Invitée sur le plateau de C à vous ce samedi 13 décembre sur France 5, Natasha St-Pier s’est livrée avec une grande sincérité sur les zones d’ombre de la vie d’artiste. Si sa carrière, longue de plus de vingt-cinq ans, donne aujourd’hui l’image d’un parcours solide et maîtrisé, la chanteuse québécoise a tenu à rappeler que le succès n’est jamais linéaire. Pire encore, il peut parfois devenir un piège, en particulier pour les jeunes artistes propulsés trop vite sous les projecteurs.

Au fil de l’émission, l’interprète de Je n’ai que mon âme est revenue sur les périodes dépressives qu’elle a traversées, notamment au début de sa carrière. Un témoignage fort, nourri par son expérience personnelle, qu’elle a mis en perspective avec l’émergence des nouveaux talents issus des télés-crochets. Selon elle, ces artistes d’un nouveau genre sont confrontés très tôt à une notoriété fulgurante, sans toujours être armés pour en gérer les conséquences psychologiques.

Une inquiétude sincère pour la nouvelle génération

Natasha St-Pier ne cache pas son intérêt pour les émissions musicales actuelles. Elle suit régulièrement Star Academy et reconnaît y prendre du plaisir. Mais derrière l’enthousiasme du téléspectateur se cache une inquiétude bien réelle pour les jeunes candidats. « Souvent, je regarde la Star Academy, les émissions de télé-réalité, et je m’inquiète pour ces jeunes-là », confie-t-elle avec franchise.

À 44 ans, la chanteuse observe avec recul ce que signifie aujourd’hui « réussir » dans l’industrie musicale. Là où sa génération a connu une ascension progressive, marquée par des étapes, des doutes et parfois des échecs, les talents révélés par les télés-crochets atteignent parfois le sommet dès leur sortie de l’émission. Une réussite rapide, spectaculaire, mais aussi potentiellement déstabilisante.

Sans les nommer directement, Natasha St-Pier fait clairement référence aux figures marquantes de la Star Academy, comme Pierre Garnier, Marine ou Helena. Pierre Garnier, grand gagnant de l’émission, a d’ailleurs récemment annoncé qu’il prenait plusieurs mois de repos après une tournée de dix-huit mois à guichets fermés. Un signal qui, pour beaucoup, illustre la pression intense qui pèse sur ces jeunes artistes dès leurs premiers pas professionnels.

Le succès comme l’échec : deux chocs difficiles à gérer

Natasha St-Pier tire la sonnette d'alarme sur la santé mentale des élèves  de la "Star Academy" : "Je m'inquiète pour ces jeunes" - Public

Pour Natasha St-Pier, le cœur du problème est là : ni le succès, ni l’échec ne sont réellement enseignés. « C’est un milieu qui peut être dur pour les jeunes. Je pense qu’on n’est pas préparé au succès, et qu’on n’est pas préparé à l’échec. Et les deux peuvent être difficiles à gérer », a-t-elle expliqué sur le plateau.

Ce constat, elle le fait avec l’expérience de quelqu’un qui a tout connu : l’euphorie des débuts, les attentes démesurées, mais aussi les moments de chute et de remise en question. Aujourd’hui, elle se dit plus sereine, plus solide. Mais cela n’a pas toujours été le cas. À ses débuts, sa santé mentale a été mise à rude épreuve, au point de la plonger dans une longue et profonde dépression.

Le traumatisme de l’Eurovision

L’un des épisodes les plus marquants de cette période reste sa participation à l’Eurovision. En 2001, Natasha St-Pier n’a que 19 ans lorsqu’elle est choisie pour représenter la France au célèbre concours européen. Avec Je n’ai que mon âme, elle séduit le public et le jury, et termine à une très honorable quatrième place.

Sur le papier, le résultat est excellent. Mais dans l’esprit de la jeune artiste, l’expérience est vécue comme un échec. Elle espérait la victoire, et cette quatrième place, aussi brillante soit-elle, laisse un goût amer. « À 19 ans, c’est beaucoup trop tard pour apprendre à perdre », confie-t-elle aujourd’hui avec lucidité et émotion.

Cette phrase résume à elle seule la violence intérieure qu’elle a ressentie à l’époque. Propulsée très jeune dans un univers compétitif et exigeant, elle n’avait pas encore les outils pour relativiser, pour accepter que tout ne soit pas parfait. La pression, les attentes – les siennes comme celles des autres – ont fini par l’écraser, entraînant une dépression lourde et durable.

Une leçon que la Star Academy tente d’enseigner

Avec le recul, Natasha St-Pier reconnaît que certaines émissions actuelles, comme la Star Academy, tentent justement d’apprendre aux jeunes artistes à gérer la défaite. Les éliminations successives, parfois cruelles, font partie du processus. Elles permettent d’appréhender l’échec, de comprendre qu’il ne remet pas tout en question.

Récemment, Léo en a fait l’amère expérience en étant éliminé aux portes de la tournée. Une déception forte, certes, mais aussi une étape formatrice dans un parcours artistique. Pour Natasha St-Pier, ces moments sont essentiels, à condition qu’ils soient accompagnés et compris.

Un message de prévention plus que de critique

Natasha St-Pier tire la sonnette d'alarme sur la santé mentale des élèves  de la « Star Academy » : « Je m'inquiète pour ces jeunes »

Loin de toute critique acerbe, le discours de Natasha St-Pier se veut avant tout préventif. Elle ne remet pas en cause le talent des jeunes artistes ni l’intérêt des télés-crochets. Elle alerte simplement sur les risques psychologiques d’une exposition trop rapide et trop intense.

Son témoignage résonne d’autant plus fort qu’il est nourri par une expérience personnelle douloureuse. En partageant son histoire, elle espère sans doute contribuer à libérer la parole sur la santé mentale dans le milieu artistique, un sujet encore trop souvent tabou.

Aujourd’hui, Natasha St-Pier incarne une artiste accomplie, consciente de ses fragilités passées et soucieuse de transmettre ce qu’elle a appris. Son passage dans C à vous n’était pas seulement un moment de confidences, mais aussi un appel à la vigilance et à la bienveillance envers une génération de talents qui, derrière les paillettes et les applaudissements, reste profondément humaine.