Le fantôme de la falaise : l’affaire Céline Giboire, un mystère non résolu depuis 12 ans

Le 27 février 2012, le quotidien d’une famille bascule dans l’horreur. Céline Giboire, une lycéenne de 16 ans, ne rentre pas chez elle après sa pause déjeuner. L’inquiétude se transforme rapidement en panique, et la disparition de la jeune fille lance une course contre la montre. Moins de 24 heures plus tard, son corps est retrouvé au pied d’une falaise à Saint-Malo, à des dizaines de kilomètres de son domicile. La fin de l’histoire ? Loin de là. Ce qui suit est un fiasco judiciaire, une enquête bâclée et la naissance d’un combat acharné mené par une famille pour la justice. L’affaire Céline Giboire, rapidement classée comme un suicide par les autorités, est un témoignage glaçant de la manière dont la vérité peut être ignorée, voire étouffée, quand la facilité l’emporte sur l’exigence.

Mort de Céline Giboire : 10 ans après, le mystère reste entier

Dès les premières heures, les enquêteurs concluent à une mort volontaire. La raison ? Des mangas et des DVD aux thèmes sombres découverts dans la chambre de l’adolescente. Cette “preuve” est jugée suffisante pour clore le dossier, malgré des indices troublants qui auraient dû sonner l’alarme. L’image d’une jeune fille fragile et suicidaire est construite à la hâte, servant de socle à une conclusion hâtive. Pour les parents de Céline, c’est un choc. Ils ne croient pas une seconde à cette version des faits. Leur fille, malgré ses doutes d’adolescente, était pleine de vie, avait des projets et n’avait jamais montré de signes aussi alarmants. Leur intuition de parents leur crie que quelque chose ne tourne pas rond.

Et les faits leur donnent raison. La scène de crime, loin d’être protégée, est laissée à la merci des éléments. Pire encore, un mégot de cigarette portant des traces d’ADN inconnu est découvert à proximité, non loin des affaires de Céline. Ses papiers d’identité, quant à eux, sont retrouvés cachés entre deux rochers à une cinquantaine de mètres de là. Des détails qui, dans une enquête rigoureuse, auraient dû être des pièces à conviction capitales, mais qui sont ici balayés d’un revers de la main. L’autopsie, menée bien après, révèle l’impensable : des signes de violences sexuelles. Malgré cette découverte choquante, l’enquête est refermée, le cas Giboire devient un dossier parmi tant d’autres, rapidement oublié par le système judiciaire.

Céline Giboire, l'énigme de la falaise : épisode 1/6 du podcast Cold cases,  le combat des familles | franceinfo

Le courage de la famille, face à l’incompétence et au déni, est la seule étincelle d’espoir. Refusant de laisser la mémoire de leur fille être souillée par une conclusion erronée, ils se lancent dans une contre-enquête. Ils font appel à Thierry Le Gall, un ancien policier qui a décidé de consacrer sa retraite à la vérité. Ensemble, ils vont déterrer des éléments que la police a délibérément ignorés. Le Gall découvre que le corps de Céline a été retrouvé à 32 mètres du point d’impact. Une distance impossible pour une chute, mais explicable si le corps a été déplacé ou traîné après le décès. Cette observation, aussi simple soit-elle, fait voler en éclats la théorie du suicide.

Le récit de la contre-enquête est digne d’un roman policier. Les soupçons se portent rapidement sur un couple de promeneurs, un homme et une femme qui fréquentaient régulièrement le parc de la falaise. Un mégot de cigarette portant l’ADN de l’homme est retrouvé sur les lieux, et des coupures de presse sur l’affaire sont découvertes à leur domicile. Ces indices, accumulés par la seule détermination d’une famille, sont des signaux forts qui n’ont pourtant jamais été suffisants pour relancer l’enquête de manière significative.

Mort de Céline Giboire, 16 ans : un meurtre ou un suicide ?

L’ombre d’un autre suspect plane également sur l’affaire : Florian Varin, un violeur en série condamné à 28 ans de prison. L’homme est connu pour ses modes opératoires s’apparentant au viol suivi de meurtre, des crimes qui collent de manière troublante aux circonstances de la mort de Céline. Bien qu’il ait toujours nié son implication, la coïncidence de son profil et des faits troublants ne peut être ignorée.

Aujourd’hui, 12 ans après les faits, l’affaire Giboire est devenue ce que l’on appelle un “cold case” – une affaire classée, oubliée, mais jamais résolue. La conclusion initiale de suicide a été officieusement abandonnée, mais aucune nouvelle piste n’a été officiellement suivie. La justice a échoué. Les familles, elles, continuent de se battre, d’espérer qu’un jour la lumière sera faite sur la mort de leur enfant. Le combat pour la vérité se poursuit, porté par la mémoire de Céline Giboire et l’indignation face à une affaire qui aurait dû être résolue il y a bien longtemps. Le fantôme de la falaise de Saint-Malo continue de planer, hantant les esprits de ceux qui refusent d’accepter qu’une jeune vie ait pu être fauchée dans l’indifférence.