Vingt ans après une prise de position politique qui a bouleversé sa trajectoire, Faudel revient sur le devant de la scène avec lucidité, regrets et une énergie nouvelle. L’histoire est connue, mais rarement racontée avec autant de franchise : en 2007, au soir de l’élection présidentielle de Nicolas Sarkozy, le chanteur de raï montait sur la scène de la place de la Concorde pour applaudir publiquement le nouveau chef de l’État. Un geste qui, à l’époque, lui semblait anodin, presque naturel. Il allait pourtant marquer un tournant brutal et durable dans sa carrière française.
À ce moment-là, Faudel est au sommet. Surnommé depuis des années « le petit prince du raï », il remplit les salles, passe en boucle sur les radios et incarne une forme de réussite artistique populaire et métissée. Aux côtés de Doc Gynéco, autre artiste issu des cultures urbaines, il assume ce soir-là son soutien au futur président. Pour certains, ce n’est qu’une opinion parmi d’autres, l’expression légitime d’un citoyen. Pour beaucoup d’autres, en revanche, ce soutien est perçu comme une trahison, voire une faute impardonnable.

La sanction est immédiate et violente. En quelques jours, l’image de Faudel se fissure. Les critiques pleuvent, la polémique enfle, et l’artiste devient la cible d’une partie du public qui l’avait jusque-là porté aux nues. Avec le recul, Faudel mesure aujourd’hui l’ampleur de cette erreur. « On peut avoir des convictions, mais un artiste n’a rien à faire dans la politique », répète-t-il désormais, conscient que cette prise de parole publique a brouillé la frontière entre l’homme et l’artiste.
Le chanteur confie que tout s’est effondré en un instant. « Cinq minutes ont éclaté tout ce que j’avais fait avant. J’ai pris cher », reconnaît-il sans détour. Les conséquences sont concrètes et douloureuses. Hué lors de la Fête de la Musique, il voit sa tournée brutalement interrompue par son producteur, inquiet de l’ampleur de la polémique. Son prochain album est annulé, les portes des médias se ferment, et sa carrière en France s’arrête presque net.
À cette amertume professionnelle s’ajoute une blessure plus intime. Faudel avoue en vouloir à Nicolas Sarkozy, non pas pour l’avoir invité à la Concorde, mais pour le silence qui a suivi. « Je suis responsable, on ne m’a pas mis le couteau sous la gorge pour y aller, mais dès le lendemain, je me suis rendu compte de mon erreur », explique-t-il. Ce qu’il n’a jamais digéré, c’est l’absence totale de soutien. Aucun appel, aucun message. « Je n’ai jamais reçu le petit coup de fil de Sarko… J’en ai la chair de poule », confie-t-il encore aujourd’hui.
Les mois passent, et la situation ne s’améliore pas. Faudel se sent rejeté, isolé, comme effacé du paysage musical hexagonal. Détruit moralement, il prend une décision radicale en 2011 : quitter la France pour s’installer au Maroc. Un départ qu’il décrit comme vital, presque salvateur. « Je suis parti pour rester en vie », affirme-t-il. Loin de l’agitation médiatique française, il tente de se reconstruire, humainement et artistiquement.
Au Maroc, Faudel retrouve un public fidèle et chaleureux. Il y est massivement suivi par la communauté maghrébine, et sa popularité ne faiblit pas. Aujourd’hui, ils sont plus de 1,1 million à le suivre quotidiennement sur Instagram, preuve que son lien avec le public n’a jamais été rompu, simplement déplacé. C’est également au Maroc qu’il trouve un soutien décisif auprès du roi Mohammed VI.
Le souverain marocain joue un rôle central dans sa reconstruction. « Le roi du Maroc m’a beaucoup soutenu », reconnaît Faudel avec émotion. Une amitié se noue, offrant au chanteur une reconnaissance et une stabilité dont il avait cruellement besoin. À ce soutien institutionnel s’ajoute celui de sa famille. Sa deuxième épouse, qui travaille dans l’enseignement et collabore également avec lui, et leurs deux enfants âgés de 5 et 8 ans, deviennent ses piliers. « Ma famille et ma femme m’ont sauvé la vie », confie-t-il.
Fort de cette nouvelle stabilité, Faudel se réinvente. Il continue à chanter, à se produire sur scène, notamment en Afrique du Nord, où ses concerts rencontrent un franc succès. S’il sait que les radios et télévisions françaises ne l’accompagneront sans doute pas dans son retour, il refuse désormais de nourrir de l’amertume. « J’ai davantage la niaque aujourd’hui », affirme-t-il, animé par une envie de revanche apaisée.
Le 29 janvier prochain marquera une nouvelle étape avec le lancement de sa tournée intitulée I Gotta Feeling. Une tournée qui promet de cartonne

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