Le mystère autour de l’assassinat d’Hélène Pastor

Monaco, ce petit État de deux kilomètres carrés coincé entre la France et l’Italie, n’est pas seulement connu pour ses princesses glamour, son Grand Prix de Formule 1 ou son casino légendaire. Derrière la vitrine scintillante du Rocher se cache une autre réalité : celle d’enjeux financiers colossaux, de rivalités souterraines et de fortunes discrètes mais gigantesques. L’affaire Pastor, survenue en mai 2014, est venue révéler au grand jour ce que beaucoup soupçonnaient depuis longtemps : Monaco n’est pas seulement un paradis pour les millionnaires, mais aussi un lieu où les destins basculent parfois dans la tragédie.

Le 9 mai, Hélène Pastor, héritière d’un empire immobilier évalué à près de vingt milliards d’euros, se rend comme chaque jour à l’hôpital l’Archet de Nice pour rendre visite à son fils Gildo, victime d’un AVC. Son chauffeur de longue date, Mohamed Darwich, l’accompagne dans son monospace noir. Rien ne semble indiquer que ce quotidien routinier puisse se transformer en drame.

L'énigmatique meurtre de la milliardaire monégasque Hélène Pastor

Et pourtant, devant l’entrée de l’hôpital, deux hommes l’attendent. L’un d’eux, armé d’un fusil de chasse à canon scié, tire à bout portant. Les balles atteignent le chauffeur au thorax et blessent gravement Hélène Pastor au visage, au cou et à la poitrine. Les projectiles, conçus pour la chasse au gros gibier, ne laissent presque aucune chance. Transportée en urgence, l’héritière succombe à ses blessures quelques semaines plus tard. Son chauffeur, lui, décède après quelques jours d’agonie.

L’affaire bouleverse Monaco. Hélène Pastor, que l’on surnommait parfois la « vice-princesse », était une figure discrète, rarement photographiée, éloignée des mondanités et des soirées fastueuses. Elle préférait gérer dans l’ombre son immense patrimoine immobilier : des milliers d’appartements à Monaco, dont les loyers faramineux alimentaient chaque année une fortune familiale colossale.

Héritière directe de Gildo Pastor, son père, elle représentait la troisième génération d’une dynastie fondée par Jean-Baptiste Pastor, un simple maçon italien venu s’installer sur le Rocher au début du XXe siècle. Grâce à une stratégie patiente – acheter des terrains, construire, ne jamais vendre mais toujours louer –, la famille est devenue la plus riche de la principauté, devant même les Grimaldi.

La mort d’Hélène Pastor choque d’autant plus que rien ne laissait présager une telle fin. Elle vivait simplement, sans garde rapprochée, se contentant de son chauffeur pour ses déplacements. Selon ses proches, elle n’avait jamais fait l’objet de menaces, ni exprimé la moindre crainte. Ses derniers mots à l’hôpital, avant de perdre connaissance, furent adressés aux enquêteurs : elle leur confia qu’elle ignorait qui pouvait lui en vouloir. Un mystère qui alimente encore aujourd’hui toutes les hypothèses.

Très vite, les rumeurs se multiplient. Certains pensent à un règlement de comptes visant Mohamed Darwich, son chauffeur. Mais cette piste s’effondre rapidement : Darwich n’avait aucun passé judiciaire, et il aurait été impossible qu’un homme avec un casier travaille pour une personnalité aussi en vue à Monaco. L’autre hypothèse, plus plausible, évoque l’intervention de réseaux mafieux.

Le mode opératoire, inspiré de la mafia italienne, interpelle : un guet-apens, une exécution à bout portant, puis une fuite à pied dans les rues de Nice, sous les yeux de témoins médusés. Pourtant, de nombreux experts soulignent le caractère brouillon de l’attaque : une arme encombrante, une sortie trop visible, des caméras de surveillance omniprésentes. Autant de maladresses qui laissent penser à des amateurs bien renseignés plutôt qu’à de véritables tueurs professionnels.

Reste la piste familiale, la plus sensible et la plus difficile à élucider. Le clan Pastor, riche, puissant et redouté, a toujours cultivé le secret. Derrière l’image de respectabilité, des rivalités profondes existeraient entre héritiers. Hélène, à la tête d’un patrimoine de cinq milliards d’euros, aurait pu devenir la cible de jalousies ou de conflits d’intérêts. Mais aucun élément concret ne permet de confirmer cette théorie. Les Pastor, fidèles à leur tradition de silence, n’ont jamais commenté publiquement l’assassinat. Même lors des obsèques, organisées presque en secret le 28 mai à Monaco, la discrétion fut totale : pas d’annonce officielle, un cercle réduit d’intimes, et des policiers nerveux refoulant brutalement les journalistes.

L’émotion, elle, fut immense dans la principauté. Le prince Albert lui-même exprima sa tristesse par un communiqué. Dans les rues, les enseignes portant le nom Pastor arborèrent un bandeau noir en signe de deuil. Car à Monaco, impossible d’échapper à l’empreinte de cette famille : près d’un tiers du parc immobilier leur appartient. Les immeubles qu’ils ont construits depuis les années 1960 – le Baya, le Schuylkill, ou encore de vastes ensembles en bord de mer – dominent le paysage. Pour beaucoup, les Pastor sont les véritables maîtres du Rocher, bien plus influents que la famille princière elle-même.

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Aujourd’hui encore, l’affaire Pastor demeure une énigme. Les tueurs n’ont pas été identifiés avec certitude, et les mobiles restent obscurs. Crime commandité ? Règlement de compte ? Rivalité familiale ? Les enquêteurs n’excluent rien, mais n’ont jamais pu établir de responsabilité claire. Cette incertitude nourrit le mythe et renforce l’aura mystérieuse entourant les Pastor.

Au-delà du fait divers, l’assassinat d’Hélène Pastor révèle les tensions invisibles d’un micro-État où se croisent fortunes colossales, intérêts économiques mondiaux et réseaux opaques. Dans ce décor de carte postale qu’est Monaco, les drames se jouent en coulisses, loin des paillettes, mais avec une intensité qui fascine et inquiète. La mort brutale d’une femme discrète, héritière d’une dynastie bâtie sur le béton et la patience, restera sans doute comme l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire récente du Rocher.