Jacques Legros, le retour en liberté : confidences d’un journaliste passé du 13 Heures à Estelle Midi

Elle m'a battu à plate couture..." : Jacques Legros encense sa remplaçante Isabelle  Ithurburu | Télé 7 Jours

À 73 ans, Jacques Legros aurait pu choisir de profiter d’une retraite bien méritée, loin des plateaux de télévision et de l’effervescence médiatique. Après plus de quarante années passées dans l’audiovisuel, dont de longues années à tenir les rênes du 13 Heures de TF1 comme joker de Jean-Pierre Pernaut puis de Marie-Sophie Lacarrau, le journaliste avait officiellement fait ses adieux au journal le 9 mai dernier. Ce départ, présenté comme une page qui se tourne, devait marquer le début d’une vie plus calme, à l’écart de la frénésie parisienne.

Mais Jacques Legros n’a jamais été homme à rester longtemps inactif. Quelques mois seulement après cette annonce, le voilà déjà de retour devant les caméras. Depuis le 25 août, il a rejoint l’équipe d’Estelle Midi, émission diffusée sur RMC et présentée par Estelle Denis. Cette fois, ce n’est plus en présentateur de journal télévisé qu’on le retrouve, mais en chroniqueur libre de ses interventions. Une nouvelle expérience qu’il savoure pleinement, comme il l’a confié à nos confrères de TV Mag.


Un nouveau rôle qui rime avec liberté

Pour Legros, ce changement n’est pas seulement une évolution professionnelle, c’est presque une libération. Dans son entretien, il explique combien le cadre du journal télévisé, aussi prestigieux et fédérateur soit-il, impose des codes rigides. La neutralité, la distance, l’objectivité stricte sont des obligations que tout présentateur se doit de respecter.

« Dans les journaux télévisés que j’avais l’habitude de présenter, c’était très codifié et neutre », raconte-t-il. « Là, j’ai davantage de liberté, je peux m’engager un petit peu plus et être plus citoyen que journaliste par moments. »

Un aveu qui dit beaucoup sur l’envie de l’homme de s’exprimer autrement, après une carrière passée à incarner la rigueur et le sérieux de l’information. Dans Estelle Midi, il n’est plus le visage solennel qui annonce les nouvelles du jour, mais une voix qui donne son avis, partage son ressenti, débat avec d’autres chroniqueurs. Cette proximité avec le public, moins hiératique et plus humaine, semble lui convenir parfaitement.


Un regard bienveillant sur sa succession au 13 Heures

Quitter le 13 Heures n’a pas pour autant signifié couper tout lien avec ce rendez-vous mythique de la télévision française. Cet été, Isabelle Ithurburu a assuré l’intérim du JT de TF1. Une mission dont elle s’est acquittée avec brio, selon Legros lui-même.

« J’ai regardé quelques-uns de ses 13 Heures en replay depuis les États-Unis, j’étais son plus fervent soutien », confie-t-il. « Elle a accompli sa mission haut la main, elle m’a battu à plate couture sur les audiences et j’en étais sincèrement heureux. Je me suis dit : quel bon choix. »

Loin de toute amertume, le journaliste s’est montré admiratif devant celle qui a su conquérir les téléspectateurs. Un passage de témoin qui s’est fait dans la continuité et la bienveillance, à l’image de ce qu’il représente lui-même : un professionnel respecté, mais aussi un homme généreux.

Je n'ai aucun conseil à lui donner” : Jacques Legros succédé par Isabelle  Ithurburu au 13h de TF1, il réagit | Télé 7 Jours


L’éthique du 13 Heures : transmettre plus qu’un journal

Au-delà des chiffres d’audience et du succès personnel d’Isabelle Ithurburu, Jacques Legros insiste sur l’importance de l’esprit qui doit continuer à animer le 13 Heures de TF1. Selon lui, ce journal a toujours été plus qu’un simple rendez-vous d’actualité.

« J’ai eu l’occasion de discuter longuement avec Isabelle, je lui ai expliqué quelle était l’éthique du 13 Heures et cette notion fondamentale de proximité avec les téléspectateurs », explique-t-il.

