Le face-à-face entre Sarah Knafo et Benjamin Duhamel sur le plateau de BFM TV, diffusé le 28 avril 2024, restera gravé dans les annales des échanges politiques télévisuels. Ce n’était pas une simple interview, mais un duel d’une intensité rare, une véritable joute verbale où la membre du bureau exécutif de Reconquête, et troisième sur la liste aux élections européennes, s’est retrouvée sous le feu roulant des questions incisives du journaliste, connu pour son style direct et souvent provocateur. La tension, palpable dès les premières secondes, a transformé l’exercice démocratique en un moment de current affairs captivant, dont l’écho a instantanément enflammé les réseaux sociaux.

L’enjeu pour Sarah Knafo était colossal : sortir de l’ombre de son rôle discret de directrice de campagne pour Éric Zemmour en 2022 et légitimer son engagement personnel, au moment où son parti, Reconquête, flirte dangereusement avec la barre fatidique des 5 % nécessaires pour obtenir des élus au Parlement européen. La question de la survie politique s’est ainsi mêlée à celle de la légitimité personnelle, le tout enveloppé dans la complexité d’une relation politique et sentimentale très médiatisée.

Le Couple Politique : Une Vocation contre un Piston ?

Benjamin Duhamel a choisi d’attaquer frontalement, en centrant une grande partie de l’échange sur l’union entre Knafo et Zemmour. « À Reconquête, la politique se fait-elle en couple ? », a-t-il lancé, remettant en question la position de Knafo et sous-entendant un mélange des genres, voire une forme de favoritisme au sein du parti.

La riposte de Sarah Knafo fut immédiate et fulgurante, usant d’une technique de défense qui a fait mouche : le retournement de l’accusation. Avec une aisance rhétorique remarquable, elle a renvoyé Duhamel à ses propres controverses : « La question m’étonne beaucoup venant de vous Benjamin, pourquoi ? Parce que je sais que vous aussi vous subissez beaucoup ces accusations de piston, vous êtes le fils d’eux, vous êtes le neveu d’eux et cetera. Donc ça m’étonne beaucoup venant de vous ». Si Duhamel s’est défendu en insistant sur le fait qu’il ne se soumet pas au suffrage des Français, l’audace de la contre-attaque a révélé la combativité de Knafo, transformant la journaliste incisif en un adversaire momentanément déstabilisé.

Au-delà de l’escarmouche personnelle, Knafo a défendu la nature de son engagement et de son duo comme une nécessité et non une simple stratégie professionnelle. Elle a martelé que la politique, pour elle et pour Éric Zemmour, n’est pas un « job » ni un « métier », mais une « vocation profondément ancrée » et un « combat d’une vie » pour une France patriote. Loin de nier l’influence de leur relation, elle l’a présentée comme une source de force inouïe, un gage de détermination face aux épreuves. « Nous dire qu’on est des ambitieux dans le sens [péjoratif], nous notre ambition, on l’a posée en 2022 et on a continué, elle est de défendre les intérêts des Français ». Cette défense, centrée sur le sacrifice personnel (elle rappelle qu’elle était magistrate à la Cour des comptes, Zemmour une figure reconnue, tous deux ayant « très bien réussi leur vie par ailleurs »), vise à légitimer leur combat comme un renoncement par conviction, et non comme une course effrénée au statut.

De l’Ombre à la Lumière : La Fin du Mythe de la Marionnette

Le journaliste a également cherché à percer le mystère de l’influence de Knafo durant la campagne présidentielle de 2022. L’image de l’« Éminence Grise », celle qui « tirait les ficelles » et qui faisait de Zemmour sa « marionnette », est une narration qui a souvent entouré le couple. Duhamel a réactivé ce mythe, décrivant Knafo récitant les discours au premier rang des meetings.

La réponse de Knafo fut catégorique : « Absolument pas. Je pense que quiconque connaît Éric Zemour peut seulement sourire à votre question. ». Pour elle, Zemmour est « un homme libre » qui « n’est la marionnette de personne ».

Elle a ensuite justifié son choix d’entrer en pleine lumière pour les européennes. Lors de la présidentielle, son rôle était d’« organiser, de coordonner, de réfléchir », car l’élection présidentielle est l’« élection d’un homme », et non celle d’une équipe ou d’un couple. Mais l’élection européenne est, à l’inverse, l’« élection d’une équipe ». Ce basculement est donc présenté comme une décision stratégique et non comme le signe d’une ambition personnelle démesurée, même si elle reconnaît avoir de l’« ambition en politique », insistant qu’elle a « de l’ambition pour mon pays surtout ».

Relancée sur les « outrances » de Zemmour durant la campagne (le ministère de la Remigration, les réfugiés ukrainiens), qui ont pu plomber son score, Knafo a, avec une certaine dose de réalisme, concédé que le parti a commis « énormément d’erreurs. C’était notre première fois ». Elle assume l’ensemble des échecs mais refuse de s’y attarder, préférant insister sur la fierté de ce qu’ils ont accompli : en deux ans, Reconquête a « peut-être imposé plus d’idées dans le débat public que ne l’ont fait des partis qui avaient 50 ans d’existence ».

La Survie de la Vérité contre les Girouettes du Rassemblement National

L’un des moments cruciaux de l’interview fut l’interrogation sur la pertinence même de Reconquête face à la domination du Rassemblement National (RN) mené par Jordan Bardella. Duhamel, sans détour, a demandé : « Franchement, à quoi vous servez dans cette campagne ? ».

