Sharon Stone : l’ascension, la controverse et l’héritage d’une icône

Née le 10 mars 1958 à Meadville, petite ville ouvrière de Pennsylvanie, Sharon Stone grandit dans une famille modeste. Son père, Joseph, est ouvrier d’usine, tandis que sa mère, Dorothy, est comptable. Très tôt, la jeune Sharon se distingue par son intelligence hors norme : son QI, mesuré à 154, lui permet d’intégrer l’université dès l’âge de 15 ans grâce à une bourse. Mais la voie académique ne la séduit pas. À 19 ans, elle quitte sa ville natale pour tenter sa chance à New York. Elle signe avec la prestigieuse agence Ford et débute une carrière de mannequin. Pourtant, derrière les paillettes des photos de mode, son ambition est ailleurs : « Je voulais être plus qu’un visage », confiera-t-elle des années plus tard.

Sa détermination l’amène à décrocher ses premiers rôles au cinéma au début des années 1980. Elle apparaît brièvement dans Stardust Memories de Woody Allen (1980), puis enchaîne des rôles mineurs dans des films comme Les Uns et les Autres ou Above the Law avec Steven Seagal. Chaque audition est une lutte. « Chaque fois que je passais un casting, j’avais l’impression de devoir me battre pour exister », se souviendra-t-elle. En 1990, elle se fait remarquer dans Total Recall aux côtés d’Arnold Schwarzenegger, mais c’est un autre rôle, deux ans plus tard, qui va bouleverser sa vie et son image : celui de Catherine Tramell dans Basic Instinct.

Un rôle refusé par toutes les stars

Le scénario, signé Joe Eszterhas, circule à Hollywood depuis la fin des années 1980. Provocateur, mêlant sexe et violence, il attire les studios mais effraie les actrices. Michelle Pfeiffer, Julia Roberts ou encore Kim Basinger déclinent la proposition, jugeant le rôle trop risqué. Sharon Stone, encore inconnue du grand public, y voit au contraire une opportunité unique. Pendant huit mois, elle enchaîne auditions et essais. Elle est persuadée que ce rôle est fait pour elle. « J’étais une outsider, mais je savais que Catherine Tramell m’attendait », dira-t-elle.

Sharon Stone ne savait pas que cette scène serait aussi hot - La DH/Les  Sports+

Michael Douglas, pressenti pour le rôle masculin, hésite d’abord à jouer avec une actrice sans notoriété. Finalement, son intensité et son magnétisme le convainquent : « Elle m’a terrifié, et c’était parfait », reconnaîtra-t-il plus tard. Paul Verhoeven, le réalisateur, veut choquer et fasciner. Sharon accepte de plonger dans cet univers sulfureux, consciente qu’elle joue son va-tout.

Le tournage sous tension

La production, lancée à San Francisco et Carmel-by-the-Sea, est un champ de bataille créatif. Verhoeven impose sa vision sans compromis. Le scénario est sans cesse réécrit, les tensions éclatent entre Eszterhas et le réalisateur. Sharon Stone, payée seulement 500 000 dollars contre plusieurs millions pour Douglas, ressent la pression immense de devoir briller. « J’étais l’outsider, mais je devais marquer les esprits », dira-t-elle.

C’est durant le tournage de la fameuse scène d’interrogatoire que le conflit éclate. Paul Verhoeven lui demande d’ôter sa culotte, assurant que la lumière se reflète mal sur le tissu blanc et promettant qu’aucune nudité explicite ne sera visible à l’écran. Sharon obéit. Mais à la projection, elle découvre avec horreur une image bien plus explicite. « J’ai giflé Paul et je suis sortie en larmes », racontera-t-elle dans son autobiographie The Beauty of Living Twice (2021).

Une trahison devenue culte

Cette scène, aussi brève qu’inoubliable, devient immédiatement l’une des plus iconiques — et controversées — de l’histoire du cinéma. Verhoeven, lui, affirme que Sharon savait exactement ce qui allait apparaître. La divergence de récits ouvre un débat qui résonnera pendant des décennies : où s’arrête la créativité, où commence la manipulation ? Sharon Stone, bien qu’humiliée, choisit de ne pas intenter de procès. « C’était bon pour le film, mais pas pour moi », avouera-t-elle.

Le résultat est spectaculaire : Basic Instinct, sorti en 1992, rapporte plus de 352 millions de dollars dans le monde et devient le quatrième plus gros succès de l’année. Sharon Stone, jusque-là anonyme, est propulsée au rang de star mondiale. Mais la gloire a un prix. « J’étais célèbre, mais brisée », confiera-t-elle.

Une carrière marquée par l’ombre du scandale

Après Basic Instinct, Sharon tente de se défaire de l’étiquette de « sex-symbol » qui lui colle à la peau. Elle enchaîne avec Sliver (1993), un autre thriller érotique, puis choisit des rôles plus complexes. En 1995, Martin Scorsese lui offre son chef-d’œuvre : Casino. Son interprétation de Ginger McKenna lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice. « Scorsese m’a vue comme une actrice, pas comme une bombe », dira-t-elle. Mais malgré cette reconnaissance, les tabloïdes continuent de l’associer à Catherine Tramell.

Au-delà de sa carrière, Sharon Stone s’engage aussi dans des causes humanitaires, notamment la lutte contre le sida, utilisant sa notoriété pour attirer l’attention sur des enjeux de société.

Une pionnière dans la dénonciation des abus

L’affaire Basic Instinct dépasse rapidement le cadre du film. Elle devient emblématique des abus de pouvoir à Hollywood et des zones grises autour du consentement. Des années plus tard, le mouvement #MeToo redonnera un écho puissant aux révélations de Sharon Stone. « On m’a fait croire que j’avais le contrôle, mais c’était une illusion », dira-t-elle en 2021. Son témoignage contribue à changer les mentalités et inspire une génération d’actrices à réclamer plus de respect et de transparence.

L’héritage d’une combattante

Aujourd’hui, à 67 ans, Sharon Stone continue de travailler dans le cinéma et les séries, notamment avec Ratched en 2020. Elle poursuit aussi ses engagements humanitaires. « Je veux laisser un monde meilleur », affirme-t-elle. Son parcours, de mannequin méconnu à icône mondiale, illustre la force de caractère d’une femme qui a transformé une blessure en arme de combat.

Personne ne croyait que cette SCÈNE avec Sharon Stone était réelle

Son héritage va bien au-delà de la provocation de Basic Instinct. Il se situe dans la résilience, la capacité à se relever, à dénoncer l’injustice et à réclamer une industrie plus éthique. « J’ai survécu à Hollywood et j’en suis fière », résume-t-elle.

La question qui demeure est celle-ci : le cinéma peut-il être à la fois provocateur et respectueux de ceux qui le font ? Sharon Stone incarne cette contradiction. Basic Instinct est devenu un classique, mais à quel prix pour son actrice principale ? En exposant ses blessures et en refusant le silence, Sharon Stone a ouvert une brèche qui a changé Hollywood. Son histoire rappelle que derrière chaque icône se cache une femme de chair, de douleur et de courage.