Dix jours après son arrivée au 20h, Léa Salamé déjà sous le feu des critiques : la CGT France Télévisions dénonce une dérive éditoriale

À peine dix jours après avoir pris les commandes du journal télévisé de 20 heures de France 2, Léa Salamé se retrouve déjà au centre d’une polémique inattendue. La journaliste, connue pour ses interviews politiques tranchantes et son style incisif, est désormais la cible d’un syndicat interne à France Télévisions, la CGT. Motif : sa couverture jugée « réactionnaire » de la journée de mobilisation nationale du 10 septembre 2025, marquée par le mot d’ordre « Bloquons tout ! » et émaillée de violences dans plusieurs grandes villes françaises.
Une installation express… et une contestation tout aussi rapide
En succédant à Anne-Sophie Lapix à la rentrée, Léa Salamé savait qu’elle s’attaquait à un défi de taille. Le 20 heures de France 2, rival direct de celui de TF1, est depuis longtemps l’un des rendez-vous d’information les plus scrutés et les plus commentés du paysage médiatique français. Attendue sur sa capacité à conjuguer rigueur journalistique et attractivité éditoriale, elle n’a pas tardé à marquer de son empreinte le journal.
Mais cette empreinte, pour certains, va déjà trop loin. Dans un communiqué diffusé le 11 septembre, la CGT France Télévisions s’est dite « furax » contre la journaliste et sa hiérarchie. Le syndicat accuse l’équipe du 20h d’avoir livré une couverture « pitoyable » de la mobilisation sociale, réduite selon eux à un récit centré sur « les casseurs, les voyous et les black blocs », au détriment des revendications des manifestants.
« Léa Salamé semble vouloir gagner le concours du JT le plus réactionnaire », fustige le communiqué, ajoutant qu’elle aurait « tourné le dos à cette population française qui continue de défendre le droit légitime de manifester ».
Une fracture interne au service public
Si les critiques envers des figures médiatiques sont monnaie courante, le fait qu’elles émanent de l’intérieur même de France Télévisions donne une résonance particulière à cette affaire. Le torchon brûle déjà entre les équipes journalistiques et la direction de l’information, accusée par les syndiqués d’avoir pris un virage éditorial radical.
Selon la CGT, la volonté de concurrencer frontalement TF1 sur le terrain des audiences aurait conduit la chaîne publique à miser sur « tout ce qu’il y a de plus rance dans le spectre des opinions politiques ». En d’autres termes, une stratégie de recentrage, voire de droitisation, qui trahirait la mission de service public et fragiliserait la confiance du public.
Ce discours syndical résonne avec un reproche récurrent adressé aux médias audiovisuels : celui de privilégier le spectaculaire — affrontements, violences, dégradations — au détriment de l’explication des causes profondes des colères sociales.

Léa Salamé, une cible facile ?
Journaliste chevronnée, passée par i>Télé, France 24 et surtout France Inter, Léa Salamé n’est pas novice en matière de critiques. Son style direct et parfois jugé clivant a souvent suscité des débats sur sa posture professionnelle. Mais cette fois-ci, la charge est particulièrement virulente.
La CGT l’accuse non seulement de parti pris éditorial, mais aussi de trahison envers ses confrères reporters de terrain. Selon le syndicat, elle n’aurait montré « aucune solidarité avec les journalistes confrontés à de violentes répressions policières » lors des manifestations. Une attaque qui touche à l’éthique même du métier, puisque la solidarité entre journalistes face aux violences est un principe fondateur de la profession.
De plus, l’accusation de faire « du journalisme de cour » — autrement dit de se mettre au service du pouvoir — place Salamé dans une position délicate. Elle qui affirmait il y a quelques années, sur le plateau de Quotidien : « Je défie quiconque de dire si moi je suis de gauche ou de droite », voit sa neutralité aujourd’hui mise en doute par ses propres collègues.
Un contexte social explosif
Il faut replacer cette polémique dans un contexte plus large. Le 10 septembre, la France a connu une journée de mobilisation nationale d’ampleur, marquée par des blocages dans plusieurs secteurs stratégiques. Le mot d’ordre « Bloquons tout ! » témoignait de la radicalité croissante d’une partie du mouvement social, lassée de ne pas être entendue par le gouvernement.
Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, largement couverts par les médias, ont donné lieu à de vifs débats. D’un côté, ceux qui dénoncent les violences comme illégitimes et nuisibles à la cause sociale. De l’autre, ceux qui rappellent que ces violences ne représentent qu’une minorité et que la majorité des manifestants exprime des revendications légitimes.
En choisissant de mettre l’accent sur les « casseurs », le 20 heures de France 2 s’est attiré les foudres de ceux qui estiment que cette focale contribue à délégitimer le mouvement social dans son ensemble.
France Télévisions, entre mission de service public et bataille d’audience
La critique formulée par la CGT vise moins une personne qu’une orientation globale. Elle pose une question de fond : France Télévisions peut-il encore conjuguer mission de service public et course à l’audience ?
En théorie, le service public audiovisuel a pour vocation de garantir une information complète, pluraliste et équilibrée. Mais dans la pratique, la concurrence féroce avec TF1 pousse les rédactions à chercher des recettes plus « grand public », quitte à simplifier le récit ou à privilégier l’émotionnel.
La direction de l’information, en confiant les rênes du 20 heures à une figure médiatique comme Léa Salamé, a clairement affiché sa volonté de dynamiser l’audience et de donner un ton plus incisif au journal. Mais ce choix stratégique se heurte aux résistances internes d’une partie des journalistes, attachés à une conception plus sobre et pédagogique de l’information.
Une polémique qui pourrait durer
Pour Léa Salamé, cette tempête médiatique est un baptême du feu. La journaliste est désormais sous pression : chaque choix éditorial sera scruté, chaque mot décortiqué, chaque angle comparé à ceux de son prédécesseur ou de son rival de TF1.
La polémique soulève aussi une interrogation plus large sur la confiance des citoyens envers leurs médias. Dans une société traversée par des fractures sociales profondes, le traitement médiatique des mobilisations est perçu comme un indicateur de la capacité — ou non — des journalistes à refléter la complexité des colères populaires.
En dénonçant « le mépris pour les citoyens qui regardent encore le 20 Heures », la CGT ne critique pas seulement Salamé, mais met en cause l’avenir même du journal télévisé comme rendez-vous de référence.

Et maintenant ?
La question est de savoir si cette polémique restera une simple querelle syndicale ou si elle marquera durablement la perception de Léa Salamé par le public. Ses soutiens pourraient arguer qu’il est encore trop tôt pour juger sa ligne éditoriale après seulement dix jours. Ses détracteurs, eux, y voient déjà le signe d’un virage inquiétant.
Quoi qu’il en soit, la journaliste devra composer avec une équation délicate : incarner un JT fort, attractif et compétitif, sans pour autant renier les valeurs de pluralisme et d’indépendance qui fondent l’identité du service public. Un pari d’équilibriste qu’aucun présentateur n’a jamais réussi sans critiques.
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