Claudia Cardinale, l’une des plus grandes icônes du cinéma mondial, a été reçue comme invitée d’honneur lors du 13e Festival International du Film de Marrakech. Sa présence n’avait rien d’anodin : elle incarne à elle seule un pan de l’histoire du septième art, mais aussi un pont entre les cultures méditerranéennes. Interrogée avec chaleur, l’actrice s’est confiée avec simplicité et passion sur son rapport au Maroc, à ses origines, à sa carrière et aux rencontres marquantes qui ont jalonné son parcours.

Dès les premiers mots, le ton était donné : Claudia a affirmé son amour profond pour le Maroc, pays qu’elle connaît bien et où elle a voyagé jusqu’aux confins du désert, jusqu’à Tantan. Elle a évoqué le soleil, les paysages et les couleurs qui la ramènent toujours à ses origines nord-africaines. Née à Tunis, issue d’une famille sicilienne, elle se définit volontiers comme « berbère », revendiquant ce métissage qui a forgé sa personnalité ouverte et solaire. À ses yeux, l’Orient et la Méditerranée ne sont pas seulement une géographie, mais un état d’esprit : celui de l’hospitalité, de la musique, de la convivialité. « J’adore l’Afrique du Nord, c’est mes origines », a-t-elle résumé, en souriant.

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Cet enracinement, loin de l’enfermer, lui a donné la curiosité des autres. Elle a expliqué combien le cinéma lui avait permis de voyager sans cesse, de passer d’un pays à l’autre, de multiplier les rencontres et les amitiés. Elle se souvient avec émotion de son premier grand tournage américain, aux côtés de John Wayne et de Rita Hayworth, qui jouait sa mère. Elle n’était encore qu’une jeune femme, émerveillée de se retrouver entourée de légendes vivantes. Plus tard, elle partagera l’affiche avec Burt Lancaster, Henry Fonda, Charles Bronson et tant d’autres. Chaque film, chaque rôle, représentait pour elle une aventure humaine avant d’être un défi artistique.

Inévitablement, l’entretien a glissé vers ses collaborations mythiques, à commencer par Luchino Visconti. Avec Le Guépard, Claudia Cardinale a écrit l’une des plus belles pages du cinéma européen. Elle se remémore les directives étonnantes du réalisateur, qui lui murmurait à l’oreille lors d’une scène d’amour avec Alain Delon : « Je veux voir ta langue. » Une exigence qui en dit long sur le perfectionnisme de Visconti, soucieux du moindre détail. Avec Alain Delon, Claudia partageait une complicité rare. Ils auraient pu former un couple dans la vie, mais leur relation a pris une autre dimension : celle d’un duo mythique, gravé dans la mémoire des spectateurs.

Elle a aussi évoqué Jean-Paul Belmondo, rencontré dès leurs débuts. Ensemble, ils tournaient des scènes d’amour en se pinçant pour rire, provoquant les remontrances des réalisateurs. Une jeunesse insouciante, pleine d’amitié et de légèreté, qui s’est prolongée en un lien indéfectible jusqu’à la fin de la vie de « Bébel ». Lors d’un hommage à Lyon, Claudia Cardinale a mesuré à quel point il avait marqué le cœur des Français. Elle était là, bouleversée, entourée des proches et des amis de toujours.

Autre souvenir marquant : le tournage des Pétroleuses aux côtés de Brigitte Bardot. Le film, qui mettait en scène « la blonde contre la brune », attira des hordes de paparazzi persuadés que les deux icônes allaient se disputer. Mais au contraire, Claudia nourrissait une profonde admiration pour Bardot, qu’elle considérait comme l’une des plus belles femmes du monde. La complicité l’emporta sur la rivalité, et les scènes de bagarre, d’abord confiées à des doublures maladroites, furent finalement jouées par elles-mêmes avec enthousiasme.

Claudia Cardinale prépare de belles surprises | le360.ma

Puis vint l’inoubliable rencontre avec Sergio Leone pour Il était une fois dans l’Ouest. Claudia, seule femme au milieu d’un casting masculin, incarna une héroïne devenue légendaire. Elle a raconté avec passion la méthode originale du cinéaste : faire composer la musique avant même le tournage, afin que les acteurs se plongent dans l’atmosphère du film dès la première prise. La partition d’Ennio Morricone accompagnait ainsi chaque geste, chaque regard, conférant au film une intensité unique.

La conversation a aussi abordé les aspects plus sombres de Hollywood. Claudia n’a pas hésité à dire que ce monde pouvait être dur, parfois oppressant. Elle a confié qu’elle se défendait ardemment contre les avances insistantes de certains producteurs. « Quand j’étais jeune, j’étais un garçon manqué », dit-elle en riant, évoquant son tempérament combatif et son refus de se laisser intimider. Elle a aussi révélé les pressions subies lorsqu’elle était enceinte : on lui imposait de cacher sa grossesse, de contrôler son poids au gramme près. Malgré ces contraintes, elle a su imposer sa force de caractère et préserver sa dignité.

Parmi ses souvenirs personnels, l’un des plus drôles reste sa participation accidentelle à un concours de beauté en Tunisie. Elle n’avait pas l’intention de se présenter, mais un homme l’a attrapée pour lui remettre l’écharpe de la « plus belle Italienne de Tunisie ». Cette élection inattendue a été le déclencheur de son destin cinématographique : repérée par des producteurs, elle se retrouve rapidement propulsée à Venise, où les paparazzi la photographient en bikini, à une époque où ce vêtement n’était pas encore entré dans les mœurs. Elle n’était « personne », dit-elle, et pourtant, ce jour-là, l’histoire s’est mise en marche.

Claudia CARDINALE : « Quand j’embrassais Delon, Visconti me disait « Je  veux voir ta langue » (2013)

Aujourd’hui encore, Claudia Cardinale garde intacte sa joie de vivre. Elle aime dessiner des palmiers, symbole des paysages de son enfance et de ses racines tunisiennes. Elle se dit chanceuse d’avoir connu tant de voyages, tant de metteurs en scène, tant d’univers différents. Et lorsqu’elle revient en Afrique du Nord, au Maroc ou en Tunisie, elle retrouve ce parfum d’enfance, ce mélange de soleil et de culture qui lui rappelle qui elle est vraiment.

Au terme de l’entretien, une évidence s’impose : Claudia Cardinale n’est pas seulement une actrice de légende. Elle est une femme de passion, de caractère et d’authenticité. Son parcours illustre à merveille la magie du cinéma, qui permet de franchir les frontières, de mêler les destins et d’éclairer le monde d’un éclat unique.