Les infos de 18h - Marine Le Pen condamnée : comment s'organise la  contre-attaque du RN

L’atmosphère politique française est souvent électrique, mais elle atteint parfois des sommets de tension qui révèlent des lignes de fracture profondes entre le pouvoir en place et ses opposants. Récemment, Marine Le Pen, figure emblématique du Rassemblement National, a livré une série de prises de position qui, loin d’être de simples déclarations, constituent une véritable charge contre l’establishment, le système médiatique et la justice. Entre la dénonciation des velléités de contrôle de l’information par l’Élysée, la réaffirmation d’un duo de tête Bardella-Le Pen plus fort que jamais et un cri d’alarme sur l’impunité de la violence politique, l’intervention de l’ancienne candidate à la présidentielle a touché des cordes sensibles et mérite une analyse détaillée, tant elle met en lumière les maux actuels de la démocratie française.

Le Spectre de la Censure : Macron et la « Labellisation » des Médias

Le premier point de friction, et non des moindres, concerne une initiative controversée de l’Élysée : la volonté du Président Emmanuel Macron de mettre en place une « labellisation » des médias, exigeant des journalistes qu’ils « garantissent à leurs lecteurs qu’ils ont vérifié l’information avec une déontologie dont ils sont gars entre eux. » Cette démarche, présentée comme une lutte contre la désinformation, a immédiatement été perçue par Marine Le Pen comme une tentative « indigne » et « extrêmement dangereuse » de contrôler l’information.

La présidence de la République, selon la cheffe du RN, ne devrait pas « descendre dans l’arène » ni s’attaquer « directement à plusieurs médias. » Mais l’indignation ne s’arrête pas au simple registre de la décence politique. Le cœur de la critique réside dans l’illégitimité institutionnelle d’une telle ingérence. Sur le plan juridique, la Constitution est claire : l’Article 5 confie au Président la mission de veiller au respect de la Constitution et d’assurer le fonctionnement régulier des pouvoirs publics. L’Article 20 précise que c’est le Gouvernement – via le ministère de la Culture – qui détermine et conduit la politique de la nation, y compris celle de l’audiovisuel public.

L’idée d’une labellisation, ou pire, d’une direction des médias publics par l’exécutif, s’oppose frontalement à la loi du 30 septembre 1986. Celle-ci dispose que les sociétés comme France Télévision poursuivent des missions de service public dans l’intérêt général et doivent offrir des programmes marqués par le pluralisme, la qualité et le respect des principes démocratiques. La supervision de ces principes relève de l’ARCOM (Autorité de Régulation de la Communication Audiovisuelle et Numérique), et non d’une intervention directe du Président. La réforme de 2013 a d’ailleurs spécifiquement retiré au chef de l’État la nomination directe des PDG de l’audiovisuel public au profit du régulateur.

En visant à « maîtriser l’information, » comme le suggère Marine Le Pen, le Président non seulement dépasse ses prérogatives, mais s’attaque au principe fondamental de la neutralité du service public. Il y a, selon les observateurs, un « problème de neutralité évidente » du service public, qui, étant financé par l’ensemble des contribuables, ne peut se permettre de choisir un camp politique contre un autre. Contrairement à une chaîne privée, qui a, elle, le droit de ne pas être neutre, le service public est tenu à une obligation d’impartialité sans faille. En ce sens, l’initiative de l’Élysée apparaît comme une tentative de contourner cette obligation en instaurant une forme de « labellisation » dont les critères seraient, in fine, définis par des journalistes « choisis par Emmanuel Macron », ce qui reviendrait au même que le contrôle direct.

L’Émergence d’un Duo de Fer : Le Pen et Bardella Contre le « Plan B »

L’interview s’est ensuite focalisée sur l’échiquier politique en vue de l’élection présidentielle de 2027 et la dynamique interne au Rassemblement National, en particulier l’ascension fulgurante de Jordan Bardella. Questionnée sur la possibilité que ce dernier devienne le candidat à sa place, Marine Le Pen a balayé l’idée d’un « plan B » avec une conviction qui redéfinit la stratégie du parti.

Elle affirme clairement qu’elle sera candidate si elle le peut. Si elle ne le peut pas, Jordan Bardella sera son Premier ministre. L’idée même de le présenter comme un simple « plan B » est un leurre que les élites et les médias tentent, selon elle, d’imposer. La réalité est tout autre : elle se « réjouit » de la solidité de la confiance que les Français accordent à Jordan Bardella. La « force démocratique » de leur duo est de proposer un binôme où Bardella serait, potentiellement, le « premier Premier ministre à ne pas avoir été nommé mais à avoir été choisi par les Français » (via une victoire aux législatives).

Les chiffres des sondages confirment cette dynamique inédite. L’enquête Odoxa montre que Jordan Bardella est non seulement favori, mais qu’il serait vainqueur dans tous les scénarios testés au second tour de la présidentielle de 2027. Avec des intentions de vote s’élevant à 35 % face à Édouard Philippe (17 %) ou 36 % face à Gabriel Attal, Bardella distance largement ses adversaires. Au second tour, il l’emporterait avec 53 % des voix face à Philippe, 56 % face à Attal, et un score écrasant de 74 % face à Jean-Luc Mélenchon.

