Le 5 mai, le calme habituel du petit village de Grabels, près de Montpellier, a été brusquement bouleversé par une découverte tragique qui allait marquer profondément ses habitants. Dans cette commune tranquille où tout le monde se connaît et s’entraide, le nom de Michel Cordes résonnait déjà avec affection, admiration et respect. Pour des millions de téléspectateurs, il restera à jamais Roland Marci, figure emblématique de la série culte Plus belle la vie. Mais pour ses voisins, il était avant tout un homme simple, discret, chaleureux, qui habitait cette jolie maison blanche aux volets bleus, nichée derrière un portail de fer forgé.

L'acteur Michel Cordes, interprète de Roland dans «Plus belle la vie»,  retrouvé mort par arme à feu – Libération

Ce vendredi 5 mai, Loïc, l’un de ses voisins les plus proches, a remarqué quelque chose d’inhabituel. Depuis deux jours, les volets de la maison de Michel restaient obstinément clos. D’ordinaire, même lorsqu’il sortait peu, l’acteur laissait filtrer un signe de vie, une lumière, une ouverture. Cette fois-ci, rien. L’inquiétude a grandi au fil des heures. Loïc en a parlé à sa femme et à une voisine. Ensemble, ils ont décidé de franchir le portail, poussés par une sourde angoisse.

En approchant de la maison, ils ont constaté qu’elle n’était pas fermée à clé. Un frisson les a parcourus. L’atmosphère, lourde et inhabituelle, semblait déjà annoncer une issue dramatique. Ils ont pénétré à l’intérieur, appelant le nom de Michel à plusieurs reprises. Le silence, oppressant, leur a répondu. Dans la cuisine, trois courriers reposaient bien en évidence sur une table. Comme si leur voisin avait tenu à les laisser là, volontairement, à portée de main. Cette disposition étrange, presque solennelle, a renforcé leur malaise.

Leur instinct les a guidés vers l’arrière-cour. C’est là, dans ce lieu familier où Michel avait sans doute passé tant de moments paisibles, qu’ils ont découvert l’insoutenable vérité : le corps sans vie de l’acteur. L’émotion fut immédiate, violente, irréversible. Loïc et les deux femmes restèrent figés quelques secondes, incapables de croire à ce qu’ils voyaient. Michel Cordes, leur voisin, cet homme à la fois reconnu sur les écrans et si accessible dans la vie réelle, gisait là, emporté par ce qui semblait être un geste désespéré.

Très vite, les secours furent appelés, suivis des forces de l’ordre. La nouvelle, aussi brutale que foudroyante, se répandit comme une traînée de poudre dans le quartier, puis dans le village entier. Les habitants, choqués, se sont rassemblés devant la maison blanche, incapables de contenir leur tristesse. Certains pleuraient, d’autres se taisaient, sidérés. Tous avaient le sentiment d’avoir perdu non seulement une célébrité, mais un ami, un membre de leur communauté.

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La thèse du suicide fut immédiatement privilégiée par les enquêteurs. Mais une question persistait : pourquoi ? Qu’est-ce qui avait pu pousser cet homme, apprécié, entouré, encore actif, à commettre l’irréparable ? Très vite, un élément a attiré l’attention des autorités : l’un des courriers retrouvés sur la table semblait revêtir une importance particulière. Son contenu, jugé « suspect », devait être analysé plus en détail. Était-ce une lettre d’adieu ? Un message codé ? Une explication ultime ? L’autopsie prévue le lundi 8 mai devait, espérait-on, apporter des réponses.

Michel Cordes avait 77 ans. Pour beaucoup, il restera éternellement associé au rôle de Roland Marci, patron du bar du Mistral dans Plus belle la vie. Pendant près de vingt ans, il a incarné ce personnage avec un naturel désarmant, donnant au feuilleton une authenticité rare. Roland, avec ses colères, ses éclats de rire, ses moments de tendresse et ses failles, était devenu un ami des Français. On se souvient de sa relation passionnée et tourmentée avec Mirta, jouée par Sylvie Flepp. Ensemble, ils formaient un couple mythique, un pilier du quartier fictif de Marseille qui avait su séduire des millions de téléspectateurs.

Mais derrière la notoriété, Michel Cordes était resté un homme simple. Installé à Grabels depuis plusieurs années, il menait une vie discrète, loin des paillettes. Ses voisins racontent un homme accessible, qui prenait le temps de discuter, d’échanger, qui saluait toujours avec chaleur. Sa maison, coquette et accueillante, était à son image : sobre mais vivante, ouverte mais pleine de pudeur. Rien ne laissait présager le drame qui s’y jouerait.

La mort de Michel Cordes pose, une fois encore, la question de la solitude et du poids parfois insoutenable que portent certains artistes. Derrière l’image publique, derrière les sourires et les applaudissements, il y a des vies intimes, des combats invisibles. Le contraste entre l’homme adulé à l’écran et l’homme seul face à ses tourments est cruel, mais il rappelle une vérité universelle : nul n’est à l’abri des blessures intérieures.

À Grabels, les habitants ont immédiatement commencé à déposer des fleurs devant sa maison. Des bougies, des messages, des photos de Roland et Mirta ornaient bientôt le portail. Les témoignages d’affection affluaient, venant de fans de toute la France. Les réseaux sociaux se sont embrasés d’hommages, rappelant combien Michel Cordes avait marqué les cœurs.

Les volets étaient fermés depuis deux jours»: les voisins de Michel Cordes  racontent avoir découvert son corps

« C’était un grand acteur, mais surtout un homme bien », confia Loïc, encore bouleversé d’avoir été le témoin direct de cette fin tragique. « On aurait aimé pouvoir lui dire qu’il n’était pas seul, qu’il pouvait compter sur nous. »

Peut-être est-ce là la leçon la plus douloureuse laissée par cette disparition : le rappel que même les vies les plus remplies en apparence peuvent être traversées par des gouffres de solitude. Michel Cordes, en s’éteignant dans sa maison de Grabels, laisse derrière lui un vide immense. Mais il laisse aussi une empreinte indélébile dans le cœur de tous ceux qui l’ont aimé, connu ou simplement regardé à travers leur écran.

À jamais, il sera Roland. Mais dans la mémoire de ceux qui ont croisé son chemin, il restera avant tout Michel : un homme vrai, discret, et profondément humain.