Dans le firmament des étoiles du cinéma, Romy Schneider brille d’un éclat particulier, celui d’une icône intemporelle dont la beauté et le talent ont marqué des générations. Mais derrière le glamour des tapis rouges et le succès de ses films se cachait une femme à la sensibilité exacerbée, dont la vie fut une succession de drames personnels. De toutes les blessures qui ont jalonné son existence, aucune n’a été aussi profonde, aussi dévastatrice, que la mort de son fils unique, David. Une tragédie survenue le 5 juillet 1981, qui n’était pas seulement un accident cruel, mais le point culminant d’une histoire familiale complexe, marquée par l’absence, le regret et un sentiment de culpabilité qui a fini par emporter l’actrice.

Romy Schneider exposition Boulogne

Romy Schneider est devenue mère à un jeune âge, alors que sa carrière était en pleine ascension. Prise dans le tourbillon du succès, obsédée par son art, elle a fait un choix que beaucoup de femmes de sa génération, tiraillées entre leurs ambitions et leur rôle de mère, ont dû faire. Elle a priorisé sa carrière. Son fils, David Meyen, a été élevé en partie à distance, confié à des nounous et des pensionnats. Ce n’était pas un manque d’amour, mais plutôt la conséquence d’une vie hors norme, où les tournages l’emportaient souvent sur les moments familiaux. “J’ai été une mère absente”, avouera-t-elle plus tard, avec une lucidité douloureuse. Une absence qui, rétrospectivement, prendra des allures de faute impardonnable.

L’enfance de David a également été marquée par l’instabilité de la figure paternelle. Après le divorce de Romy et de son premier mari, l’acteur et metteur en scène allemand Harry Meyen, David a grandi sans présence masculine constante. C’est le second mari de Romy, Daniel Biasini, qui endossera ce rôle avec une tendresse et une dévotion qui forceront l’admiration. Biasini est devenu pour David bien plus qu’un beau-père ; il était un ami, un confident, un véritable père de substitution. David était particulièrement proche de ses “grands-parents” français, les parents de Biasini, chez qui il passait beaucoup de temps. C’est cette relation fusionnelle qui, par une ironie tragique du sort, sera le théâtre du drame.

Avant la tragédie finale, un autre drame avait déjà secoué la famille. Harry Meyen, le père biologique de David, s’est suicidé. À ce moment-là, Romy Schneider, fraîchement séparée de lui, était engagée dans une nouvelle relation et n’a pas pu, ou pas su, être présente pour consoler son fils de la perte de son père. David a dû faire face à ce deuil immense avec le soutien de son beau-père, mais avec le sentiment d’une mère distante, déjà ailleurs. Cet événement a sans doute creusé une faille supplémentaire dans le cœur de l’adolescent et alourdi le fardeau de culpabilité de l’actrice.

Romy Schneider : la nuit où son fils David, 14 ans, est décédé après être  tombé d'une barrière

Puis vient le soir du 5 juillet 1981. David, alors âgé de 14 ans, se rend chez les parents de Daniel Biasini à Saint-Germain-en-Laye. Il est un peu tard, la porte est fermée à clé, et il n’a pas les siennes. Habitué des lieux, il ne s’inquiète pas et décide, comme il l’a probablement fait des dizaines de fois, d’escalader le portail en fer forgé pour entrer. Mais ce soir-là, le destin bascule. Dans son élan, il glisse. Son corps est empalé sur l’une des pointes acérées du portail. La blessure est terrible, l’artère fémorale est touchée. Malgré la douleur atroce, il trouve la force de se traîner jusqu’à la porte pour appeler à l’aide. Mais l’hémorragie est trop importante. À l’arrivée des secours, il est déjà trop tard. David meurt sur la table d’opération.

La nouvelle de la mort de son fils est pour Romy Schneider le coup de grâce. La douleur est inimaginable, d’autant plus qu’elle est mêlée à un sentiment de culpabilité écrasant. Si elle avait été une mère plus présente, si elle n’avait pas privilégié sa carrière, si elle avait été là pour lui après le suicide de son père… Les “si” la hantent, la torturent. La mort de David n’est pas seulement la perte d’un enfant ; c’est le miroir de ses propres échecs, de ses propres absences. Elle plonge dans une dépression profonde, un abîme de chagrin dont elle ne remontera jamais.

Les mois qui suivent sont une lente descente aux enfers. Elle continue de travailler, trouvant dans le cinéma un ultime refuge, mais son cœur n’y est plus. Elle est une ombre, une femme brisée qui ne survit que par automatisme. Moins d’un an après la mort de David, le 29 mai 1982, Romy Schneider est retrouvée sans vie dans son appartement parisien. Aucune autopsie ne sera pratiquée, laissant la cause officielle de sa mort incertaine, un arrêt cardiaque. Mais pour beaucoup, il ne fait aucun doute qu’elle est morte de chagrin. Certains vont même plus loin, suggérant qu’elle a pu choisir de mettre fin à ses souffrances pour rejoindre son fils dans l’au-delà.

Romy Schneider pose avec son fils David

La mort de David Meyen est une tragédie qui soulève une question douloureuse : aurait-elle pu être évitée ? Si Romy avait été une mère différente, plus conventionnelle, moins dévorée par sa passion pour le cinéma, le cours des choses aurait-il été différent ? Nul ne peut le dire. Mais ce qui est certain, c’est que Romy Schneider a payé le prix fort pour sa gloire, un prix mesuré en absences et en regrets. Son histoire est un rappel poignant que derrière les icônes se cachent des êtres humains faillibles, et que l’amour d’une mère, même imparfait, est une force puissante qui, lorsqu’elle est brisée, peut tout emporter sur son passage.