Le mois de septembre 2025 restera marqué par la disparition d’une grande figure du paysage audiovisuel et médiatique français. René Tendron, journaliste, éditorialiste et pionnier de la vulgarisation économique à la télévision, s’est éteint à l’âge de 91 ans. Sa mort a suscité une profonde émotion, tant chez ses confrères journalistes que chez les millions de Français qui l’avaient suivi pendant des décennies sur le petit écran. Homme de rigueur et de passion, il laisse derrière lui un héritage immense dans le journalisme économique et une empreinte indélébile dans la mémoire collective.

Dès les années 1970, René Tendron s’était imposé comme l’un des visages incontournables du journal télévisé de 13 heures sur TF1, sous la direction d’Yves Mourousi. Son style était immédiatement reconnaissable : sa silhouette élancée, sa fine moustache et ses cheveux noirs impeccablement coiffés faisaient partie du décor familier des foyers français. Mais au-delà de son apparence, c’est surtout sa capacité rare à rendre accessible un univers aussi complexe que la finance qui a forgé sa réputation. Chaque jour, en direct du Palais Brongniart, il expliquait avec clarté et pédagogie les fluctuations de la Bourse, permettant aux téléspectateurs de mieux comprendre les mécanismes économiques.

À une époque où l’information financière pouvait sembler réservée à une élite, il a réussi à toucher le grand public, des petits épargnants aux professionnels des marchés. Son ton rassurant, son vocabulaire précis mais jamais hermétique, et son souci constant de vulgarisation ont fait de lui un passeur de savoir. Beaucoup de Français se souviennent encore de ces chroniques quotidiennes qui mêlaient rigueur, simplicité et pédagogie, transformant des chiffres parfois froids en histoires compréhensibles.

Mais René Tendron n’était pas seulement un visage de la télévision. Son influence dépassait largement le cadre du petit écran. Il a exercé des responsabilités importantes dans la presse écrite spécialisée. Rédacteur en chef du magazine Mieux Vivre, éditorialiste apprécié sur Europe 1, il a marqué chaque média par son professionnalisme et sa crédibilité. Ses prises de parole étaient écoutées avec respect, car elles combinaient une expertise indiscutable et une intégrité jamais prise en défaut.

Visionnaire, il a aussi contribué à la création de nouveaux espaces médiatiques dédiés à l’économie. En 1991, il participa activement au lancement de BFM, puis, en 1992, de BFM Business, qui deviendra rapidement la radio de référence en matière d’actualité économique et financière en France. Son intuition quant à la nécessité d’un média entièrement consacré à l’économie s’est révélée prémonitoire, dans un monde où les enjeux financiers prenaient de plus en plus d’importance.

Auteur prolifique, il a publié de nombreux ouvrages destinés à démocratiser l’économie et à la rendre intelligible au grand public. Ces livres ont servi de passerelles entre le monde parfois abstrait des marchés et la vie quotidienne des Français. Son objectif était toujours le même : donner à chacun les clés de compréhension pour mieux appréhender son environnement économique.

En parallèle, il a exercé des fonctions dirigeantes. En tant que PDG du Journal des Finances, il s’est battu pour moderniser le titre, doubler ses revenus et enrichir son contenu malgré les difficultés structurelles du marché de la presse. Sa vision avant-gardiste et sa capacité à anticiper les évolutions du secteur ont permis à de nombreux médias économiques de traverser les crises et de se réinventer.

Sa disparition a provoqué une pluie d’hommages. Nombreux sont les journalistes et les personnalités économiques qui ont salué un modèle d’intégrité, un professionnel hors pair, mais aussi un pédagogue qui a contribué à l’éducation économique de générations de Français. Beaucoup se souviennent de lui non seulement comme d’un expert, mais comme d’une voix qui rassurait, expliquait et éclairait les choix du quotidien.

René Tendron a marqué une époque où la télévision se voulait à la fois informative et éducative. Il appartient à cette génération de journalistes qui considéraient que leur mission n’était pas seulement de rapporter des faits, mais aussi de donner aux citoyens les moyens de comprendre le monde dans lequel ils vivaient. En ce sens, il fut un véritable pionnier.

Aujourd’hui encore, son influence se ressent. BFM Business, qu’il a contribué à créer, reste un média incontournable pour quiconque s’intéresse à l’économie. Ses ouvrages continuent d’être consultés, et son style de vulgarisation inspire toujours de jeunes journalistes. Sa carrière illustre parfaitement ce qu’un journaliste peut apporter à la société : non pas seulement informer, mais éclairer, transmettre et accompagner.

La mort de René Tendron clôt un chapitre important de l’histoire du journalisme économique français. Mais elle rappelle aussi combien un individu, par sa passion, son sérieux et sa constance, peut transformer un domaine jugé austère en un sujet vivant et accessible. Sa mémoire restera associée à cette mission de démocratisation de l’économie, mission qu’il a portée avec constance et conviction tout au long de sa vie.

En rendant hommage à René Tendron, c’est aussi à une certaine idée du journalisme que l’on rend hommage : un journalisme exigeant, pédagogue, au service du public. Il restera dans les mémoires comme l’homme qui a su donner un visage humain à la finance et qui a contribué, par sa voix et sa plume, à élever le niveau de compréhension collective.