Dans un petit village du Nigeria, au cœur des marchés animés et des rues poussiéreuses, vivait une jeune fille dont le cœur était lourd de désirs et de convoitise. Sarah, fille d’une coiffeuse travailleuse et aimante, était une beauté en devenir, mais son esprit était empoisonné par une maladie insidieuse : l’envie. Depuis son plus jeune âge, elle ne se contentait jamais de ce qu’elle possédait. Tandis que sa mère, Maman Sarah, se fatiguait les mains pour offrir à sa famille le strict nécessaire, Sarah fixait les jouets et les vêtements des autres enfants avec une jalousie dévorante. Elle pleurait, exigeait, et finissait par voler, s’attirant le rejet de ses pairs qui évitaient sa présence comme un mauvais présage.

Elle n'arrêtait pas d'emprunter des choses...Jusqu'à ce qu'elle emprunte  une perruque d'une sorcière

Cette tendance n’était pas un simple caprice d’enfant, mais un trait de caractère qui grandissait avec elle. À l’école, sa popularité reposait sur la manipulation. Elle usait de son charme pour emprunter les affaires de ses camarades – un crayon de couleur rare, un joli cahier, un livre illustré – qu’elle ne rendait jamais. Son unique amie, Griss, finit par s’éloigner, fatiguée de la malhonnêteté de Sarah. Le tissu social autour d’elle s’effilochait, mais Sarah ne voyait que les possessions qu’elle pouvait accumuler, pas les relations qu’elle détruisait.

La vie de Sarah prit un tournant décisif lorsqu’elle entra à l’université. Loin de sa mère et de son village, elle crut pouvoir recommencer, mais son démon intérieur la suivit. C’est là qu’elle rencontra Naomi, une étudiante énigmatique à l’aura mystérieuse. Naomi était différente de tout ce que Sarah avait connu : elle semblait posséder une richesse et une assurance inépuisables. Et, plus important encore pour Sarah, elle paraissait vouloir lui offrir une part de ce luxe. Naomi commença par des cadeaux modestes, puis de plus en plus somptueux : du maquillage coûteux, un parfum enivrant, et enfin, une perruque d’une élégance rare, qui mettait en valeur son visage d’une manière qu’elle n’avait jamais vue.

Ces cadeaux n’étaient pas des gestes de générosité, mais des instruments de sorcellerie. Naomi était une ancienne sorcière, une entité qui se nourrissait des émotions humaines, en particulier de l’envie et de la vanité. Ses cadeaux étaient enchantés pour amplifier les désirs de Sarah, la rendant de plus en plus dépendante d’elle et de l’approbation superficielle qu’ils lui apportaient. Sarah ignorait les appels inquiets de sa mère et les mises en garde tacites de son entourage. Elle était aveuglée par la promesse d’une vie de gloire et de possession.

La tragédie atteignit son paroxysme lors d’une fête sur le campus. Naomi portait une perruque d’un vert émeraude à couper le souffle, d’une beauté si unique qu’elle captiva l’attention de tous. Sarah, incapable de cacher sa jalousie, supplia Naomi de la lui prêter. La sorcière accepta, à une seule et unique condition : Sarah devait la lui rendre avant l’aube. Euphorique, ivre de l’attention qu’elle recevait, Sarah oublia sa promesse. Elle s’endormit, le sourire aux lèvres, la perruque toujours sur sa tête.

Ce fut l’aube la plus terrible de sa vie. Le premier rayon de soleil révéla une horreur indicible. Sarah se réveilla en sursaut, sentant une douleur lancinante. Elle se précipita vers le miroir, et son cœur manqua un battement. Son reflet n’était plus celui de la jeune femme qu’elle était la veille. Ses traits étaient ridés, ses yeux cernés, et ses cheveux étaient devenus gris et fins. En une seule nuit, la perruque avait volé des décennies de sa vie. Elle comprit l’étendue de la manipulation dont elle avait été victime. L’envie l’avait menée à ce piège, et il était désormais impossible de s’en échapper.

Défigurée et brisée, Sarah retourna dans son village, une paria dans sa propre communauté. Les villageois l’évitaient, la surnommant “la fille maudite”. Mais sa mère, la fidèle Maman Sarah, refusa de l’abandonner. Elle l’emmena voir Mère Wayana, une voyante locale, qui confirma que Sarah était victime d’une puissante malédiction. Alors qu’elles se trouvaient chez la voyante, Naomi apparut, révélant son identité de sorcière et confessant qu’elle se nourrissait de l’envie de Sarah.

Grâce aux prières inébranlables de sa mère, Sarah parvint à se libérer de l’emprise directe de la sorcière. Cependant, la malédiction laissa des cicatrices permanentes sur son visage et son âme. Elle épousa un veuf plus âgé, M. Obi, et mena une vie discrète, hantée par le regret et le remords. La gloire qu’elle avait tant convoitée s’était transformée en honte.

C’est au crépuscule de sa vie que Sarah trouva enfin son but. Assise sur une chaise au marché, son visage cicatrisé et ses cheveux blancs, elle commença à raconter son histoire aux jeunes qui l’entouraient. Elle parlait du danger de la convoitise, de la valeur de la gratitude, et de la beauté que l’on trouve dans l’acceptation de soi. Le conte de la perruque maudite devint une fable, un avertissement vivant pour les générations futures. Ce que la sorcière avait voulu être un châtiment, Sarah l’avait transformé en sagesse. En partageant sa douleur, elle devint un phare d’espoir, une figure de rédemption qui prouvait que même après les plus grandes erreurs, il est possible de trouver la paix et le sens. La malédiction n’avait pas détruit Sarah ; elle l’avait transformée en une source d’inspiration.