Dans le dédale des rues poussiéreuses et animées d’un quartier populaire, une vieille dame nommée Maman Odette était devenue une véritable institution. Surnommée affectueusement “Mami Mouton” par les habitants, sa réputation de bienfaitrice n’était plus à faire. Chaque jour, sans exception, elle préparait une immense marmite de viande de mouton en sauce, accompagnée de riz ou de pâtes, qu’elle distribuait généreusement à tous ceux qui se présentaient à son portail. Sa nourriture, au goût unique et exquis, était un réconfort pour les familles modestes et les travailleurs affamés. Mais derrière cette façade de bonté se cachait une horreur si profonde qu’elle défiait l’imagination.

Il a ramassé de l'argent par terre et s'est transformé en mouton

Maman Odette était une femme de secrets. Malgré sa générosité quotidienne, personne n’avait jamais franchi le seuil de sa maison. Elle servait toujours ses repas à travers son portail en fer, qu’elle gardait scrupuleusement verrouillé. “L’intérieur est pour mes prières, le portail est pour mon partage”, répondait-elle avec un sourire énigmatique à quiconque s’en étonnait. Cette excentricité était acceptée, mise sur le compte de la piété d’une vieille femme. Pourtant, des détails étranges commençaient à semer le doute. Jamais un camion de livraison n’avait été aperçu près de chez elle, et pourtant, sa réserve de viande fraîche semblait inépuisable.

Simultanément, une vague d’inquiétude a commencé à déferler sur le quartier. Des enfants disparaissaient. Un par un, sans laisser de traces. La police, dépassée, classait les affaires comme des fugues, laissant les familles dans un désespoir insondable. Personne n’osait faire le lien entre la sainte Mami Mouton et ces tragédies. Personne, sauf Tata Rebecca. Voisine pieuse et observatrice, elle avait remarqué une corrélation troublante : chaque disparition d’enfant coïncidait avec un regain d’énergie et de vitalité chez la vieille dame.

La vérité était un cauchemar éveillé, un rituel macabre orchestré par la sorcière qu’était réellement Maman Odette. Quarante ans plus tôt, dans un moment de désespoir, elle avait conclu un pacte avec une entité ancienne à travers un fétiche miroir. En échange de la prospérité et de la force, elle devait sacrifier chaque mois un enfant innocent. Son mode opératoire était d’une cruauté diabolique. Chaque matin, avant l’aube, elle se glissait hors de chez elle par une porte dérobée et se rendait dans une ruelle isolée, un raccourci emprunté par les écoliers. Là, elle déposait un billet de banque neuf et parfumé. Le premier enfant innocent qui ramassait l’argent se transformait instantanément en un petit mouton silencieux. Maman Odette n’avait plus qu’à récupérer l’animal, le ramener chez elle et le préparer pour le repas du jour. Le “mouton” que tout le quartier dégustait avec délice était en réalité la chair des enfants disparus. Pire encore, en consommant cette viande, les voisins, sans le savoir, renforçaient le pacte, rendant la sorcière de plus en plus puissante et intouchable.

Poussée par une intuition divine, Tata Rebecca a décidé de prendre les choses en main. Elle a commencé à suivre Maman Odette à l’aube. Ce qu’elle a vu l’a glacée d’effroi. Cachée, elle a été le témoin de la transformation d’un enfant en mouton. La vérité horrible lui a explosé au visage. Comprenant qu’elle ne pouvait agir seule, elle a rassemblé d’autres mères du quartier, dont Mama Ajoa, dont le fils Sylvain avait disparu, pour former un groupe de prière.

Leur occasion s’est présentée lors d’un événement communautaire organisé pour honorer Mami Mouton. Sous prétexte de vouloir décorer sa maison pour la remercier de sa générosité, le groupe de femmes a réussi à y pénétrer. La scène qu’elles ont découverte était apocalyptique. Des dizaines de moutons étaient parqués à l’intérieur. Mais ce n’étaient pas des animaux ordinaires. Leurs yeux étaient humains, remplis de larmes et de terreur. Certains portaient encore des lambeaux de leurs uniformes scolaires. Mama Ajoa a reconnu son fils Sylvain dans le regard d’un des agneaux.

Démasquée, Maman Odette a révélé sa vraie nature. Dans un éclair de magie noire, elle s’est transformée en un hibou géant et s’est enfuie par le toit. La communauté était sous le choc, réalisant avec horreur qu’ils avaient été complices involontaires de crimes abominables. Un pasteur réputé pour sa puissance spirituelle, Zaché, fut appelé à la rescousse. Alors qu’il priait avec ferveur, un éclair divin a frappé le hibou en plein vol, anéantissant la sorcière.

Avec la mort de Maman Odette, le pacte fut rompu. Sous les prières du pasteur, les moutons ont commencé à se convulser, reprenant peu à peu leur forme humaine. Les enfants, traumatisés mais vivants, ont été rendus à leurs familles. Dans la maison maudite, on a retrouvé un carnet noir où la sorcière avait méticuleusement noté les noms de ses victimes et les dates de leurs transformations.

Le quartier ne fut plus jamais le même. La maison de l’horreur fut détruite. Les enfants, marqués à jamais, retournèrent à l’école, portant le fardeau d’un secret terrifiant. Le pasteur Zaché, avant de partir, laissa un avertissement qui résonne encore aujourd’hui : “La bonté sans transparence peut être une disgrâce déguisée.” L’histoire de Mami Mouton est un rappel tragique que le mal se cache souvent derrière les masques les plus rassurants et que la vigilance est le prix de la sécurité.