CHARLOTTE D'ORNELLAS pulverizes KASSOVITZ on his anti-FRANCE remarks -  YouTube

Le débat public français est, depuis des décennies, le théâtre d’une guerre culturelle sourde, opposant la France des élites médiatico-culturelles à celle, plus silencieuse et angoissée, des réalités quotidiennes. Récemment, cette fracture a été mise en lumière avec une brutalité rare lors d’un échange cinglant, où l’éditorialiste Charlotte d’Ornellas a démonté, point par point, le discours de culpabilité nationale véhiculé par des figures du cinéma, à l’image du réalisateur Mathieu Kassovitz. Ce que d’Ornellas qualifie d’« esprit cannois » — un amalgame d’indignation morale facile et de déconnexion abyssale — est apparu comme le principal obstacle à un diagnostic lucide des maux profonds qui rongent la nation. L’enjeu n’est plus seulement politique, il est existentiel : le déni des faits est-il en train de paralyser la France face à la violence, au malaise identitaire et à la crise de son autorité ?

Le Faux Procès de la « France la Plus Raciste »

La controverse s’est cristallisée autour des propos de Mathieu Kassovitz, qui affirmait sans détour que « la France est plus raciste que d’autres pays » et que la difficulté d’intégration est un « combat complètement perdu d’avance ». Si l’intention du réalisateur est sans doute de dénoncer un malaise social réel, sa généralisation et son étiquetage de la France en tant que parangon du racisme mondial se heurtent à la froide réalité des chiffres, méthodiquement exposés par d’Ornellas.

Pour déconstruire ce mythe, l’éditorialiste s’est appuyée sur des enquêtes internationales précises. L’étude de 2013 publiée par le Washington Post, cherchant à établir une « carte mondiale de l’intolérance », posait une question simple et révélatrice : « Quel groupe de personnes ne souhaiteriez-vous pas avoir comme voisin ? ». L’indicateur clé, le rejet d’une personne « d’une autre race », a produit des résultats qui contredisent frontalement le réquisitoire anti-France. Loin devant la France, l’Inde arrivait en tête avec 43 % des personnes interrogées affichant ce rejet, suivie du Bangladesh (38 %) et de l’Algérie (36 %). À l’inverse, les pays les plus tolérants se trouvaient en Scandinavie, avec la Suède sous la barre des 5 % de rejet, rejoignant la Norvège, l’Islande, le Canada et l’Australie. L’indice de tolérance de la BBC en 2016 relevait quant à lui une faible acceptation de la diversité au Japon et en Corée du Sud, avec moins de 20 % de personnes favorables à la présence d’étrangers.

Ces données internationales mettent en perspective la spécificité française. La France n’est pas une anomalie, et la focalisation obsessionnelle sur son propre racisme, souvent encouragée par l’« esprit cannois », relève davantage du fétichisme de la culpabilité que d’une analyse comparative sérieuse. D’Ornellas insiste : le problème de Kassovitz est d’une « confusion ahurissante ». Comment peut-on à la fois déplorer l’échec de l’intégration et se « réjouir d’être le pays le plus intégré » ? Cette contradiction sémantique et idéologique révèle un discours qui ne cherche plus la vérité, mais l’effet.

La France, Terre de Mélange et d’Immigration

L’argument de Kassovitz sur la nécessité du « mélange » est également battu en brèche par les statistiques démographiques, qui démontrent que la France est déjà profondément transformée par l’immigration. Contrairement aux affirmations péremptoires sur la disparition de l’intégration, les chiffres de l’INSEE pour 2023 montrent une réalité complexe et déjà très métissée. La France comptait alors 7,2 millions d’immigrés (10,6 % de la population) et environ 8 millions de descendants directs (12 %).

Plus frappant encore, en observant les personnes de moins de 60 ans, un tiers d’entre elles ont un « lien direct avec l’immigration sur trois générations », incluant les descendants de troisième génération (nés en France de parents non immigrés, mais avec au moins un grand-parent immigré). C’est ce fait indéniable qui mène d’Ornellas à pointer la contradiction fatale de l’élite : « Il reste suffisamment de Français de souche pour les traiter de racisme du matin au soir parce qu’il n’y en a plus, mais il y en a quand même ».

Le Chaos Sécuritaire : Les Coups de Couteau Ignorés

La déconnexion du discours élitiste est la plus flagrante lorsqu’elle aborde la question de la sécurité et de la violence quotidienne. Tandis que le monde du cinéma s’indigne de causes lointaines ou symboliques, l’éditorialiste met en regard une souffrance bien plus proche. « Est-ce qu’il voit qu’il y a des gamins qui meurent de coups de couteau tous les 3 jours ? » lance-t-elle.

