commande, à masquer ses véritables sentiments et à étouffer la jeune femme rebelle qui sommeille en elle.

À 17 ans, le succès la frappe de plein fouet avec le rôle de l’impératrice Élisabeth d’Autriche dans la trilogie “Sissi”. Le monde tombe amoureux de cette princesse idéalisée, et Romy devient une idole internationale. Mais ce triomphe est un poison. L’image de Sissi lui colle à la peau, la réduisant à une figure de porcelaine, douce et naïve. Le public refuse de la voir autrement, et l’industrie ne lui propose que des variations de ce même personnage. Elle rêve de rôles complexes, de personnages sombres, mais on ne voit en elle que la lumière. “Je veux respirer, penser par moi-même, devenir une femme au-delà des costumes d’époque”, confiera-t-elle. Cette quête de liberté deviendra le combat de sa vie.

Trois jours à Quiberon", le film sur un épisode de la vie de Romy Schneider  - Marie Claire

Le vent de la rébellion souffle en 1958 sur le tournage du film “Christine”. Elle y rencontre un jeune acteur français au charisme magnétique et à l’ambition dévorante : Alain Delon. C’est un coup de foudre, une passion dévastatrice qui va tout changer. Pour lui, elle commet l’impensable : elle tourne le dos à l’Allemagne, à sa mère, à Sissi et à la carrière confortable qui l’attendait. Elle s’installe à Paris sans parler un mot de français, déterminée à se réinventer. Cet exil est un acte d’émancipation, une déclaration d’indépendance.

Mais la France ne l’accueille pas à bras ouverts. On se moque de son accent, on doute de son talent, la voyant comme la simple fiancée de Delon, une princesse de pacotille égarée. C’est sa rencontre avec le maître italien Luchino Visconti qui sera son salut artistique. Il voit au-delà de Sissi et décèle en elle une profondeur et une force insoupçonnées. Il la dirige au théâtre, la pousse dans ses retranchements et lui apprend à canaliser sa douleur pour en faire une force de jeu. Lentement mais sûrement, Romy Schneider se métamorphose. Elle n’est plus la jeune fille souriante, mais une actrice authentique, capable d’une intensité rare. Le cinéma français finit par s’incliner devant son talent brut, et elle devient l’une de ses plus grandes stars.

Cependant, alors qu’elle atteint les sommets de son art, sa vie personnelle s’effondre. En 1964, après des années d’une passion tumultueuse, Alain Delon la quitte de la manière la plus brutale qui soit, par une lettre de rupture accompagnée d’un bouquet de roses. Le choc est immense, la blessure est indélébile. Elle tente de mettre fin à ses jours. Cet abandon la marquera à jamais. Pourtant, comme toujours, elle puise dans sa souffrance une force nouvelle pour sa carrière. Elle enchaîne les chefs-d’œuvre, devient l’actrice fétiche de Claude Sautet, et remporte deux Césars, s’imposant comme l’actrice préférée des Français. Sa vie sentimentale, en revanche, est une succession d’échecs. Des mariages instables, des divorces douloureux, comme si le bonheur lui était interdit.

Portrait de Romy Schneider - Marie Claire

Puis vient la tragédie ultime, celle qui scellera son destin. En juillet 1981, son fils de 14 ans, David, fruit de son mariage avec Harry Meyen, meurt dans un accident atroce en escaladant la grille de la maison de ses grands-parents. Pour Romy, le monde s’arrête. La perte de son fils brise en elle quelque chose qui ne se réparera jamais. Elle devient l’ombre d’elle-même, dévastée par un chagrin que nul ne peut consoler. Sa santé, déjà fragile, se détériore rapidement. Elle trouve refuge dans l’alcool et les médicaments pour anesthésier une douleur insupportable.

Malgré son deuil, elle trouve la force d’honorer un dernier contrat, le tournage de “La Passante du Sans-Souci”. Le film, dans lequel elle joue une mère qui protège un enfant, devient un exutoire, son dernier cri de douleur adressé au monde et à son fils disparu. La performance est bouleversante de vérité. Ce sera son testament.

Moins d’un an après la mort de David, Romy Schneider est retrouvée sans vie dans son appartement parisien. La thèse officielle parle d’un arrêt cardiaque. Aucune lettre, aucun signe de suicide. Mais pour ses proches, la vérité est ailleurs. Épuisée par le chagrin, malade et à bout de forces, elle s’est simplement laissé partir, comme une flamme que le vent finit par éteindre. Elle n’a pas choisi de mourir, elle a simplement cessé de se battre.

Romy Schneider, itinéraire d'une vie brisée | Vanity Fair

Conformément à ses dernières volontés, elle fut enterrée auprès de son fils, réunis pour l’éternité. C’est Alain Delon, l’amour et le bourreau de sa vie, qui organisa ses funérailles, veillant sur elle une dernière fois. Romy Schneider laisse derrière elle une filmographie immense, mais surtout le souvenir d’une femme d’une sensibilité à fleur de peau, une icône sacrifiée sur l’autel de la gloire, qui a tout donné à son art et à ses amours, jusqu’à s’y consumer entièrement.