Pour lui, présenter le 13 Heures, ce n’est pas seulement aligner les informations de la journée, mais incarner une certaine humanité. « Il faut être journaliste, évidemment, dans la production du journal et dans sa présentation. Et il faut aussi être hyper humain dans son ressenti. L’humain doit traverser le poste et la caméra pour arriver à être senti chez les gens. Il faut être à leur portée et comme eux, tout simplement. »

Cette approche explique sans doute pourquoi le 13 Heures a longtemps été le journal préféré des Français, sous l’ère Pernaut comme sous celle de Legros. Et elle éclaire aussi le succès immédiat d’Isabelle Ithurburu, qui a su s’inscrire dans cette lignée.


De l’information à l’opinion : une transition assumée

Le parcours récent de Jacques Legros illustre une évolution plus large du rôle des journalistes à la télévision. Alors que l’actualité s’accélère et que les canaux de diffusion se multiplient, la distinction entre l’information brute et l’analyse s’affine.

Legros, qui a incarné pendant des décennies le journalisme de neutralité, choisit désormais la voie de l’opinion. En rejoignant Estelle Denis, il s’autorise à commenter, à débattre, à exprimer une subjectivité qu’il gardait jusqu’alors pour lui. Ce virage, il le revendique, sans jamais renier ce qu’il a représenté au JT.

Cette double casquette — celle de l’homme d’information et celle de l’homme de débat — lui donne une légitimité particulière. Il peut à la fois partager l’expérience de ses quarante ans de métier et se permettre une liberté de ton que le cadre institutionnel du 13 Heures ne lui permettait pas.


Un journaliste proche du public

Ce qui ressort de ses propos, c’est une conception du métier centrée sur l’humain. Legros insiste sur l’importance de parler « avec » les téléspectateurs plutôt que de simplement parler « à » eux. Cette philosophie, il l’applique désormais sur un autre registre, en se rapprochant encore davantage du public.

Loin du carcan d’un JT qui rassemble chaque jour des millions de personnes dans un rendez-vous unique, il choisit un format plus interactif, plus ancré dans le quotidien des auditeurs et téléspectateurs de RMC. On y discute de sujets de société, on y échange des points de vue, on y croise des personnalités aux opinions tranchées. Un terrain idéal pour un journaliste qui n’a plus rien à prouver et qui souhaite continuer à exister dans le débat public autrement.

Surprise, Jacques Legros claque la porte du JT de 13h sur TF1... et sa  remplaçante est déjà trouvée ! - TV ACTU by AlloCiné


Une carrière marquée par la fidélité et la passion

Si Jacques Legros peut aujourd’hui se permettre ce luxe de la liberté, c’est parce qu’il a derrière lui une carrière impressionnante. Fidèle à TF1 pendant de longues années, il a su gagner la confiance du public comme celle de ses confrères. Son rôle de joker, qu’il a occupé avec constance et humilité, l’a rendu familier à des millions de Français sans jamais chercher à occulter la figure tutélaire de Jean-Pierre Pernaut.

Lorsqu’il a pris congé du 13 Heures, il a insisté sur la nécessité de laisser la place aux jeunes. Mais il n’a pas pour autant renoncé à son envie de travailler, de transmettre et de débattre. Sa passion pour la radio, qu’il avait évoquée lors de son départ, trouve aujourd’hui une résonance naturelle dans son engagement à RMC.


Conclusion : un nouveau chapitre, mais la même passion

À l’heure où beaucoup choisissent le repos, Jacques Legros continue de se réinventer. Ni nostalgique, ni désabusé, il aborde cette nouvelle étape avec enthousiasme. Son regard bienveillant sur Isabelle Ithurburu témoigne d’un esprit de transmission rare dans un milieu souvent compétitif. Sa participation à Estelle Midi révèle, quant à elle, une soif intacte d’échanges et de partage.

Libre, plus que jamais, Jacques Legros ne présente peut-être plus le 13 Heures, mais il reste fidèle à ce qui a toujours guidé sa carrière : parler aux gens, avec sincérité et humanité.