Héritage Delon : la fratrie s’unit contre l’exécuteur testamentaire Christophe Ayela

Héritage Delon : décision choc au tribunal - Public

La guerre autour de la succession d’Alain Delon, icône du cinéma français disparu en juillet 2024, prend une nouvelle tournure judiciaire. Selon les révélations de Paris Match, confirmées par plusieurs sources proches du dossier, la cour de justice de Genève a déclaré recevable l’appel déposé par Anthony et Alain-Fabien Delon, visant à contester le rôle attribué à l’avocat Christophe Ayela en tant qu’exécuteur testamentaire.
Une première victoire procédurale pour les deux fils cadets de l’acteur, qui entendent obtenir la destitution de celui qui fut longtemps le conseil juridique de leur père, mais qui, selon eux, se trouve désormais en situation de conflit d’intérêts.


Un héritage placé sous haute tension

Depuis la mort d’Alain Delon, figure tutélaire surnommée le “Samouraï”, ses héritiers se livrent à une lutte sans merci pour défendre leurs intérêts et leur vision de l’héritage. La succession s’annonce d’autant plus complexe qu’elle implique un patrimoine considérable, réparti entre la France et la Suisse, et une famille recomposée aux relations parfois orageuses.

À la tête de cette bataille se trouve Christophe Ayela, avocat expérimenté et ami de longue date de l’acteur. C’est lui que Delon avait désigné comme exécuteur testamentaire, chargé d’assurer la bonne application de ses dernières volontés. Mais ce choix, qui aurait pu garantir une transition apaisée, est aujourd’hui devenu le cœur d’un conflit familial explosif.


Les accusations des fils cadets

Pour Anthony et Alain-Fabien, la présence d’Ayela dans ce rôle pose plusieurs problèmes majeurs. D’abord, rappellent-ils, l’avocat n’était plus le conseil d’Alain Delon depuis 2024, soit quelques mois avant le décès de ce dernier. Un détail juridique qui pourrait peser lourd : si le testament avait été rédigé antérieurement, il n’en reste pas moins que l’acteur, dans ses derniers mois, n’était plus représenté par Ayela.

Ensuite, les deux frères dénoncent un conflit d’intérêts manifeste. En effet, l’avocat a été par le passé le conseil juridique d’Anouchka Delon, leur demi-sœur, dans un différend qui l’opposait directement à ses frères. Une double casquette qui nourrit leurs soupçons : comment Ayela pourrait-il, selon eux, agir en toute impartialité dans le règlement de la succession, alors qu’il a défendu par le passé l’une des parties contre les deux autres ?

Enfin, ils reprochent à l’avocat des tentatives de répartition inéquitable des charges successorales, notamment en voulant faire peser sur leurs épaules seules certains droits fiscaux. À cela s’ajoutent des propos jugés diffamatoires qu’il aurait tenus à leur encontre, ce qui n’a fait qu’aggraver une relation déjà profondément détériorée.

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Une plainte d’abord rejetée, puis jugée recevable en appel

Face à ces griefs, Anthony et Alain-Fabien ont décidé de saisir la justice civile suisse il y a plusieurs mois pour demander la destitution de l’exécuteur testamentaire.
Dans un premier temps, la justice de paix suisse avait décliné sa compétence, estimant ne pas pouvoir juger cette affaire. Mais en appel, la cour de justice de Genève a finalement tranché : elle se reconnaît compétente et accepte d’examiner la plainte sur le fond.

Une décision qualifiée de victoire d’étape par les deux frères, qui y voient la reconnaissance de la légitimité de leurs arguments. Pour autant, Christophe Ayela demeure à ce jour l’exécuteur testamentaire officiel de la succession Delon, en attendant que la justice tranche définitivement.


La réaction de l’avocat : appel à l’apaisement

Conscient du climat délétère qui entoure cette affaire, Christophe Ayela a pris la parole publiquement le 3 septembre dernier sur le plateau de BFMTV, face au journaliste Marc Fauvelle.
Loin d’adopter une posture combative, il a au contraire appelé à la conciliation, exhortant la fratrie Delon à “transiger” pour éviter que le conflit familial ne se transforme en guerre ouverte devant les tribunaux.

Avec une pointe de provocation, il a rappelé que le premier héritier de cette succession n’était autre que le fisc français, soulignant l’importance des droits de succession dans un dossier d’une telle ampleur.
Il a également évoqué la question des enfants d’Ari Boulogne, le fils illégitime longtemps contesté par Delon mais reconnu par la justice française en 2019. Selon Ayela, ces héritiers pourraient jouer un rôle non négligeable dans la répartition du patrimoine, ce qui ajoute une dimension supplémentaire à un dossier déjà complexe.


Un héritage aux multiples enjeux

L’héritage Delon ne se résume pas à une simple question d’argent. Au-delà de l’immense patrimoine immobilier et financier laissé par l’acteur, il s’agit aussi de préserver l’image et l’héritage symbolique d’une légende du cinéma.

Alain Delon, qui a incarné à l’écran la froideur élégante et le charisme magnétique, laisse derrière lui une empreinte culturelle considérable. Mais les déchirements familiaux risquent de ternir ce legs. Les querelles autour de sa succession rappellent tristement celles d’autres grandes figures, de Johnny Hallyday à Jean-Luc Godard, dont les héritages ont suscité batailles judiciaires et drames familiaux.

Coup de théâtre: le tribunal rend une décision impensable dans l'affaire d'héritage  DelonLes enfants, entre union et rivalités

Si Anthony et Alain-Fabien semblent aujourd’hui unis dans leur combat contre Ayela, la fratrie Delon a longtemps été divisée. Anouchka, la fille chérie du comédien, a entretenu une relation privilégiée avec son père, notamment durant les dernières années de sa vie en Suisse. Elle apparaît donc comme une figure incontournable de la succession, ce qui peut générer tensions et ressentiments.

La possible reconnaissance des enfants d’Ari Boulogne, décédé en 2023, pourrait également rebattre les cartes. Même si Alain Delon n’a jamais reconnu ce fils, la justice française a tranché en faveur de sa filiation. Si cette décision est validée en Suisse, les enfants d’Ari pourraient prétendre à une part de l’héritage, compliquant encore davantage une équation familiale déjà explosive.


Et maintenant ?

La décision de la cour de justice de Genève ne met pas un terme au conflit, mais elle ouvre une nouvelle phase : le traitement au fond de la plainte des fils Delon.
Les juges devront déterminer si les arguments avancés – perte de statut d’avocat, conflit d’intérêts, propos diffamatoires, gestion contestée des droits successoraux – justifient ou non la destitution de Christophe Ayela.

D’ici là, l’avocat reste en fonction et continue d’assurer son rôle, dans un climat de méfiance généralisée.
Pour les observateurs, ce bras de fer illustre une fois de plus combien les grandes successions sont souvent des champs de bataille familiaux, où se mêlent intérêts financiers, blessures affectives et règlements de comptes.


Conclusion : un feuilleton judiciaire loin d’être clos

L’héritage Delon, à l’image de la carrière de l’acteur, semble promis à un scénario digne d’un film noir : trahisons, alliances de circonstance, tensions familiales et rebondissements judiciaires.

La recevabilité de la plainte d’Anthony et d’Alain-Fabien constitue un épisode important, mais certainement pas le dernier.
La suite dépendra des juges genevois, mais aussi de la capacité – ou non – des héritiers à dépasser leurs rancunes pour honorer la mémoire d’un père qui, malgré ses zones d’ombre, restera à jamais une légende du cinéma mondial.