Disparition de Shirley et Dino : Patrick Sébastien exprime son émotion

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Ils étaient les rois du kitsch, les chouchous de Patrick Sébastien et une présence incontournable du petit écran français au début des années 2000. Avec leurs perruques improbables, leurs costumes à paillettes et leur humour faussement naïf, Shirley et Dino, incarnés par Corinne et Gilles Benizio, ont conquis le cœur de millions de Français. Puis, presque aussi subitement qu’ils étaient apparus, ils se sont évanouis de la scène médiatique, laissant derrière eux un public perplexe. Fin de carrière ? Désaccord ? Loin de là. Le duo n’a pas disparu ; il s’est réinventé de la manière la plus inattendue qui soit, troquant les sketchs populaires pour les ors et la rigueur de la mise en scène d’opéra.

L’Ascension d’un Duo Inclassable

Pour comprendre le choc de leur reconversion, il faut se souvenir de l’ampleur du phénomène Shirley et Dino. Corinne et Gilles Benizio se rencontrent sur les bancs de l’université de théâtre à Paris en 1982. Passionnés par le music-hall et le burlesque, ils fondent leur compagnie, Achille Tonic, et créent en 1988 les personnages de Shirley et Dino. Elle, Shirley, est une créature exubérante à la choucroute blonde et à l’accent pieds-noirs caricatural, naïve mais pleine d’une énergie communicative. Lui, Dino, est son cousin un peu benêt, chanteur à la voix de velours et au regard lunaire, toujours tiré à quatre épingles dans son costume trop serré.

Leur humour, un mélange de tendresse, d’absurde et de gags visuels, fait mouche. Après des années à peaufiner leurs spectacles sur des scènes plus confidentielles, leur carrière explose lorsqu’ils sont repérés par Patrick Sébastien. L’animateur, flairant le potentiel comique immense du duo, en fait des piliers de son émission “Le plus grand cabaret du monde”. Chaque apparition est un triomphe. Les Français se prennent d’affection pour ce couple à la ville comme à la scène, dont les sketchs deviennent des classiques instantanés. Le succès est total : leur DVD se vend à plus d’un million d’exemplaires, et en 2003, la profession les consacre en leur décernant le Molière du meilleur spectacle de sketches pour “Le Duo”.

Le Poids de la Gloire et des Personnages

Shirley et Dino : Patrick Sébastien annonce une mauvaise nouvelle, la  disparition du duo

Cependant, derrière les rires et les applaudissements, une lassitude s’installe. Les personnages de Shirley et Dino, si attachants soient-ils, deviennent progressivement une prison dorée. Comme l’expliquait Patrick Sébastien bien des années plus tard, Corinne et Gilles “en avaient marre”. La perruque de Shirley et le costume de Dino étaient devenus des uniformes lourds à porter, les cantonnant à un registre dont ils peinaient à s’extraire. Le succès populaire a un prix : celui d’être enfermé dans une image, une attente constante du public qui ne veut voir que les facettes qu’il connaît.

Le duo sentait le risque de devenir une caricature de lui-même, de tourner en rond artistiquement. Ils auraient pu, comme le souligne un proche, “tourner plus longtemps” et capitaliser sur leur immense popularité. Mais pour ces “vrais artistes”, l’intégrité et le besoin de renouvellement étaient plus forts que les sirènes de la facilité. La décision est prise : il est temps de dire adieu à Shirley et Dino, non pas pour prendre leur retraite, mais pour entamer un second acte, plus personnel et plus audacieux, loin des projecteurs de la télévision.

Une Renaissance Inattendue sur la Scène Lyrique

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Le nouveau terrain de jeu de Corinne et Gilles Benizio sera l’un des plus exigeants et, a priori, des plus éloignés de leur univers : l’opéra. Cette transition, qui peut sembler radicale, est en réalité le fruit d’une passion profonde pour le spectacle vivant sous toutes ses formes. Leur amour pour le music-hall, le théâtre et la scénographie trouve un écho naturel dans l’art total qu’est l’opéra.

Leur première grande mise en scène, King Arthur de Purcell en 2008, est un pari. Mais ils y injectent ce qui a fait leur succès : une fantaisie débridée, un sens du burlesque et une tendresse infinie pour les personnages, le tout au service de la musique. Le résultat est acclamé par la critique, qui découvre un duo capable de dépoussiérer les classiques avec intelligence et respect. C’est le début d’une nouvelle carrière prolifique.

Au fil des ans, ils enchaînent les productions prestigieuses : Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier, La Fille du régiment de Donizetti, ou encore le chef-d’œuvre de Rameau, Platée. Pour ce dernier, leur travail est salué comme une “production haute en couleur où le rire est communicatif”. Ils transposent l’histoire de la grenouille dans un univers rappelant un Rio de Janeiro carnavalesque, peuplé de figures almodovariennes, prouvant leur capacité à créer des mondes visuels forts et cohérents. Leur approche est claire : utiliser l’humour et le décalage non pas pour se moquer de l’œuvre, mais pour en révéler la modernité et l’humanité.

Plus récemment, ils s’attaquent à des monuments comme Turandot de Puccini, qu’ils transforment en une épopée d’heroic fantasy. Leur signature est désormais reconnue dans le milieu lyrique : un mélange de féérie, de poésie et d’humour, toujours ancré dans une direction d’acteurs précise et une compréhension fine des livrets.

Aujourd’hui, Corinne et Gilles Benizio sont des metteurs en scène d’opéra respectés et demandés. Ils continuent de monter sur scène, mais à leur manière, participant à des festivals et des projets qui leur tiennent à cœur, libérés du fardeau de leurs alter ego. Leur parcours est une leçon magistrale sur la liberté artistique. En osant tuer les personnages qui les ont rendus célèbres, ils n’ont pas seulement sauvé leur âme d’artistes ; ils ont prouvé que le talent, lorsqu’il est authentique, peut s’épanouir dans les jardins les plus inattendus. Shirley et Dino sont peut-être morts, mais Corinne et Gilles sont plus vivants que jamais.