VIDÉO - Jacques Dutronc sans filtre dans "Sept à Huit" : la version longue  de sa rare interview | TF1 Info

Depuis plus de cinquante ans, leur amitié semblait inaltérable. Une fraternité forgée dans la fumée des studios, la lumière brûlante des projecteurs et l’intimité des coulisses. Eddy Mitchell et Jacques Dutronc n’étaient pas seulement deux monuments de la chanson française : ils formaient un lien rare, solide, presque indestructible. Jusqu’à ce silence. Trois semaines sans nouvelles. Trois semaines qui ont suffi à faire vaciller une certitude vieille d’un demi-siècle.

Lorsque Eddy Mitchell accepte enfin de briser le silence, ses mots tombent comme un aveu à demi-mot. Pas d’effet d’annonce. Pas de déclaration dramatique. Juste une phrase, sobre, presque anodine en apparence : il n’a plus de nouvelles de Jacques Dutronc depuis trois semaines. Pour le grand public, cela pourrait sembler dérisoire. Pour deux hommes qui se parlaient chaque semaine, c’est une rupture. Un signal. Une alerte.

Jacques Dutronc, retiré en Corse, entouré de ses chats, a toujours cultivé une forme de distance élégante, presque sauvage. Un homme pudique, ironique, rarement expansif. Mais ce silence prolongé intrigue, dérange, inquiète. Car il ne ressemble pas à Jacques. Et Eddy Mitchell le sait mieux que quiconque.

Derrière la voix grave, le regard retenu, on perçoit une fissure. Eddy, habituellement maître de ses émotions, laisse transparaître une inquiétude qu’il ne cherche même plus à masquer. Ce n’est pas seulement l’absence d’un appel qui le trouble. C’est ce qu’elle pourrait signifier. À 82 ans, chaque silence prend un poids nouveau. Chaque absence peut cacher une fragilité.

Ce malaise est d’autant plus poignant qu’il réveille des souvenirs encore douloureux. Eddy Mitchell a déjà connu la perte. Johnny Hallyday n’est plus là. Le triangle mythique des Vieilles Canailles s’est déjà brisé une fois. Et aujourd’hui, il redoute peut-être de voir un autre pilier s’éloigner, lentement, silencieusement.

Lorsqu’il évoque Jacques, Eddy ne parle jamais d’un simple confrère. Il parle d’un frère d’âme. D’un compagnon de route avec lequel il a traversé les renaissances artistiques, les tempêtes, les éclats de rire et les fatigues cachées. Il se souvient de la tournée des Vieilles Canailles en 2014, devenue légendaire. À l’époque, Jacques dormait souvent, racontait-il avec tendresse et humour. Une anecdote qui faisait sourire. Mais aujourd’hui, elle résonne autrement.

À l’époque, l’attention était tournée vers Johnny, déjà miné par la maladie. Jacques, lui, semblait juste discret, un peu fatigué, fidèle à son flegme. Pourtant, Eddy avait remarqué ce déclin léger, cette fatigue sourde. Un signe que l’on n’a pas voulu voir. Ou pas voulu nommer.

Aujourd’hui, ce silence de trois semaines agit comme un écho troublant. Comme si Eddy reliait enfin les points. Et cette prise de conscience le bouleverse. Car il sait que Jacques n’est pas homme à disparaître par négligence. S’il se tait, c’est peut-être qu’il n’en a plus la force. Ou qu’il traverse quelque chose qu’il préfère garder pour lui.

Ce renversement de rôles est d’autant plus déstabilisant qu’il y a quelques mois à peine, la situation était inversée. Eddy Mitchell lui-même avait disparu des radars, frappé par une série impressionnante de problèmes de santé : deux pneumonies, une rechute, une erreur de diagnostic, une hospitalisation, une chute qui lui fracture le bras. Une année noire. À ce moment-là, c’était Jacques qui prenait des nouvelles.

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Aujourd’hui, Eddy va mieux. Il revient. Il réédite un quarantième album. Il avance. Mais il ne parvient pas à comprendre ce silence prolongé de son ami. Et cette incompréhension ravive une peur plus intime : celle de voir le temps faire son œuvre, inexorablement.

Dans ses paroles, il n’y a ni accusation ni reproche. Seulement une attente. Une espérance. Une inquiétude retenue. Eddy Mitchell a appris, à travers la maladie, que chacun mène ses combats à sa manière. Certains parlent. D’autres se taisent. Jacques Dutronc a toujours été de ceux qui se retirent plutôt que d’exposer leurs fragilités.

Ce silence devient alors un objet presque philosophique. Il interroge ce que signifie vieillir ensemble. Ce que devient l’amitié quand les corps faiblissent et que les mots se font rares. À cet âge, l’amitié n’est plus faite de présence constante. Elle devient mémoire, confiance, patience.

Eddy semble désormais prêt à accepter cette vérité. À attendre sans exiger. À tendre la main sans la forcer. Son inquiétude demeure, mais elle se teinte d’une sagesse nouvelle, née de ses propres épreuves. Il sait désormais que le silence n’est pas toujours un adieu. Parfois, c’est une respiration. Un repli nécessaire.

Mais la question reste suspendue, obsédante : que se passe-t-il réellement derrière les portes closes de la maison corse de Jacques Dutronc ? Pourquoi ce silence inhabituel ? Et que découvrira Eddy Mitchell lorsqu’il parviendra enfin à joindre son ami ?

Ce qui bouleverse le public, ce n’est pas seulement l’inquiétude pour Jacques Dutronc. C’est de voir Eddy Mitchell, figure solide, presque indestructible, laisser apparaître sa fragilité. Cette faille humaine rappelle une vérité universelle : même les légendes vieillissent. Même les icônes doutent. Même les amitiés les plus fortes peuvent être mises à l’épreuve par le silence.

Eddy Mitchell sort de son silence concernant l'état de santé inquiétant de Jacques  Dutronc - YouTube

Et au-delà des chansons, des tournées mythiques et de la gloire, ce sont deux hommes qui s’inquiètent l’un pour l’autre. Deux hommes confrontés au temps, à la santé, à l’absence. Une histoire profondément humaine, qui résonne bien au-delà du monde de la musique.

Car derrière chaque silence, il y a souvent une vie qui continue. Et parfois, il suffit d’attendre pour que la voix revienne.