Anne-Claire Coudray : après dix ans au 20h de TF1, la réflexion sur l’avenir

Je ne serais plus là… » : Anne-Claire Coudray évoque son départ du JT de TF1  - Public

Il y a dix ans, le visage de l’information sur TF1 changeait brutalement. En septembre 2015, Claire Chazal quittait sans préavis le fauteuil qu’elle avait occupé pendant vingt-quatre années, marquant des générations de téléspectateurs. C’est alors une autre journaliste de la maison, Anne-Claire Coudray, qui se retrouvait propulsée à la tête du journal de 20 heures, ce rendez-vous incontournable de l’actualité en France.

Aujourd’hui, dix ans plus tard, celle qui a su imposer son style et son ton fête cette décennie de présentation, mais réfléchit déjà à la suite. Dans un entretien accordé à TV Mag le 4 septembre 2025, elle évoque sans détour les doutes, les envies et les limites d’un exercice aussi prestigieux qu’exigeant.


Une trajectoire fulgurante

Lorsque Anne-Claire Coudray arrive à la tour TF1 en 2012, elle n’a que 35 ans. À l’époque, elle n’est pas encore la figure emblématique du 20h mais la remplaçante, le « joker » attitré de Claire Chazal. Avant cela, son parcours s’est construit loin des projecteurs, sur le terrain.

Reporter, grand reporter, envoyée spéciale, elle a arpenté le monde, souvent dans des conditions difficiles, pour raconter l’actualité au plus près. Cette école du reportage lui a appris la rigueur, la curiosité et le goût de l’imprévu. Elle s’y est forgé une réputation de professionnelle investie et courageuse.

Mais en 2015, tout bascule : TF1 choisit de tourner la page Chazal et de confier le 20h à une nouvelle voix. Anne-Claire Coudray, discrète mais déterminée, relève alors le défi. Dix ans plus tard, son nom est indissociable du rendez-vous d’information le plus regardé de France.


Un métier qui exige tout

Si le prestige du fauteuil du 20h est indéniable, la journaliste n’élude pas la part de sacrifice qu’il implique. « C’est un métier qui nécessite vraiment d’avoir la niaque », confie-t-elle. Chaque soir, l’antenne impose un haut niveau de concentration et d’énergie. Rien n’est jamais acquis : il faut se réinventer, trouver le bon ton, ne pas se laisser emporter par la routine.

Anne-Claire Coudray le sait, cette exigence ne faiblira pas avec le temps. Et si elle estime avoir encore de l’élan aujourd’hui, elle se refuse à s’imaginer encore en place dans dix ans : « Je suis même sûre du contraire », assure-t-elle.

À travers cet aveu, on comprend que la présentatrice garde une vision lucide sur son rôle. Elle sait que les figures médiatiques, aussi populaires soient-elles, ne sont pas éternelles. Claire Chazal, Jean-Pierre Pernaut, Jacques Legros : tous ont incarné un moment de l’histoire de TF1, mais tous ont dû passer la main.

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Le terrain, une passion toujours vive

Ce qui transparaît surtout dans ses confidences, c’est la nostalgie du terrain. « Le terrain me manque, forcément », dit-elle sans détour. C’est là qu’elle a découvert le métier, qu’elle a ressenti la richesse et l’intensité du journalisme.

Pour autant, elle sait qu’il serait difficile de reprendre une place dans une rédaction comme si rien ne s’était passé. Son visage, connu de millions de Français, l’empêche de redevenir une reporter anonyme parmi d’autres. « Je ne crois pas qu’il soit possible de retourner dans un service de la rédaction quand vous êtes une figure connue », admet-elle.

Cela ne veut pas dire qu’elle renonce à l’idée de renouer avec le reportage. Mais elle imagine un retour « différent », peut-être sous la forme de documentaires ou de grands formats, où sa notoriété deviendrait un atout plutôt qu’un frein.


