Sheila, de son vrai nom Annie Chancel, est l’une des icônes les plus marquantes de la chanson française. Avec plus de 85 millions de disques vendus à travers le monde, elle pourrait incarner l’image d’une artiste comblée par la gloire et par la réussite financière. Pourtant, la réalité est bien différente : derrière les paillettes, Sheila a traversé de nombreuses épreuves qui ont marqué à la fois sa carrière, sa vie de femme et son rôle de mère. Aujourd’hui, après plus d’un demi-siècle de présence sur scène, elle a décidé de rompre le silence et de raconter sa vérité, sans fard, ni compromis.

Sheila, 35 kilos et "plus aucun muscle" : "J'ai refait mon corps petit à  petit..."

Dans son récit, elle revient sur des blessures profondes, parfois invisibles, mais qui l’ont accompagnée tout au long de son parcours. La première d’entre elles, et sans doute la plus douloureuse, concerne sa relation avec son fils, Ludovic. Depuis des années, ce dernier s’exprime publiquement sur leur lien conflictuel, publiant même un livre où il raconte ses ressentis et ses accusations. Sheila, longtemps restée silencieuse pour ne pas « laver son linge sale en public », confie désormais la souffrance qui fut la sienne. « Ce qui m’a le plus blessée, dit-elle, c’est que mon fils, la chair de ma chair, ait pu colporter des choses terribles à mon sujet. » Entre accusations, procès, harcèlement et tentatives de nuire à sa carrière, la chanteuse avoue avoir été brisée par cette guerre familiale exposée sur la place publique.

Pourtant, derrière la colère et la douleur, on sent toujours chez elle une forme d’espérance. Elle reconnaît les errances de Ludovic, ses combats contre la drogue, ses difficultés à trouver sa place, mais elle exprime aussi le souhait qu’un jour il puisse s’apaiser et briller par lui-même, en dehors de l’ombre pesante du nom de Sheila. Pour l’instant, dit-elle, le pardon est impossible. Mais elle laisse la porte ouverte à l’avenir, persuadée que le temps est le seul véritable guérisseur.

Sheila : "Ma carrière, je la dois aux gens." - On a tout essayé 11/10/2002  - YouTube

Une autre blessure, plus ancienne mais non moins dévastatrice, est celle de la terrible rumeur qui a poursuivi Sheila dès ses 18 ans. Accusée d’être un homme, elle a subi des décennies de moqueries, d’insinuations et d’attaques qui l’ont profondément marquée. « La rumeur ne me quittera jamais, confie-t-elle. Même sur ma tombe, certains continueront de dire que j’étais un homme. » Cette rumeur, née au départ d’un coup monté médiatique et encouragée par son producteur de l’époque, Claude Carrère, a empoisonné une partie de sa vie de femme et de mère. Elle se souvient avoir même fait filmer son accouchement, pour pouvoir un jour montrer à son fils la preuve irréfutable de sa maternité. Une démarche qui témoigne de l’ampleur des blessures causées par cette rumeur infondée.

Carrière fulgurante mais finances fragiles : là encore, Sheila confie une autre vérité méconnue. Malgré ses millions de disques vendus, elle ne s’est pas enrichie. Ruinée par des contrats mal négociés, manipulée par son producteur qui a fait fortune sur son nom, elle a pris conscience trop tard que ses parents, commerçants modestes, n’avaient pas les armes juridiques pour la protéger lorsqu’elle était mineure. Signer sans comprendre les termes des contrats fut une erreur lourde de conséquences. Elle ne renie pas pour autant l’apport de Claude Carrère, reconnaissant qu’il a façonné ses premiers tubes et propulsé sa carrière, mais elle rappelle aussi qu’elle a largement contribué à ce succès. Lorsqu’elle a décidé de rompre avec lui, elle est passée pour une ingrate, alors qu’il s’agissait simplement de reprendre sa liberté et sa dignité.

Au-delà des blessures personnelles et financières, Sheila a aussi affronté les préjugés et le racisme de son époque. Dans les années 1980, lorsqu’elle revient sur le devant de la scène avec des tubes disco, elle choisit de se produire avec des danseurs noirs. Dans une France encore marquée par des mentalités étriquées, ce choix lui a valu critiques et portes fermées. « Une blonde entourée de trois danseurs noirs, c’était jugé vulgaire », raconte-t-elle. Pourtant, elle assume pleinement ce choix et se réjouit, des décennies plus tard, lorsque des jeunes artistes noirs viennent la remercier de leur avoir ouvert une voie. Pour elle, cette reconnaissance est « la plus belle des médailles ».

SHEILA interview du 07/12/2012 - YouTube

Sheila, c’est aussi la longévité. Cinquante ans de carrière, ponctués de hauts et de bas, de départs et de retours, mais toujours avec une énergie intacte et une envie de partager avec son public. Elle reconnaît cependant se poser désormais la question de raccrocher définitivement. « Il ne faut jamais faire le spectacle de trop », dit-elle lucidement. Mais en même temps, elle avoue ne pas savoir vivre sans la scène, sans cette adrénaline unique que rien ne peut remplacer.

Aujourd’hui, ce qu’elle espère pour la suite, c’est avant tout que « le temps fasse son œuvre ». Réconciliée ou non avec son fils, elle souhaite qu’il puisse trouver son propre chemin. Quant à elle, elle continue d’avancer, consciente d’avoir marqué l’histoire de la chanson, fière de voir ses titres encore repris dans les boîtes de nuit ou fredonnés par de nouvelles générations. Elle porte avec courage les cicatrices de son passé, tout en gardant un regard tourné vers la lumière.

Sheila n’est pas seulement une chanteuse à succès : elle est le symbole d’une femme qui a résisté à tout, aux rumeurs, aux trahisons, aux injustices et aux blessures intimes. En livrant enfin sa vérité, elle ne cherche pas à régler des comptes, mais à transmettre un message : derrière la star, il y a une femme de chair et de sang, une mère blessée mais debout, et une artiste qui a su transformer la douleur en force.