Charlotte d'Ornellas : «Au moment de la suppression de l'ISF, l'ISF n'a pas  été totalement supprimé»

Les statistiques officielles du ministère de l’Intérieur dressent un tableau d’une brutalité inouïe. En 2024, la France a enregistré 10 397 agressions au couteau sur le périmètre police-gendarmerie, soit une moyenne de 28 attaques par jour. Bien que l’agrégation des « armes blanches » (qui incluent d’autres objets tranchants) tende à compliquer la distinction précise, une étude plus ancienne de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (2015-2017) estimait déjà à 44 000 le nombre annuel de victimes d’agression à l’arme blanche, soit 120 par jour.

Face à ces chiffres, l’indifférence de l’élite est perçue comme un abandon. Les Français ne sont plus seulement « inquiets de voir disparaître leur pays », ils sont « inquiets maintenant de voir disparaître leurs enfants ». L’accusation de racisme lancée par les « non-racistes » du cinéma est jugée insupportable par ceux qui vivent au quotidien l’insécurité et la peur.

Le Sacrifiant de l’Uniforme : Le Trauma de la Police

L’« esprit cannois » s’illustre également dans sa critique systématique et souvent décontextualisée des forces de l’ordre. Le réalisateur Robin Campillo, Palme d’or pour Entre les murs, a ainsi évoqué avec indignation l’arrestation de sa fille de 17 ans, menottée et gardée à vue pendant 24 heures après un blocus lycéen pour Gaza. Le problème, selon lui, réside dans l’« excès » et la « violence » de la police française.

La riposte est double : juridique et humaine. D’abord, sur le plan légal, il est rappelé que les lycéens n’ont pas le droit de grève (réservé aux salariés) et que les blocages sont considérés comme des délits d’« entrave à la libre circulation et à la liberté de travailler ». Les sanctions pénales, comme les 102 gardes à vue de lycéens et étudiants pour intrusion en 2018, sont donc « légitimes ».

Mais l’argument le plus déchirant concerne le sacrifice que l’institution policière paie face à la pression et aux attaques incessantes, qu’elles soient physiques sur le terrain ou morales dans les médias. En 2024, 53 membres des forces de l’ordre se sont suicidés (27 policiers, 26 gendarmes). Ce n’est pas un phénomène récent : sur 25 ans, plus de 1100 policiers se sont donné la mort, soit une moyenne annuelle de 44. Ce taux de suicide est 50 % supérieur à celui de la population générale. En 2021, une étude révélait que 24 % des policiers avaient déjà eu des pensées suicidaires.

Accuser la police d’être le problème pendant que ses membres s’effondrent psychologiquement est perçu comme une cruauté intolérable, une nouvelle preuve de la distance morale et sociologique de l’élite.

L’Angoisse de la Disparition : L’Alerte Culturelle et la Charia

Le drame sécuritaire n’est qu’une manifestation de la crise plus profonde que d’Ornellas identifie comme l’« angoisse culturelle » liée à la « disparition de la France elle-même ». Cette angoisse fut prophétisée il y a des années, mais personne n’a voulu la voir.

L’ancien Garde des Sceaux, Dominique Perben, a apporté un témoignage bouleversant, datant de 2003 ou 2004, dans un marché de Lyon. Une femme musulmane âgée, portant le foulard, l’a abordé en le reconnaissant pour lui dire : « Monsieur le ministre, protégez-nous des barbus ». Pour Perben, cette femme avait déjà perçu le danger que l’élite politique, trop confiante dans le « système », refusait d’affronter.

Ce « risque global », ignoré à l’époque du rapport Aubin sur les centres de rétention (2004) qui dénonçait déjà la logique de rendement et les conditions indignes, est désormais une réalité statistique. Un sondage IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès en 2020 révélait que 74 % des Français estimaient que la laïcité était en danger et 79 % voyaient l’influence de l’Islam croître dans la société.

Le chiffre le plus sidérant, qui révèle l’ampleur de la fracture culturelle, concerne la jeunesse musulmane : 57 % des moins de 25 ans estiment que la Charia est plus importante que les lois de la République. Ce pourcentage a explosé depuis 2016 (37 %). Ce basculement des valeurs, que l’école est censée contrer, se manifeste par des signes quotidiens : en 2022, plus de 5000 incidents liés à la contestation des enseignements laïques ou républicains ont été recensés, dont 40 % en histoire-géographie ou éducation civique. L’interdiction de l’abaya en 2023, avec 298 signalements dès la rentrée, n’est qu’un symptôme de cette défaillance du système d’intégration.

Croyant citer Manuel Valls, une chroniqueuse de CNews reprend une imitation  de Nicolas Canteloup - ladepeche.fr

L’élite culturelle, en focalisant son énergie sur la culpabilisation de la France ou sur la dénonciation de la police, détourne le regard de ce qui pourrait être un effondrement culturel silencieux. Il est facile de « constater » l’incendie, mais il faut un immense courage pour « prévenir » et dire : « attention, les causes ont des conséquences ». En refusant de voir le risque global, l’« esprit cannois » est accusé d’avoir préféré la posture morale confortable à l’honnêteté intellectuelle douloureuse. Le prix de cette déconnexion est désormais payé par la population, confrontée à une insécurité et une crise identitaire qui ne cesse de s’aggraver.