Ces chiffres ne sont pas isolés. Les enquêtes d’opinion convergent pour dessiner une hiérarchie claire dans un paysage politique marqué par une « défiance massive » envers les responsables en général. Environ 66 % des Français estiment que la plupart des responsables politiques sont corrompus, un constat glaçant. Dans ce climat de discrédit, Jordan Bardella et Marine Le Pen occupent systématiquement les premières places des baromètres de popularité, avec plus de quatre Français sur dix ayant une bonne opinion d’eux. Leur position est relative – ils sont en réalité les « moins rejetés » dans un univers globalement impopulaire – mais elle est un signal politique fort. La tentative des élites, de la magistrature et des instituts de sondage de « contourner les Français » pour choisir leurs candidats est, selon Le Pen, vouée à l’échec. C’est le duo, et non l’establishment, qui décide de la stratégie.

L’Agression Politique et la Justice à Deux Vitesses : Le Cas Bardella

Jordan Bardella-Marine Le Pen : pourquoi le putsch au RN est improbable

Le troisième pilier de cette intervention musclée est le retour sur l’agression dont a été victime Jordan Bardella à Moissac, où il a reçu un œuf. Marine Le Pen a insisté sur la gravité de cet acte, qu’elle qualifie de « symptôme d’une violence en politique » que son camp subit depuis trente ans.

La cheffe du RN dénonce un traitement à deux vitesses, où la classe politique et les médias se scandalisent « en fonction de qui vous êtes, » et non « en fonction de ce qu’on vous a fait. » Elle rappelle que les violences politiques sont « de manière quasi systématique » le fait de l’extrême gauche : ce sont eux qui empêchent les conférences de presse, qui attaquent les bus de militants, qui tentent d’interrompre les meetings et qui organisent des contre-manifestations pour bloquer les actions politiques de leurs adversaires.

Le scandale est d’autant plus grand que le profil de l’agresseur est connu. Il s’agit d’un retraité agricole du Tarn-et-Garonne, récidiviste, déjà condamné en 2022 pour avoir écrasé un œuf sur la tête d’Éric Zemmour. Malgré cette récidive et malgré la réquisition de placement en détention provisoire par le parquet, le juge des libertés et de la détention a refusé l’incarcération, choisissant de le laisser libre sous contrôle judiciaire. Cette décision, perçue comme un geste de « justice qui aime bien faire de la politique, » est une illustration de ce que Marine Le Pen nomme le « climat d’acceptation, de justification de cette violence. »

Le cœur de son message est un rappel moral essentiel : « quand on a des principes, on ne les adapte pas en fonction de la personne qui peut en bénéficier. » Il faut défendre les élus, qu’ils soient d’extrême droite ou d’extrême gauche, contre la violence. Ce constat d’une justice clémente envers des agresseurs politiques contraste fortement avec le bilan alarmant de la nation que Le Pen a dressé, justifiant l’urgence d’un changement politique profond.

La France au Bord du Précipice : Un Bilan Accablant

En toile de fond de ces tensions politiques, Marine Le Pen a étayé la nécessité de son projet par un bilan chiffré et accablant de la situation de la France entre 2017 et 2024 :

Dette Publique : Elle a grimpé d’environ 97 % du PIB fin 2017 à plus de 113,7 % début 2024, plaçant la France parmi les pays les plus endettés.

Pauvreté : Le taux de pauvreté a nettement augmenté, passant de 14,1 % (8,9 millions de personnes) à 15,4 % (9,8 millions de personnes). La France est l’un des rares grands pays européens où ce taux a progressé.

Violences : Le taux d’homicide est passé d’environ 1,1 pour 1000 habitants à 1,3 en 2023, avec une hausse tendancielle des violences intrafamiliales et sexuelles.

Éducation : Un déclassement net est observé dans les classements PISA, avec une baisse de 19 points entre 2018 et 2022, équivalant à une année scolaire perdue.

Ces chiffres brossent le tableau d’une nation en déclin, minée par une gestion économique et sociale déficiente. C’est face à cette « situation catastrophique » que Marine Le Pen rejette tout découragement. Répondant à la question sur sa propre résilience et sa peur, elle a livré une anecdote personnelle sidérante : elle avait huit ans et dormait dans son lit lorsqu’une bombe a explosé, détruisant l’intégralité de l’immeuble. Une expérience traumatisante qui a, selon ses propres mots, « évaporé » toute peur. Cette force inébranlable et cette persévérance, dit-elle, sont non pas une qualité, mais une nécessité en politique pour défendre son pays et son peuple.

France : Marine Le Pen évoque Jordan Bardella comme "une évidence" pour  2027 en cas de condamnation

L’intervention de Marine Le Pen est donc un triple avertissement : elle sonne l’alarme contre la menace d’un contrôle de l’information par le pouvoir, elle confirme la puissance d’un duo politique qui s’impose par la volonté populaire et non par le choix des élites, et elle exige la fin de l’impunité face à une violence politique systématique. C’est un message de combat qui, fort de chiffres accablants sur l’état de la France, cherche à galvaniser une opinion publique en quête de leadership ferme et de principes inébranlables.