Le 17 janvier 2008 reste gravé dans la mémoire de Mimi comme le jour où tout bascula. Ce matin-là, elle faisait ses adieux au grand amour de sa vie, Carlos, emporté en quelques semaines par un cancer foudroyant. Il avait 64 ans. Hospitalisé à Paris, il bénéficia de soins intensifs et d’espoirs médicaux, jusqu’au fameux « dernier miracle américain » que l’artiste et ses proches avaient espéré en vain. Tous les traitements se révélèrent inefficaces : la maladie triompha malgré les efforts et l’espérance.

La peine fut immédiate et profonde. Pendant longtemps, la maladie avait été un sujet tabou entre eux, un silence partagé qui protégeait et détruisait à la fois. Ils avaient choisi, par pudeur ou par déni, de ne pas tout dire : Mimi dissimulait, Carlos cachait. Lui, de son côté, vivait un véritable martyr intérieur, affrontant la douleur avec une dignité silencieuse. Il se battit comme un lion jusqu’au bout, selon ceux qui l’entouraient, multipliant les gestes de courage sans jamais s’épancher.

Mort de Carlos : anéantie par le chagrin, son épouse Mimi se jette par la  fenêtre - YouTube

Quand Carlos s’éteignit, Mimi se retrouva plongée dans un vide insondable. Elle confia plus tard que, dans les jours qui suivirent, elle avait perdu tout repère : « Je ne pouvais pas imaginer vivre sans l’homme que j’aimais », dit-elle. La douleur fut si forte qu’elle perdit courage et voulut mettre fin à ses jours. Dans un moment d’abîme, elle tenta de se jeter par la fenêtre. Cet instant tragique marqua un tournant : confrontée à l’irrémédiable, elle accepta finalement d’être aidée et d’entamer un lent processus de reconstruction.

Quinze ans après la disparition de Carlos, la blessure reste vive. Le temps n’a pas effacé la mémoire des gestes tendres, des regards complices, des promesses chuchotées. Le deuil ne s’apaise pas selon une courbe régulière ; il se compose de journées où l’absence pèse comme une chape et d’autres, plus douces, où les souvenirs offrent un baume fragile. Mimi vit avec ce double mouvement : l’absence d’un côté, la présence intérieure de l’autre. Elle évoque parfois la cruauté du destin, cette injustice qui a arraché un compagnon aimé trop tôt.

Pourtant, à travers l’épreuve, Mimi a cherché à faire vivre l’amour perdu. Elle a transformé la douleur en hommage. Des objets, des photos, des cartes anciennes trônent dans son quotidien comme des sanctuaires miniatures. Elle parle à voix haute parfois, relit des lettres, écoute des chansons qui rappellent certaines soirées. Ces gestes sont autant de rites pour entretenir la mémoire ; ils lui permettent de garder Carlos proche sans se perdre dans la tristesse.

La tentative de suicide fit aussi émerger la nécessité de parler et de se faire accompagner. Mimi accepta un soutien psychologique, s’entoura de proches fidèles et apprit à fragmenter sa douleur en étapes supportables. La reconstruction ne signifie pas l’oubli : c’est un travail patient, fait de petites victoires, d’éclats de rire retrouvés, de rechutes aussi. Elle a appris à accepter la fragilité comme une part de la vie et à demander de l’aide sans honte.

Avec le temps, Mimi a su transformer son expérience personnelle en un message pour autrui. Elle a pris la parole, à petites touches, pour sensibiliser au poids du deuil et à l’importance du soutien. Son témoignage rappelle que la tristesse, loin d’être une faiblesse, est une réalité humaine à partager. Elle montre que la résilience se construit pas à pas, avec l’aide de professionnels, d’amis et de proches.

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Les souvenirs de Carlos perdurent chez ceux qui les ont connus. Amis, famille, et admirateurs évoquent encore son humour, sa générosité, la profondeur de son regard. À chaque date anniversaire, la mémoire se ranime et Mimi ressent tour à tour la tristesse et la gratitude : tristesse d’avoir perdu un compagnon, gratitude d’avoir connu un amour vrai. Ses larmes ne sont plus uniquement celles du désespoir ; elles traduisent parfois la reconnaissance d’une vie partagée.

Elle reste, pour beaucoup, un symbole de courage et de dignité : sa manière d’affronter la douleur inspire celles et ceux qui traversent des épreuves semblables. Les gestes qu’elle multiplie pour honorer la mémoire de Carlos — visites au cimetière, réunions familiales discrètes, monologues intimes — sont autant d’actes de résistance à l’effacement. Ainsi, même au cœur de la peine, Mimi trouve des raisons de croire encore en la beauté possible de la vie et en la puissance du souvenir.

En fin de compte, l’histoire de Mimi et Carlos est une histoire d’amour intense, foudroyée par la maladie, puis embrassée par la lente reconstruction. Quinze ans après, Mimi porte encore la marque de ce chagrin, mais elle a su en faire une force discrète. Elle avance désormais avec la certitude que l’amour vécu ne se dissout jamais totalement : il se transforme, se conserve, et continue d’éclairer le chemin, même lorsque l’être aimé n’est plus là physiquement, avec sérénité et compassion.