Dans le monde de l’athlétisme, rares sont les noms qui résonnent avec autant de force que celui de Marie-José Pérec. Surnommée “La Gazelle”, elle a marqué son époque par son élégance, sa puissance et ses victoires incontestables. Trois fois championne olympique, double championne du monde, elle a porté haut les couleurs de la France, devenant une icône pour toute une génération. Pourtant, derrière les médailles et les records, se cache une histoire moins glorieuse, une humiliation publique qui a failli ternir son succès et qui a révélé les défis souvent invisibles auxquels les athlètes féminines sont confrontées.

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L’incident remonte aux Championnats du monde de 1991 à Tokyo, un moment de gloire pour Pérec qui venait de remporter l’or sur 400 mètres. C’était une performance spectaculaire, une démonstration de force et de détermination. Elle s’attendait à ce que les journaux français, et en particulier le prestigieux quotidien sportif L’Équipe, célèbrent son triomphe. Mais en découvrant la une du journal le lendemain, elle a été frappée par l’incompréhension et la déception. La photo choisie pour illustrer sa victoire ne montrait pas son visage radieux, sa joie, ou l’effort qui a mené à son exploit. Au lieu de cela, le journal avait publié une photo d’elle de dos, une photo qui mettait en avant ses fessiers.

Le choix éditorial était choquant. La victoire d’une athlète de classe mondiale était réduite à une simple pose, objectivant son corps au détriment de son talent et de son travail acharné. Lorsqu’elle a contacté L’Équipe pour en demander la raison, la réponse qui lui a été donnée a été d’une brutalité déconcertante. On lui a simplement dit qu’elle avait de “belles fesses” et que c’était une photo plus “vendable”. Les mots étaient un coup de poing. L’exploit sportif d’une femme était considéré comme moins important que l’attrait physique de son corps. La victoire, censée être un moment de fierté nationale, s’est transformée en une humiliation silencieuse.

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Le temps a passé, mais le ressentiment est resté. La photo est devenue le sujet de conversation, remplaçant la discussion sur son incroyable performance. Cela a entaché sa joie et a laissé une amertume profonde. Mais Pérec n’est pas du genre à se laisser faire. Deux ans plus tard, aux Jeux olympiques de Barcelone, où elle a une fois de plus remporté l’or, elle a eu l’occasion de confronter le responsable de L’Équipe. Le timing aurait pu sembler inapproprié, le jour même de sa victoire, mais pour elle, c’était le moment parfait. C’était l’occasion de défendre son honneur et de faire entendre sa voix, non seulement pour elle-même, mais pour toutes les athlètes féminines qui ont été réduites à leur physique plutôt qu’à leur talent.

La confrontation, bien que brève, a été mémorable. Pérec s’est approchée du dirigeant de L’Équipe et lui a dit, sans détour, que ce qu’il avait fait était “lamentable”. La conversation a escaladé, et dans un moment de rage et de frustration, Pérec a lancé une phrase qui est restée dans les mémoires : “Allez, cassez-vous, cassez-vous. De toute façon, on sait déjà ce que vous allez faire dans votre prochain numéro, vous allez montrer mon cul.” Cette phrase, d’une franchise dévastatrice, a résumé son sentiment de trahison et a mis en lumière la misogynie latente dans une industrie qui se prétendait impartiale.

Dans “C à vous” sur France 5, Marie-José Pérec a dénoncé la photo sexiste  dans le journal “L'Équipe” après sa médaille d'or aux championnats du  monde: “On me répond que j'ai de

Cette confrontation n’était pas seulement une affaire personnelle pour Marie-José Pérec. C’était une déclaration. C’était un acte de résistance contre un système qui objectivait les femmes et dévalorisait leurs réalisations. Elle a refusé d’être réduite à un simple corps sur une photo, exigeant d’être reconnue pour l’athlète qu’elle était, pour son courage et pour sa force. Son histoire est un rappel poignant que, même au sommet de la gloire, le sexisme peut encore se cacher. Elle a sacrifié un moment de pure célébration pour se battre pour sa dignité, et c’est une victoire bien plus précieuse que n’importe quelle médaille d’or.

Aujourd’hui, l’histoire de Marie-José Pérec est un exemple puissant de ce que signifie être une femme forte dans le sport. Elle nous rappelle que le respect ne se gagne pas seulement sur le terrain, mais aussi en dehors, en défendant ses valeurs et en ne laissant personne définir qui l’on est. Son combat contre L’Équipe a ouvert la voie à de nombreuses discussions sur le sexisme dans les médias sportifs et a encouragé d’autres athlètes à se dresser contre l’injustice. L’héritage de Marie-José Pérec ne se limite pas à ses records et ses médailles, mais s’étend à son courage de dénoncer l’inacceptable, faisant d’elle une véritable championne de l’humanité.