rapporte un enquêteur. En quelques minutes, le drame s’est consommé. Une vie brisée, une famille détruite.
Un passé de violence ignoré
L’enquête révèle bientôt un détail glaçant : l’homme n’en est pas à son premier crime. Depuis plus de dix ans, Zbigniew Huminski vit en marge, errant entre la France et la Pologne. À Calais, il survit grâce à de petits boulots de soudeur et à des larcins. Mais son dossier judiciaire raconte une tout autre histoire.
En 2004, il est condamné à quatre ans de prison pour vol et séquestration. Il n’en purge qu’un seul avant d’être expulsé. Cinq ans plus tard, il revient en France, plus dangereux encore. Cette fois, il s’introduit chez une femme âgée, Micheline, 78 ans. « Il m’a plaqué la main sur la bouche, un couteau sur la gorge, se souvient-elle. J’ai cru que j’allais mourir. » Elle ne doit sa survie qu’à un geste désespéré : sauter par la fenêtre pour échapper à son agresseur.
Quelques heures plus tard, il récidive dans une autre maison, s’introduisant dans la chambre d’une fillette. La mère, alertée par un bruit, monte et le surprend, couteau à la main. « Je l’ai poussé dehors, il a sauté du toit », se remémore-t-elle, encore tremblante. Le psychologue chargé de l’expertise de Huminski, Christian Sounen, avait alors alerté sur sa dangerosité : « Aucune empathie, aucune culpabilité. Un potentiel de violence extrême. C’est un psychopathe. »
Malgré ce diagnostic alarmant, aucun suivi psychologique ne sera ordonné. En 2010, il écope de six ans de prison. À la fin de sa peine, en 2014, il est renvoyé en Pologne. Mais, citoyen de l’espace Schengen, rien ne l’empêche de revenir. Ce qu’il fera, sans contrôle, sans surveillance. Moins d’un an plus tard, Chloé croisera sa route.
L’indignation d’une ville
À Calais, la colère gronde. Comment un individu aussi dangereux a-t-il pu circuler librement ? Pourquoi n’a-t-il pas été signalé ? Dans le quartier, les habitants oscillent entre incompréhension et révolte. « Il n’aurait jamais dû être là, souffle un voisin. C’est inadmissible. »
La douleur de la famille, elle, dépasse les mots. Isabelle, la mère, reste murée dans le silence, perdue dans l’absence. David, le père, se bat pour rester debout, pour parler d’elle. « C’était une enfant pleine de vie. Elle adorait la danse, les animaux. Elle voulait être vétérinaire. »
Dans les jours qui suivent, une marche blanche réunit des milliers de personnes. Des fleurs, des bougies, des dessins d’enfants tapissent les trottoirs. La directrice de l’école de danse prend la parole, la voix tremblante : « Ma puce, ceci est pour toi. Tu n’es plus dans le présent mais dans le passé. Cette vie avec toi, nous voulions la partager. Repose en paix, notre Chloé. »
Un drame qui interroge la justice

L’affaire Chloé dépasse désormais le cadre local. Elle soulève des questions brûlantes sur la coopération judiciaire européenne et sur le suivi des criminels étrangers. Comment un homme reconnu dangereux, déjà condamné pour des faits violents, a-t-il pu revenir sans qu’aucune alerte ne soit donnée ?
Pour les proches de Chloé, aucune réponse ne pourra effacer la douleur. Mais ils espèrent au moins que son histoire ne soit pas vaine. « Si la justice avait fait son travail, dit un oncle, Chloé serait encore parmi nous. »
Une ville en deuil
Dans le cimetière de Calais, les cloches sonneront mercredi prochain pour les obsèques de la petite fille. Des centaines de roses blanches sont déjà déposées sur le parvis de l’église. La ville entière s’apprête à lui dire adieu.
Dans le vent du Nord, les mots d’Isabelle résonnent encore :
« On m’a pris ma fille. Mais personne ne me prendra son souvenir. »
Chloé, neuf ans, restera à jamais dans le cœur de Calais — symbole d’une innocence brisée, d’une faille béante dans le système, et d’un amour maternel que rien, pas même la mort, ne saura éteindre.
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