Isabelle Ithurburu : de la pelouse du rugby au 13 Heures de TF1, une reconversion sous tension mais couronnée de succèsIsabelle Ithurburu, l'énorme frayeur

Il y a des transitions professionnelles qui se font en douceur, presque naturellement. Et puis il y a celles qui s’accompagnent d’un vertige, d’un doute, d’une peur de ne pas être à la hauteur. Isabelle Ithurburu appartient sans doute à la seconde catégorie. Ancienne figure incontournable du Canal Rugby Club, la journaliste et animatrice a connu un été 2023 particulièrement intense, à la croisée de ses deux univers : le ballon ovale, son domaine de prédilection, et l’information, avec la présentation du mythique 13 Heures de TF1. Entre trac, stress et triomphe inattendu, son parcours illustre à merveille la capacité d’une personnalité médiatique à se réinventer.


Un retour aux origines grâce au rugby

Pour les amateurs de sport, Isabelle Ithurburu reste avant tout la voix et le visage du rugby à la télévision. Paloise de naissance, ancrée dans cette culture du Sud-Ouest où l’ovalie fait partie du quotidien, elle a su imposer son style singulier sur Canal+. Présentatrice du Canal Rugby Club pendant plus d’une décennie, elle a donné à l’émission une tonalité chaleureuse, passionnée et accessible, séduisant aussi bien les férus de mêlées que les téléspectateurs curieux.

Lorsque TF1 a obtenu les droits de diffusion de la Coupe du monde de rugby, il paraissait évident qu’Isabelle Ithurburu allait retrouver son premier amour. Cet automne, elle a ainsi repris les rênes de la présentation des matchs de l’équipe de France, renouant avec ce rôle qui l’a fait connaître et apprécier du grand public. Une manière pour elle de garder un lien privilégié avec l’univers sportif, même après son changement de cap professionnel.


L’été du grand saut vers l’information

Mais si Isabelle Ithurburu a beaucoup fait parler d’elle ces derniers mois, ce n’est pas uniquement en raison de la Coupe du monde. C’est surtout son arrivée sur la chaise du 13 Heures de TF1 qui a marqué un tournant majeur dans sa carrière. Un poste emblématique, occupé pendant plus de trente ans par Jean-Pierre Pernaut, et qui reste aujourd’hui encore le rendez-vous d’information le plus suivi en France.

Succédant à Jacques Legros dans le rôle de joker, Isabelle Ithurburu a assuré la présentation du JT de la mi-journée pendant près d’un mois et demi, en plein cœur de l’été. Un défi colossal : occuper un créneau historique, rassembler des millions de téléspectateurs à l’heure du déjeuner, et maintenir la confiance du public fidèle de TF1.

Le pari a été non seulement relevé, mais brillamment réussi. Le 21 juillet, près d’un téléspectateur sur deux était devant son écran : 49,5 % de part d’audience, un score que le journal n’avait plus atteint depuis le départ de Jean-Pierre Pernaut en décembre 2020. La semaine suivante, le succès s’est confirmé avec une moyenne de 46,5 % de parts de marché. Des chiffres que la première chaîne n’avait pas enregistrés depuis plus de dix ans.

Isabelle Ithurburu, des larmes et une catastrophe


Un triomphe teinté de modestie

Invitée sur le plateau de Quotidien quelques semaines plus tard, Isabelle Ithurburu a été interrogée sur ce succès fulgurant. Fidèle à son tempérament, elle a préféré garder la tête froide. « Parce que c’est l’été, il y avait peut-être des gens différents devant la télé », a-t-elle expliqué, refusant de tirer des conclusions hâtives. Elle a même insisté sur la nécessité de relativiser : « Ne nous emballons pas. »

Un discours de modestie qui tranche avec l’image parfois triomphante que l’on associe aux records d’audience. Pour la journaliste, ces résultats n’étaient pas uniquement le fruit de sa prestation, mais aussi d’un contexte favorable : la saison estivale, une programmation concurrente moins forte, et sans doute une certaine curiosité de la part des téléspectateurs, intrigués de voir l’ancienne présentatrice sportive s’essayer à un exercice aussi codifié que le JT.


« J’avais les pétoches » : l’aveu des coulisses

Derrière les sourires et la décontraction affichés à l’écran, la réalité était bien différente. Isabelle Ithurburu n’a jamais caché son appréhension avant de se lancer dans cette aventure. « C’était super, parce que j’avais les pétoches », a-t-elle confié sans détour.

Un aveu rare dans le milieu de la télévision, où l’on préfère souvent masquer le trac et l’angoisse. La journaliste a reconnu avoir ressenti un « gros stress », notamment en raison de la « grosse responsabilité » qui pesait sur ses épaules. Car présenter un JT, ce n’est pas seulement lire un prompteur : c’est incarner la crédibilité de la chaîne, être le relais de toute une rédaction, et s’adresser à plusieurs millions de Français chaque jour.

Heureusement, la transition s’est faite dans de bonnes conditions. Soutenue par les équipes de TF1 et rassurée par l’accueil positif du public, elle a rapidement trouvé ses marques. « Ça fait plaisir, j’ai vu beaucoup de sourires », a-t-elle raconté, laissant transparaître un soulagement bien compréhensible.

Isabelle Ithurburu, ça commence très mal


Une animatrice aux multiples facettes

Si Isabelle Ithurburu a réussi à séduire au JT, c’est sans doute parce qu’elle n’arrive pas en novice dans l’univers du divertissement et de l’information grand public. En parallèle de ses activités sportives, elle anime déjà chaque week-end 50’ Inside, le magazine people et culturel de TF1. Une émission où elle a pu développer un autre registre, plus axé sur l’entertainment, mais toujours avec son naturel et sa proximité.

Cette polyvalence constitue sa grande force : capable d’alterner entre un décryptage sérieux de l’actualité et un reportage glamour sur les stars, entre un plateau de rugby et une édition spéciale, elle illustre parfaitement la nouvelle génération d’animateurs-journalistes hybrides.


Une trajectoire qui inspire

Le parcours d’Isabelle Ithurburu illustre aussi une tendance plus large dans les médias français : celle de l’hybridation des carrières. Les frontières entre sport, information et divertissement s’estompent, et les personnalités capables de naviguer entre ces univers trouvent de nouvelles opportunités.

En acceptant de relever le défi du 13 Heures, elle a prouvé qu’une reconversion est possible, même dans un domaine exigeant et scruté comme l’information télévisée. Et surtout, elle a rappelé que derrière chaque performance réussie, il y a souvent des doutes, des craintes et une bonne dose de courage.


Et maintenant ?

Alors que Marie-Sophie Lacarrau reste la titulaire du 13 Heures, l’expérience d’Isabelle Ithurburu ouvre des perspectives pour l’avenir. Son rôle de joker pourrait se prolonger, et son nom circule déjà comme une figure incontournable de TF1. Avec la Coupe du monde de rugby, 50’ Inside et ses apparitions remarquées au JT, elle s’impose comme l’un des visages féminins les plus emblématiques de la chaîne.

Loin de s’endormir sur ses lauriers, la Paloise continue de tracer sa route, oscillant entre passion sportive et rigueur journalistique. Et si elle avoue encore avoir « les pétoches » avant de s’installer sur le fauteuil du JT, son succès démontre qu’elle a désormais gagné sa place parmi les grandes figures de l’audiovisuel français.

Photo : Isabelle Ithurburu - Le XV de France affrontait l'Australie (41-17)  au Stade de France, pour sa dernière rencontre de préparation avant le  match d'ouverture du Mondial contre la Nouvelle-Zélande le