La réponse de Knafo est le cœur idéologique de sa candidature : Reconquête sert à « dire la vérité que personne d’autre ne dit ». Le combat n’est pas pour la survie d’un parti, mais pour la « survie de la vérité ». Elle a alors désigné le Rassemblement National comme le principal coupable de cette trahison de la conviction, accusant le parti de changer de ligne en fonction des sondages.

Elle a livré trois exemples percutants pour étayer sa thèse de l’inconstance du RN :

    Le Nucléaire : Marine Le Pen, qui était contre après Fukushima, est aujourd’hui pour parce que les Français ont compris les avantages du nucléaire.

    Le Voile à l’École : En 2004, Marine Le Pen était contre la loi l’interdisant, la qualifiant de « démagogique », mais est aujourd’hui pour.

    Le Grand Remplacement : Marine Le Pen disait en 2012 que cette théorie lui faisait peur, mais dit aujourd’hui que c’est une « théorie complotiste d’extrême droite ».

En pointant ces revirements, Knafo a cherché à positionner Reconquête comme le seul parti à avoir une « philosophie politique » de « toujours dire ce qu’on croit être bien pour les Français et pas seulement ce qu’on pense être l’humeur du jour, le résultat d’un sondage ».

Interrogée sur l’approche plus mesurée de Marion Maréchal envers le RN, qualifiant sa liste de « complémentaire », Knafo a minimisé la « différence de terminologie ». Elle a rappelé le « geste de courage » inestimable de Maréchal, petite-fille et nièce des Le Pen, ayant fait le choix de quitter sa propre famille politique en 2022 pour rejoindre Zemmour. À côté de cela, les divergences tactiques lui semblent « dérisoires ».

GPA et Identité : La Ligne Rouge Éthique et Culturelle

Vous êtes le fils de, vous êtes le neveu de..." : Vif accrochage entre Sarah  Knafo (Reconquête) et Benjamin Duhamel sur BFMTV - Puremédias

L’entretien s’est terminé sur deux sujets sociétaux et identitaires brûlants, offrant à Knafo l’occasion de détailler la ligne idéologique radicale de son parti.

Concernant le tweet controversé de Marion Maréchal, qui demandait « Où est la maman ? » en réaction à la photo d’un couple homosexuel ayant eu des jumeaux par GPA, Duhamel y a vu un risque d’« homophobie » et le franchissement d’une ligne. Knafo, bien que défendant la mise en lumière du débat par Maréchal, a tenu à se désolidariser de toute attaque contre les « destins individuels » ou les « enfants ».

Elle a ensuite articulé une opposition philosophique et éthique farouche à la Gestation Pour Autrui (GPA). Pour Knafo, il s’agit de la « marchandisation du corps de la femme » et de la location d’un ventre. Même la GPA dite « éthique », sans échange financier direct mais avec un contrat, est rejetée car elle fait de la « vie d’un enfant l’objet d’un contrat ». En rappelant l’engagement d’Emmanuel Macron contre la GPA pour des raisons « d’éthique et de dignité » et le vote du Parlement européen sur la traite d’êtres humains, elle a élevé le débat au-dessus de la simple question de l’homophobie, niant toute arrière-pensée discriminatoire, puisque Maréchal est aussi opposée à la GPA pour les couples hétérosexuels.

Le dernier point, peut-être le plus poignant, concernait l’identité et l’assimilation. Après la diffusion du témoignage de Grégoire, un auditeur qui a changé son prénom à consonance arabe pour éviter la discrimination à l’embauche, Duhamel a mis en cause la responsabilité de Reconquête et de ses positions (l’Islam non compatible, le refus des prénoms étrangers) dans la création de ce climat.

Knafo a rejeté l’accusation comme « absurde », affirmant que c’est à ceux qui veulent « sortir de ce climat » qu’on le reproche. Elle a exprimé son émotion face au message du père de Grégoire, qui lui a dit : « La France, c’est une belle idée », et qui l’a poussé vers l’assimilation. Knafo a établi un parallèle avec son propre parcours, ayant grandi en Seine-Saint-Denis, loin de la politique, mais ayant accédé à ses études « grâce au livre, grâce à la culture et si j’ose le dire grâce à la France ».

Elle a réitéré la position de Zemmour : l’Islam « n’est pas compatible avec la République », mais a pris soin de faire la distinction fondamentale entre la foi personnelle et l’« islamisation du pays ». « La foi personnelle, comment voulez-vous que j’y sois opposée ? ». Enfin, elle a soutenu l’idée que donner un prénom français à ses enfants est « faire un pas vers la France ».

Sarah Knafo DÉTRUIT Benjamin Duhamel sur le plateau, silence gênant !

En moins d’une heure, Sarah Knafo a réussi à passer du statut de « compagne d’Éric Zemmour » à celui de figure politique capable de tenir tête, même si ses positions sur l’identité et les mœurs restent parmi les plus radicales du paysage politique français. Son intervention a non seulement marqué le lancement visible de sa campagne européenne, mais elle a aussi défini, avec force et parfois avec une agressivité délibérée, le rôle que Reconquête entend jouer dans le débat public : celui d’un aiguillon idéologique, quitte à choquer, pour préserver ce qu’elle nomme la « vérité » des Français.