Robert Redford, né Charles Robert Redford Jr. en 1936, a traversé près d’un siècle de cinéma et d’histoire culturelle en incarnant à la fois la beauté, le talent et l’engagement. Son parcours est remarquable, non seulement parce qu’il a marqué Hollywood de son empreinte, mais aussi parce qu’il a façonné une vision nouvelle du cinéma indépendant, et qu’il a su rester fidèle à des valeurs de créativité et de liberté. Derrière son charisme indéniable, il y avait un homme profondément conscient des pièges de la célébrité et soucieux de ne pas se laisser réduire à une simple image de « joli visage ».

A pretty face helped make Robert Redford a star. Talent and dedication kept  him one

Au départ, rien ne laissait présager une telle destinée. Jeune homme passionné de sport, Redford décroche une bourse de baseball, mais il la perd rapidement. Ce revers, loin de le décourager, le pousse vers une autre voie : le théâtre et la comédie. Ses premiers pas se font sur les planches, où il apprend à dompter sa voix, ses gestes et à donner vie à des personnages plus grands que nature. Son physique avantageux et son regard pénétrant séduisent rapidement les producteurs de télévision, qui lui offrent ses premiers rôles. Mais c’est véritablement avec la pièce Barefoot in the Park (Pieds nus dans le parc), aux côtés de Jane Fonda, qu’il s’impose comme une figure montante. La pièce triomphe, et son adaptation au cinéma confirme l’évidence : une étoile est née.

Jane Fonda se souvient encore de ses débuts. En marchant un jour dans un couloir de studio, elle avait remarqué l’effet que produisait Redford sur toutes les secrétaires croisées. « Voilà quelqu’un qui deviendra une immense star », s’était-elle dit. Elle avait raison. Dans les années 1970 et 1980, Robert Redford devient la référence absolue de l’acteur hollywoodien : beau, séduisant, viril, mais aussi capable d’une sensibilité et d’une subtilité rares.

Pourtant, lui-même ressent une certaine inquiétude. Il ne veut pas être enfermé dans une image, celle du séducteur ou du « golden boy » de Hollywood. Il sait que la facilité menace, et que les applaudissements peuvent devenir une prison. « Très tôt, confia-t-il un jour, j’ai eu peur de ce que ma vie deviendrait si je jouais trop le jeu du paraître. » Cette lucidité le pousse à être sélectif dans ses choix. Il refuse les rôles trop faciles, cherche la profondeur des scénarios, et n’hésite pas à prendre des risques.

Le véritable tournant arrive avec Butch Cassidy and the Sundance Kid (Butch Cassidy et le Kid), tourné en 1969 aux côtés de Paul Newman. À première vue, Redford pense que le film sera un échec : une chanson placée au milieu de l’action lui semble incongrue. Pourtant, le public adore, et le duo Redford-Newman devient mythique. Ce film l’élève au rang de superstar, et son rôle dans The Sting (L’Arnaque), à nouveau avec Newman, enfonce le clou.

Robert Redford remembers the films that made him a legend

Mais Redford ne se contente pas de briller devant la caméra. En 1980, il passe derrière et réalise Ordinary People (Des gens comme les autres). Ce drame intimiste sur une famille brisée par un deuil marque les esprits. Le film triomphe aux Oscars, décrochant la statuette du meilleur film et celle du meilleur réalisateur pour Redford. Cette victoire démontre au monde qu’il n’est pas seulement une icône de beauté mais aussi un artiste complet, capable d’orchestrer une œuvre d’une sensibilité bouleversante.

Au fil des années, il continue à jongler entre jeu et mise en scène, mais son héritage dépasse largement le cinéma. Visionnaire, il fonde en 1978 le Sundance Film Festival, baptisé ainsi en hommage à son personnage du Sundance Kid. Ce festival devient un lieu essentiel pour le cinéma indépendant, révélant de jeunes talents, offrant une tribune à des voix nouvelles et à des films souvent ignorés par les grands studios. Grâce à Sundance, Robert Redford change profondément le paysage cinématographique mondial, en rendant accessible au public des œuvres singulières et audacieuses.

Engagé, il ne cache jamais ses opinions politiques et environnementales. Ses prises de parole dérangent parfois, mais elles témoignent de sa volonté de faire entendre une autre voix à Hollywood : celle de l’artiste citoyen. Son image publique reste marquée par ce mélange rare de glamour, d’intégrité et de détermination.

Au soir de sa vie, Redford n’aimait pas trop regarder en arrière. Pour lui, le passé était une somme d’expériences, mais ce qui comptait, c’était d’avancer. « Ne considérez pas votre carrière comme une suite de moments cumulés, disait-il. Allez toujours de l’avant. Concentrez-vous sur l’avenir. » Cette philosophie explique sans doute sa longévité et sa capacité à surprendre, décennie après décennie.

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Aujourd’hui, alors que l’on se penche sur sa trajectoire, on mesure l’ampleur de son legs. Robert Redford, c’est une carrière étincelante, faite de rôles inoubliables, de mises en scène poignantes, et d’un festival qui continue à nourrir le septième art. Mais c’est aussi une vie consacrée à donner du sens, à chercher l’authenticité et à offrir au public des œuvres marquées par la sincérité.

Il laisse derrière lui une filmographie qui traverse les générations : Out of Africa, The Sting, The Way We Were, All the President’s Men, The Natural et tant d’autres. Chacun a son Robert Redford préféré, tant sa palette était large. Certains le voient en cow-boy romantique, d’autres en journaliste pugnace, d’autres encore en réalisateur subtil. Mais tous s’accordent à dire qu’il fut une légende, au sens le plus noble du terme.

Un homme qui, par son talent, son courage et sa vision, a donné au monde quelque chose d’inoubliable.