L’équilibre personnel, une autre clé

Au fil de sa carrière, la vie personnelle a aussi pesé dans ses choix. Sa maternité, notamment, a été un moment charnière : « La sédentarisation s’est imposée un peu à moi », reconnaît-elle. Présenter le 20h, c’était aussi trouver une stabilité après des années de déplacements permanents.

Aujourd’hui, alors que ses enfants grandissent, la question se repose différemment. Retrouver une forme de liberté professionnelle, sortir du cadre rigide du JT, redevient une tentation. Elle ne ferme aucune porte, consciente que l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle doit rester au cœur de ses décisions.


Un départ inéluctable

La journaliste ne se voile pas la face : rester trop longtemps à l’antenne peut nuire autant au présentateur qu’au programme. « À un moment donné, il faudra que ça s’arrête », affirme-t-elle avec une honnêteté désarmante.

Passer la main, c’est toujours douloureux, car cela implique une remise en question profonde. Mais c’est aussi nécessaire pour permettre au JT de se renouveler et au public de découvrir de nouvelles voix. « On doit sentir au fond de soi quand on ne fait plus l’affaire », résume-t-elle.

Cette lucidité est rare dans un milieu où la tentation de s’accrocher est forte. Elle témoigne du rapport sain qu’Anne-Claire Coudray entretient avec son métier et son image.


La confiance du public

Si elle s’interroge sur son avenir, une chose est certaine : depuis dix ans, Anne-Claire Coudray a su convaincre les téléspectateurs. Son sérieux, son empathie et son naturel lui ont permis d’imposer un style personnel, différent de celui de ses prédécesseurs, mais tout aussi apprécié.

Les audiences du 20h de TF1 restent solides, et sa présence à l’écran est devenue un repère dans la vie quotidienne de millions de Français. Elle mesure cette responsabilité, mais elle refuse de la transformer en prison dorée.

« Je resterai tant que l’on voudra bien de moi », dit-elle. Mais la décision ne dépend pas seulement de la direction de la chaîne : elle appartient aussi à elle-même, à son énergie, à son envie de continuer.

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L’après, déjà en toile de fond

Alors, que fera Anne-Claire Coudray après le 20h ? Personne ne le sait vraiment, pas même elle. Mais plusieurs pistes se dessinent. Le documentaire, le grand reportage, peut-être l’écriture : autant de voies où elle pourrait mettre à profit son expérience et sa notoriété.

Une chose est sûre : elle n’imagine pas disparaître complètement de l’univers médiatique. Sa passion pour l’information et pour les histoires humaines demeure intacte. Mais elle se voit davantage revenir à une forme de journalisme plus incarné, plus proche du terrain qu’elle affectionne tant.


Dix ans, un cycle accompli

En célébrant ses dix ans au 20h, Anne-Claire Coudray ne signe pas la fin d’une histoire, mais elle en ouvre une nouvelle page. Elle incarne une génération de journalistes qui savent qu’une carrière n’est pas linéaire et qu’il faut savoir évoluer pour rester fidèle à soi-même.

Son discours, à la fois franc et mesuré, rappelle que le succès ne doit pas faire oublier l’essentiel : l’envie de raconter le monde, de comprendre et de transmettre. Que ce soit derrière un bureau, en plateau, ou au détour d’un terrain de reportage, Anne-Claire Coudray semble déterminée à poursuivre ce chemin, différemment.

Et si le JT de 20h venait un jour à se passer d’elle, il restera une certitude : Anne-Claire Coudray aura marqué son époque, en s’imposant comme l’une des voix les plus crédibles et les plus humaines de l’information en France.


📌 En somme, Anne-Claire Coudray ne semble pas sur un siège éjectable, mais elle se prépare à l’inévitable : un jour, il faudra tourner la page du 20h. Avec la sérénité de celle qui sait d’où elle vient, et qui sait surtout où elle veut aller.